mar 1 septembre 2009

La crise et le fascisme

Dans le contexte de « crise économique » mondiale, la classe dirigeante cherche toujours à préserver ses intérêts et à s'enrichir, en pratiquant sa politique d'appauvrissement de la majorité de la population et d’aide à la classe capitaliste.
On observe, en effet, d'un côté, attaques contre la sécurité sociale (retraites, maladie, assurance chômage), précarisation, flicage et radiation des chômeurs, et de l'autre, prêts, bonus, exonération de cotisations. Ainsi les conditions d'existence se dégradent pour la majorité de la population, et très fortement pour les classes populaires, et il devient évident que l’État sert les intérêts des riches. Face à la « crise sociale », les luttes telles les grèves ouvrières, les occupations d'entreprises, les grèves de travailleurs du secteur public se multiplient. Parallèlement le feu des révoltes populaires reste vif.
Les commentateurs (journalistes ou philosophes de gouvernement) qui avaient enterré à la hâte la lutte des classes, recommencent soudain à parler des ouvriers. Le discours anticapitaliste commence à ressortir d'un ghetto militant.
La convergence des luttes constitue alors un risque pour la bourgeoisie et l'État.


Aujourd'hui, l'œuvre de division et de conditionnement des exploité-e-s, menée depuis longtemps par les appareils idéologiques de l'État et de la bourgeoisie, fonctionne encore de manière relative : travailleurs-euses « du privé », « en activité », « de la ville », « du centre ville » s’opposent respectivement aux travailleurs-euses « du public », « au chômage », « de la campagne », « de la  banlieue ».
Afin d'évacuer complètement la question sociale, la classe dirigeante continue à monter des fractions les unes contre les autres en employant différentes logiques de division.
Tout d'abord, les problèmes sociaux sont souvent réduits à des problèmes géographiques, stigmatisant les habitants de « la banlieue ». Ainsi, on crée des catégories distinctes dans la population, rendant plus difficile toute lutte commune.
Ensuite, la propagation d'un système raciste vise à opposer les travailleurs et travailleuses entre eux, sur la base de la couleur de peau ou sur une base culturelle.
Enfin, le nationalisme assure également le rôle de défense idéologique de la classe dirigeante économique et de l'État. Il substitue en effet l'antagonisme national/étranger à l'antagonisme entre classe laborieuse et classe possédante et dirigeante. Le but est de faire défendre par les travailleurs les intérêts mêmes de ceux qui les exploitent au nom de la « solidarité nationale » face à l' « étranger », défini par sa nationalité ou sa couleur de peau, ou face au « cosmopolite », tel le juif, symbole de l'apatride. Pour la circonstance, ce dernier est alors assimilé au sioniste, permettant ainsi de contourner les lois punissant le racisme.
En période de crise, le fascisme se révèle être le meilleur serviteur de la classe dirigeante car il empêche une réelle remise en cause du capitalisme en divisant les pauvres et les travailleurs-euses, appelés à la solidarité nationale interclassiste face au « péril étranger » ou « antinational ».


Les courants politiques défendant cet agenda sont nombreux, mais ceux qui jouent, sur ce terrain, le rôle d'aiguillon à toute la classe dirigeante, se définissent eux-mêmes comme nationalistes, à l'extrême droite.
Plusieurs courants se distinguent alors. Le discours des nationalistes français classique est fondé sur le suprémacisme blanc et, soit sur la solidarité nationale française (FN), soit sur la solidarité nationale européenne (les identitaires). S'il est à même de jouer un rôle efficace de division entre travailleurs-euses, il ne crée pas un véritable mouvement fasciste de rue, qui puisse faire contrepoids efficace en cas de poussée des luttes anticapitalistes dans un contexte de crise. Tout simplement parce qu'il ne s'adresse qu'à une fraction de la population française, la population « blanche ». Le racisme et la xénophobie sont des outils de division efficaces au sein des classes populaires, mais ils ne parviennent pas à masquer l'offensive capitaliste : les prêts de milliards d'euros aux banques, les bonus, les parachutes dorés.
C'est dans ce contexte qu'intervient un troisième courant : le courant fasciste antisémite.
Il permet au pouvoir de diffuser à l'échelle de masse un discours créant un écran de fumée pour protéger les exploiteurs, les dirigeants, en désignant un bouc émissaire. Toute la rhétorique antisémite est réactivée, ainsi que les clichés sur la prétendue « finance juive », la prétendue mainmise juive sur les médias.
Pour éviter la répression légale, ce discours se pare du masque de l' « antisionisme », employant le terme « sionisme international » comme une version politiquement correcte du « complot juif international ». L’antisémitisme, parce qu’exagéré et instrumentalisé par les mouvements sionistes, est souvent minimisé par le mouvement de solidarité avec la Palestine. Ainsi le discours antisémite se sert facilement de la politique coloniale israélienne pour se justifier.


Le mouvement de lutte contre le colonialisme israélien a au contraire tout intérêt à se démarquer clairement de ce courant fasciste, pour réaffirmer que cette lutte est une lutte antiraciste, celle de tous les opposants à la domination et la guerre, de tous les défenseurs de la dignité humaine, et pas un vecteur de haine raciale
Le principal représentant de ce courant est l'alliance, qui sous le nom de « Parti antisioniste », s'est présentée aux élections européennes et a entamé une politique de provocation permanente en s'appuyant sur les manifestations contre la guerre à Gaza. Réunissant Dieudonné, les proches d'Alain Soral (Egalité et Réconciliation), les relais du régime fasciste iranien que sont le centre Zahra et son leader Gouasmi, ainsi qu'une brochette de négationnistes notoires, ce mouvement essaie de fédérer les classe populaires sur une base nationale contre l'ennemi commun juif.
Son originalité, comme celui de son concurrent et allié ponctuel, plus souvent racialiste, le MDI (Kémi Séba et les néo-nazis du Partis solidaire français) est de s'adresser non pas uniquement aux classes populaires « blanches » mais à l'ensemble de la population, notamment dans les quartiers de banlieue.
Ce courant tente de réactiver la diffusion de masse d'un antisémitisme politique, qui vise dans le même temps à opposer une alternative pseudo-révolutionnaire à toute lutte de convergence anticapitaliste.


Démasquons les fascistes pour ce qu'ils sont : les valets de la classe économique et politique au pouvoir !

Il nous appartient de montrer que la réelle opposition à l'exploitation, à l'oppression ne se fait pas sur une base nationale mais de classe. L'ennemi, ce ne sont ni les juifs, ni les immigrés, ni les arabes, ni les étrangers, mais celles et ceux qui nous appauvrissent pour s'enrichir, les capitalistes, les politiciens et l'Etat. Sur une base internationaliste, développons alors la solidarité de classe et des luttes sociales dirigées contre tout système de pouvoir économique et politique.

 

Sam, Lyon