sam 1 mars 2008

Justice pour Pierre et Yann (Bis)

CGA

Cela fait maintenant plus de 2 mois que Pierre et Yann, tous les deux militants de la CGA, ont été mis en garde à vue pendant 48 heures, pour avoir participé à la grève des étudiants à l'Université de Perpignan. Leur sortie de garde à vue était précédée d'un premier passage devant la juge d'instruction, qui leur avait collé un contrôle judiciaire drastique, remettant clairement en cause la présomption d'innocence: interdictions de se rendre à l'université et de sortir du département, interdiction de se voir entre eux, et de rencontrer les plaignants. Le tout pour avoir soi-disant “outragé” des professeurs, dont l'un d'entre eux a admis être un “fasciste”. Un chef d'accusation bien mince, et bien plus quand on sait que la police - la criminelle - qui a été chargée de l'affaire - accusait au départ Yann et Pierre de vols, violences, dégradations et menaces de mort.

Pendant ces 2 mois, les choses ont heureusement évolué. Si Pierre et Yann se trouvent toujours sous contrôle judiciaire, la Cour d'Appel de Montpellier a tout de même sanctionné le zèle de la procureur et de la juge d'instruction de Perpignan, en revenant sur l'interdiction d'aller à la fac et de sortir du territoire. Pourtant, Yann et Pierre ne peuvent toujours pas se rencontrer, interdiction justifiée par des “risques de concertation”, et ce malgré les 10 heures qu'ils ont passé ensemble en cellule...

Le comité de soutien “Justice pour Yann et Pierre” a également rencontré, début février, le président de l'Université de Perpignan, Moktar Benkhelil. La délégation du comité lui a rappelé son comportement pendant la grève, et a réaffirmé la responsabilité de la direction de la fac dans la montée progressive des tensions et des violences sur le campus. Le comité a aussi mis en évidence le rôle de la présidence dans l'affaire de Yann et Pierre, et lui a soumis les nombreuses organisations et personnes - plus de 3 000, parmi lesquelles plus de 1 500 font partie du monde éducatif - qui ont déjà affirmé leur soutien aux deux militants en signant la pétition.

Les 22 et 23 février, c'est le soutien financier - pour couvrir les frais d'avocats et d'éventuelles amendes - qui étaient au centre de deux concerts. Au total, 17 groupes sont venus jouer devant une moyenne de 400 personnes par soir. Yann, le vendredi, et Pierre, le samedi, ont pris la parole pour rappeler les faits et condamner la “justice” de classe, toujours prête à défendre les intérêts du pouvoir. Le samedi après-midi, une trentaine de personnes - enseignants, parents d'élèves, étudiants et militants - participaient à un débat autour de la répression des mouvements étudiants.

Finalement, le 4 mars, Pierre et Yann étaient convoqués chez la juge d'instruction, chacun leur tour. Dans le bureau de la juge, tout y est passé: participation au mouvement de 2006 contre le CPE, interrogatoire sur les dégradations à l'université, sur les supposées insultes et menaces de mort, sur le refus du prélèvement ADN... L'instruction a commencé, et avec elle tout le travail de fouille-merde de la justice, qui s'y complait largement. Dans les mois qui viennent, tous les témoins devraient être entendus, puis de nouvelles confrontations auront lieu. Au dossier, pourtant, rien de neuf. Enfin, presque. Un article du Monde sur le mouvement anarchiste autonome - auquel n'appartiennent pourtant pas Yann et Pierre - s'est discrètement ajouté au reste. Preuve, s'il en fallait une autre, que l'affaire est politique, et que au-delà des deux étudiants qui ont fait grève, ce sont deux militants anarchistes, qui combattent l'Etat et tout ce qu'il représente, que l'on veut poursuivre.