Il y a tout lieu de penser que les électeurs qui ont porté François Hollande au pouvoir le 6 mai dernier lui offriront une majorité à forte dominante socialiste. A l'heure où nous bouclons ce numéro d'Infos & Analyses Libertaires, la campagne pour les législatives commence. La concurrence médiatique sera rude : en même temps il y a Roland Garros et le Festival de Cannes...

Plus sérieusement, le nouveau gouvernement est formé et sauf surprise électorale, il ne devrait pas changer notablement après les législatives de juin.

Pour être honnêtes, les anarchistes, qui ne placent pas leurs espoirs de changement dans les urnes, sont quand même assez contents de voir dégager l'équipe sortante. Ces fossoyeurs des services publics, ces jetsetteurs arrogants, cette bande organisée d'affairistes qui ont mis le pays en coupe réglée depuis cinq ans, ne sont plus aux commandes et le spectacle est plutôt réjouissant.

De là à se réjouir de l'alternance, c'est une autre affaire. En effet, nous avons de bonnes raisons de penser que rien ne va changer fondamentalement.

En ce qui concerne le nucléaire par exemple, François Mitterrand avait abandonné en 1981 le projet de centrale nucléaire de Plogoff pour nous enquiller le programme qui a fait de la France le pays le plus nucléarisé du monde. Le nouveau François nous promet en 2012 de fermer la centrale de Fessenheim et dans le même temps de développer et mettre en route de nouvelles centrales nucléaires, pas question pour lui de sortir du nucléaire.

A propos des expulsions et des camps de rétention, mis en service sous le règne de François Mitterrand, rien de nouveau sous le soleil socialiste : il y aura des rétentions et des expulsions. Pour la liberté de circulation et d'installation il faudra aller voir ailleurs.

La retraite à taux plein à soixante ans, c'est pas la peine d'y songer : c'est fini et il n'est pas question de revenir là-dessus. La précarité quant à elle restera la condition du plus grand nombre : intérimaires, CDD, CDI en sursis, ceux et celles qui n'ont pas de patrimoine confortable continueront de vivre sans savoir de quoi demain sera fait.

 

Plus ça change, plus c'est pareil

 

Le nouveau Président a beau décider de baisser de 30% son traitement et celui des ministres, il n'a pas pour projet de supprimer les privilèges, d'abolir le salariat et d'instaurer une société sans classes.

Environ 80% des inscrits sur les listes électorales ont choisi en allant voter de s'en remettre une fois de plus à un système de représentation politique qui ne laisse aucun espoir de changement radical de la gestion de la société. Chez les ouvriers et les 18-24 ans il y a eu respectivement 32 et 34% d'abstentions (Libé du 9 mai 2012), ce n'est cependant pas pour autant que cela se traduit par des revendications construites.

C'est le tour de force de l'alternance démocratique : faire croire à ceux et celles qui aimeraient changer le fond qu'un changement de forme superficiel serait suffisant. Il est pourtant évident que les patrons et les nantis ont de beaux jours devant eux. Les plaidoyers de la nouvelle équipe aux affaires pour une reprise par la croissance ne laissent planer aucun doute sur leurs intentions. Il s'agit de bien gérer ce système capitaliste qui est fondé à sa base sur l'inégalité sociale et économique. Il y a bien de ci de là quelques velléités de régulation à vocation sociale mais à aucun moment il n'est question de bouleverser l'ordre existant.

Pour la gauche comme pour la droite, le danger, le vrai danger ce sont les risques d'explosion sociale ou plus exactement de révolution sociale. Ils évitent d'ailleurs soigneusement d'employer ce dernier terme : ça pourrait donner du crédit à ceux qui en sont partisans. Garantir la stabilité du monde, voilà le projet commun des politiciens de tous bords.

L'équipe sortante avait pour stratégie de tétaniser la « France d'en bas » en démolissant à grand coup de bulldozer les services publics, la protection sociale et le code du travail. Les nouveaux venus se présentent comme ceux qui vont panser les plaies ouvertes en calmant le jeu, en normalisant, pour garantir la paix sociale. Ne nous berçons pas d'illusions : il n'y aura pas de miracles, les pauvres vont continuer d'en baver et les riches vont continuer à s'enrichir et même, en payant un peu plus d'impôts...

 

Retour sur les politiques de crise depuis trois ans



Tandis que la mascarade démocratique reprend pour un troisième tour et que l’État dépense des fortunes pour faire croire au peuple qu'il peut choisir son avenir et malgré les promesses absurdes des candidats de tous bords, l'avenir politique semble se définir avec seulement deux mots: austérité et récession. Voilà bientôt cinq ans que leur crise fait l'agenda politique européen et mondial. On ne compte plus le nombre de sommets opaques, ni leur coût, entre les possédants de ce monde pour «sauver l'Europe» et imposer un tour de vis antisociale prétextant résorber les dettes des pays.

Il faudra toujours rappeler l'origine de ces dettes: la socialisation des pertes du secteur financier. Dans un système qui considère qu'il y a des entreprises trop importantes pour faire faillite, ces entreprises peuvent se permettent n'importe quels paris, aussi risqués soient-ils, dès lors qu'ils peuvent être rentables. La crise des subprimes correspond exactement à ce schéma: tant que cela fonctionne, on prélève des taux d'intérêts très élevés sur le dos du prolétariat; quand cela ne fonctionne plus, ce sont les États qui renflouent les capitalistes en les laissant exproprier des millions de foyers. Une fois ce vol exorbitant accompli, les marchés spéculent contre la dette des États et demandent toujours plus de plans d'austérité et de casse sociale. Cette crise des dettes souveraines veut ainsi camoufler l'origine de ces dettes en prétextant que l'on a «vécu au-dessus de nos moyens». A la rigueur, on pourrait dire qu'on s'est fait voler au-dessus de nos moyens...

Faire la liste exhaustive de tous les plans d'austérité accumulés depuis cinq ans partout en Europe serait bien sûr beaucoup trop long. On peut cependant remarquer que les mêmes leviers sont employés partout: baisse du nombre de fonctionnaires, attaques sur les salaires et les conditions de travail, diminutions des prestations sociales et notamment des retraites et enfin exonérations de charges patronales. Les exonérations de charges patronales montrent que la volonté n'est pas vraiment d'assainir les comptes publics mais d'utiliser ce prétexte pour renforcer un peu plus le transfert inégalitaire de richesse ancré dans les principes du capitalisme. Il ne s'agit évidement pas de sauver ce qu'il peut rester d’État social mais bien de préserver le système capitaliste. Depuis cinq ans de tels traitements, on voit un peu partout les conditions de vie se dégrader, parfois très brutalement comme en Grèce. La riposte sociale gronde mais peine à obtenir des résultats à la hauteur des attaques portées. Pourtant, il apparaît de plus en plus évident que les «remèdes» apportés sont pires que le mal, car si un manque de croissance engendre mécaniquement un déficit plus important pour l’État, les plans d'austérité censés lutter contre ce déficit bloquent la consommation et donc la croissance. C'est le cercle vicieux de leur crise capitaliste.

La tragédie Grecque



L'exemple grec est aujourd'hui le plus frappant, depuis maintenant quatre ans que l'Union Européenne, la BCE et le FMI ne cessent de «résoudre la crise grecque», elle ne continue de s’amplifier. Les différentes mesures prises n'ont pas permis à l’État grec de diminuer sa dette au contraire, elle n'a fait qu'augmenter: la dette grecque est ainsi passée de 111% du PIB en 2008 à 166% du PIB en 2011. Pire, les 75% de réductions de dettes possédées par des créanciers privés, annoncées en 2011 comme un coup de massue, n'ont à peu près rien changé. 135 Milliards d'euros de dette ont ainsi été annulés mais la dette est passée de 360 Milliards début 2011 à 330 Milliards début 2012. Comment cela est-il possible? Tout simplement parce que l’État grec a dû ré-emprunter 55 Milliards pour renflouer les banques grecques menacées de faillite à cause de la perte engendrée par la réduction de la dette, plus 30 Milliards pour rembourser les 25% de la dette restante plus un déficit annuel de 20 Milliards. Ainsi, tous les plans d’austérité successifs n'auront servi qu'à rembourser une dette folle auprès des créanciers privés, sans jamais sortir l’État de la spirale du sur-endettement.

L'exemple Grec nous montre à quel point il faut refuser les politiques d'austérité. Les pays comme l'Espagne, l'Italie, la Roumanie et le Portugal sont déjà rentrés dans ce cycle d'austérité-récession qui nous menace tous. Il est frappant de voir à quel point, dans des pays pourtant différents, les plans d'austérité se suivent et se ressemblent, qu'ils soient appliqués par des gouvernements de droite comme de gauche. Cela montre à quel point l'intérêt de ces plans consiste essentiellement à sauver les bénéfices des capitalistes sans aucune prise en compte de la souffrance des populations.

Dénoncer l'absurdité du système et proposer un autre modèle de société



Pour pouvoir lutter efficacement et construire un véritable rapport de force permettant de lutter contre toutes ces attaques faites aux populations, il nous faut dénoncer l'absurdité du système. D'abord, en expliquant les causes de la dette et en montrant à quel point leur remède est pire que le mal. Il faut aussi remettre en cause tous les principes malsains qui régissent ce système, expliquer que ce sont les travailleurs qui sont à l'origine de la création de richesse et non pas les riches qui eux l'accaparent, que le chômage n'est que la conséquence d'une répartition inégale du travail, etc.

Si les mécanismes de leur crise sont complexes, les enjeux restent simples. Peut-on croire qu'il est normal que tous les États, la majorité des entreprises et des particuliers soient endettés voire sur-endettés? Peut-on croire que dans un monde qui produit de plus en plus avec de moins en moins de travailleur-se-s, il faille augmenter la durée de travail? La faillite du système à gérer l'économie est patente, il faut le faire tomber.

Nous proposons un autre modèle de société, dans lequel les travailleur-se-s se réapproprient leurs outils de travail, dans lequel la population décide elle-même de ce qu'elle a besoin de produire selon le principe «De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins», dans lequel l'économie ne serait pas une science complexe au service des possédants n'ayant pour seul but que de faire de l'argent avec de l'argent mais plutôt une gestion saine des ressources et des capacités de travail organisée directement par la population.

 

Agir pour ne plus subir ! Révolution sociale et libertaire !

 

Montpellier et Toulouse, juin 2012