mar 1 juillet 2008

La liberté

 

« La liberté, c’est le droit absolu de chaque être humain de ne point chercher d’autre sanction à ses actes que sa propre conscience, de ne les déterminer que par sa volonté propre, et de n’en être par conséquent, responsable que vis-à-vis de lui-même d’abord » M. Bakounine

 

De quelques sens du concept

Le contraste entre la liberté que la philosophie classique reconnaît à son essence et la servitude quotidienne où la tient son existence a conduit à dénoncer comme une duperie cette liberté prétendument inscrite dans la nature humaine.

Calvin, en associant la liberté aux disciplines exigées par l’ordre social, tenait à prouver qu’elle n’est point ce germe d’anarchie que ses adversaires dénonçaient en elle…

C’est au 16ème siècle que le mot liberté acquiert, en Français, le sens « d’absence de contrainte sociale ou morale ». Plus tard, l’idée de spontanéité va faire de l’idée de liberté anarchiste un synonyme de l’idée de nécessité. C’est effectivement chez l’homme que la spontanéité atteint un degré élevé et qu’elle devient l’expression de sa pleine liberté.

La liberté, comme le dit Proudhon devient possibilité d’agir par-delà la seule nécessité.

C’est, dans l’acte social, la création, la transfiguration du réel, la négation de tout ce qui est, que l’idée de liberté développe toutes ses potentialités. La liberté est la volonté d’échapper à la sacralisation de la loi, de la norme des déterminismes sociaux.

Selon Bakounine1, l’Homme n’arrive que très difficilement à la conscience de son humanité et à la réalisation de sa liberté. Il ne s’humanise qu’au sein de la société, elle-même antérieure à la naissance de sa pensée, de sa parole et de sa volonté… Seuls les efforts collectifs lui permettent d’ y parvenir. La solidarité est non le produit, mais la mère de l’individualité, et la personnalité humaine ne peut naître et se développer que dans l’humaine société.

La solidarité sociale et la liberté constituent l’essence de l’Humanité.

La théorie « rousseauiste » selon laquelle l’homme pourrait être libre, être un homme en dehors de la société et que la société serait fondée sur un contrat libre passé par des hommes antérieurement libres n’est qu’une divagation de l’esprit… L’homme n’acquiert en effet sa liberté, que dans sa communication et ses relations avec les autres hommes.

 

L’Etat et la liberté

L’Etat nous dit-on est la chose publique. Le bien collectif et le droit de tout le monde, opposés à l’action dissolvante des intérêts et des passion égoïstes. Il est la justification de la morale et de la vertu sur terre. A partir de ces constats, tout ce qui est reconnu comme constituant le bien commun, est proclamé le bien, et tout ce qui est contraire, le mal.

Les « citoyens » liés par un engagement plus ou moins solennel subordonnent de manière mécanique, leurs intérêts au salut commun et à l’intérêt inséparable de tous … L’Etat représentant le salut public, peut retrancher une partie de la liberté de chacun afin d’en assurer tout le reste. Le reste c’est la Sécurité, jamais la Liberté.

Par là, l’Etat est investi du pouvoir de réprimer l’égoïsme individuel.

Or, nous savons que l’Etat n’est point la société, il n’en est qu’une forme historique. Il est l’autorité, la puissance, l’ostentation et l’infatuation de la force. C’est le gouvernement de haut en bas.

Il combat tout ce qui lui est contraire : l’individualisme, la raison, la liberté, en s’inventant au passage une justification totalement illusoire : la raison d’Etat. L’Etat nous convie ainsi à un véritable retournement de sens : il ne contraint pas la liberté pour mieux la garantir mais il la tolère pour mieux la retirer !

Bakounine ne disait-il pas « la liberté ne peut et ne doit se défendre que par la liberté et c’est un contre sens dangereux que de vouloir y porter atteinte sous prétexte spécieux de la protéger ».

 

Liberté et démocratie

La démocratie est souvent citée comme le régime de la liberté politique. Or elle n’est que relations de commandement et obéissance au sein de toutes les sociétés autoritairement et politiquement organisées.

La véritable fonction de la démocratie représentative n’est pas tant de garantir la liberté des citoyens que de créer les conditions favorables au développement de la production capitaliste et de la spéculation financière, toutes choses qui exigent un appareil d’Etat fort et centralisé, seul capable d’assujettir des millions de travailleurs à leur exploitation.

La démocratie représentative repose sur la fiction du règne de la volonté populaire exprimée.

 

Liberté et égalité économique

Sans l’égalité, la liberté est privilège. Ceci n’empêchent nullement les économistes libéraux d’être de fervents partisans d’une liberté illimitée des individus. La concurrence serait la condition de cette liberté. Nous savons pourtant que seul le travail collectif, solidairement organisé, peut produire des richesses. A partir de cet axiome, il nous semble opportun de dire que la jouissance des fruits de cette production collective doit elle-même être collective !

Or l’économie bourgeoise et libérale repousse cette idée. Elle n’envisage qu’une jouissance isolée, individuelle de ces richesses produites. Il n’y a pas ici de place pour l’égalité, donc pas de place pour la liberté.

La concurrence soi-disant libre, inhérente au système de l’exploitation capitaliste de l’homme par l’homme débouche sur un résultat inévitable, fatal : le peuple succombe et la bourgeoisie triomphe.

La liberté du producteur tant vantée par les économistes libéraux et les républicains bourgeois de tous bords, n’est rien d’autre qu’une liberté théorique, entièrement fictive, en réalité un mensonge.

 

Liberté du travail

Les lois proclamée par la Révolution française (mars 1791) vont laisser à tout homme le choix de son travail mais n’offriront jamais une garantie de liberté. Il est aujourd’hui aisé de constater que la privation de travail résultant de la régulation capitaliste des flux, range la liberté des individus privés d’emploi au rang des vieilles lunes. Et que penser de la liberté de refuser les conditions d’un employeur, qui ne laisse à celle ou celui qui refuse d’autre situation que de vivoter, voire de mourir de faim ?

George Bry2 écrivait : « Sans la liberté et la propriété qui sont unies de façon indissoluble (…) le travail perd ses principales forces, et la société s’immobilise dans l’inertie et dans la misère … »

Le problème c’est qu’aujourd’hui comme hier, de tels principes se trouvent contredits par les faits. En effet, la propriété est constituée non par le travail, mais par l’exploitation de du travail des autres : une propriété ennemie de la liberté du travail.

« Vivre en travaillant, mourir en combattant ! » criaient désespérés les Canuts de l’insurrection lyonnaise de 1831… Si nous ne sommes pas sûrs de vivre en travaillant, nous avons la certitude que certains son morts en combattant. A Chicago le 1er mai 1886, à Fourmies le 1er mai 1891… Voilà la seule liberté octroyée par le capital : du plomb pour  « la canaille »…

 

Liberté politique et fédéralisme

C’est « la fédération libre des individus dans les communes, des commune dans les provinces, des provinces dans les nations, enfin de celles-ci dans les Etats -Unis de l’Europe d’abord et plus tard du monde entier »3.

C’est « l’autonomie dans tous les secteurs : chez l’individu, principe social et biologique concret, dans le groupe, dans la fédération locale, dans l’ensemble. C’est le principe de liberté avec sa réciprocité et sa circulation dans toutes les directions, non dans une direction unique … »4

Pierre Besnard5 dit que la responsabilité collective et le fédéralisme, intiment imbriqués, loin d’abolir liberté et responsabilité individuelles, les consacrent et leur attribuent force et réalité. Le fédéralisme s’exerce dans les deux sens : ascendant et descendant.

Le fédéralisme permet à chacun de rester lui-même, de se soustraire à tout écrasement, de garder son autonomie, de prendre une part active à la vie de l’organisation (de la société), d’émettre son opinion. Ainsi nous pouvons dire du fédéralisme et de la responsabilité qu’ils fondent les libertés. L’individu devient libre et responsable devant le groupement et vice et versa..

 

La résistance libertaire

Qu’importe que l’Homme soit libre de penser, si l’expression de son opinion l’expose à un ostracisme social, qu’il soit libre de discuter les conditions de son travail, si sa situation économique l’oblige à se plier à la loi de l’employeur…

En fait la liberté n’est nullement une donnée préexistante à protéger mais c’est une réalité à conquérir dans le champ social. La liberté ne se ramasse pas, elle ne s’achète pas, elle se gagne par la lutte, elle s’arrache des mains de celles et ceux qui veulent nous en priver !

De l’autorité naissent toutes les iniquités, les contraintes, les mises en cause des libertés… C’est ainsi que les systèmes autoritaires disposent pour faire respecter leurs lois de l’appareil de coercition de l’Etat  de magistrature, police, armée, gendarmerie… et prisons.

Malgré cela, dans les systèmes de la domination apparaissent périodiquement des espaces de liberté, de résistance et d’utopie où les mêmes soucis d’autonomie, d’entraide et de fédéralisme se font jour…

Entre l’Autorité et la Liberté il n’y a pas de compromis possible. Cette affirmation différencie l’anarchisme de tous les autres systèmes politiques ou philosophiques. Organiquement et de manière éthique, l’anarchisme s’agence autour de trois grands principes : la liberté comme base, l’égalité économique et sociale comme moyen, la fraternité, la solidarité et l’entraide comme buts.

Edi Nobras

 

1 in « La liberté »

 

2 in «  Les lois du travail industriel et de la Prévoyance sociale »

3 in « œuvres complètes » Michel Bakounine

4 in « La práctica federalista como verdadera afirmación de principio » José Peirats

5 in « La responsabilité »