lun 20 juin 2011

Hydrocarbures de schiste, ressource pour les problèmes énergétiques de l'organisation capitaliste

CGA

 

L'énergie est pour notre société un sujet sensible : pour les exploiteurs cela peut relever du secret industriel ou d'État, chez les exploité-e-s le sujet mobilise beaucoup d'émotion. La critique est vite perçue comme un étrange désir de régression ou d'obscurantisme.

La méga-machine capitaliste planétaire suintait et carburait jusqu'à récemment aux énergies fossiles les plus pures. Grâce à elles, elle étendait son hégémonie et maintenait les techniques qui nous apportent à la fois confort matériel et aliénation.

Mais l'extraction devient difficile, les ressources – pas seulement le pétrole – se raréfient... alors que nos techniques capitalistes-marchandes en réclament de plus en plus.

Des techniques d'extraction, qui par le passé s'avéraient trop chères vis-à-vis de leur prix de transformation, sont à présent intéressantes pour les États et les industriels. Du pétrole et du gaz naturel, on passe aux huiles et gaz de schiste et d'houille, et des pays lointains aux contrées proches.

C'est aujourd'hui les forêts, les nappes phréatiques, et les terrains dans notre proximité, qui vont être dévastés, perforés.

La fracturation hydraulique. Les ressources sont situées en profondeur sous la terre, difficilement accessibles, aussi bien en Amérique du Nord, en Afrique, qu'en Europe. En France, de nombreuses régions sont concernées. Celles qui ne se situent pas directement sur la zone d'un permis, peuvent être aussi mises en danger par la contamination d'un de leur bassin versant. Pour extraire les ressources, il faut détruire ce qu'il reste de paysage vivant, pour creuser un puits pouvant aller jusqu'à 3000 mètres, permettant d'atteindre une couche de gisement intéressante.

Il faut ensuite envoyer, dans chaque puits, de grandes quantités d'eau sous pression, mélangée à divers agents chimiques. Plus que l'identité de ces produits, l'interaction entre les différents composants pose problème (ils sont testés individuellement). L'objectif est de déclencher un petit séisme dans le sol. En espérant bien sûr qu'il n'y ait aucune fuite et que l'explosion ne fracture pas le sol de manière imprévue. C'est la méthode de la fracturation hydraulique. Chaque fracturation ne libérant qu'une faible quantité de ressources se consumant rapidement, il faut les multiplier. Pour réaliser tout cela, il faut souvent détourner des cours d'eau transformer des routes en autoroutes...

D'autres pays ont compris, mais un peu tard, leur erreur : séismes inattendus en surface, destruction des sols, contamination et pollution des nappes phréatiques et de l'air environnant le site (parfois devenu inflammable), riverains humains et non-humains présentant des pathologies variées, remontée de radioactivité...

Pour l'instant, les entrepreneurs se présentent sous le couvert de prospections mesurant les ressources disponibles ; on ne parle que dans l'ombre d'extraction... mais l'exploration se distingue peu de l'exploitation : elle n'interdit pas la fracture hydraulique et peut même autoriser la vente de ce qui est extrait durant cette période.

Il est vrai que tout cela créera de nombreux emplois : des propagandistes qui se chargent de rassurer tout le monde, ceux qui détruiront le paysage pour installer les forages, les compagnies payées pour livrer de l'eau potable aux personnes dont l'eau aura été contaminée, sans parler de ceux qui prescriront les médicaments et antidépresseurs aux survivants de ce désastre.

Les luttes. Entreprises et Gouvernements nient le problème. Face à la population, Total affirme qu'il ne se passe rien, qu'aucun forage n'a été commencé et que rien n'est certain concernant l'existence de ces gisements... mais pour rechercher des partenaires, l'entreprise n'hésite pas à faire miroiter d'importants profits. Propreté, Responsabilité, Développement Durable, la guerre narrative cache mal le désastre. C'est uniquement à travers des luttes, que la population a pu exiger des vérifications, des changements, des améliorations. Sans elles, Toréador, la compagnie des Balkany aurait pu continuer les forages qu'elle avait commencés. De même, les inspections des puits du Québec démontrant 19 fuites sur 31 n'auraient pas eu lieu. La première des manifestations d'ampleur nationale a rassemblé en France entre 10 000 à 20 000 personnes à Villeneuve-de-Berg. D'autres rassemblements décentralisés mais coordonnés ramènent chacun au moins 2000 personnes (8000 rien que pour Nant). La lutte qui mobilise plus en campagne qu'en ville, essuie les tentatives de récupération par le PS, EELV, le PG ou encore les identitaires. Beaucoup de personnes impliquées ne sont pas des activistes et l'organisation n'est pas toujours évidente. Les médias de leur côté n'hésitent pas à montrer uniquement les élus locaux mobilisé-e-s (pas la population), José Bové, ou réduisent la diversité des manifestant-e-s au terme « écologiste ». Les groupes locaux ne sont pas dupes et restent sur leurs gardes, prêts s'il le faut à la désobéissance civile pour empêcher les explorations en repérant et arrêtant les camions censés les permettre. D'autres préfèrent le terrain juridique et relèvent les vices de procédure.

Toutes ces mobilisations ont permis de multiples changements dont le plus récent est l'examen d'une loi (en cours), visant à interdire le procédé de « fracturation hydraulique ». Au-delà d'un changement de nom possible afin de conserver dans la pratique la même technique, il n'y a aucun retrait des permis concernant l'extraction des gaz et huiles de schiste. Les choix énergétiques demeurent le fait du gouvernement et des industriels et non des individus. De la même manière, on tente d'imposer en Amérique du Sud de gigantesques centrales d'éoliennes et des panneaux photovoltaïques contre la population locale qui demande à pouvoir pratiquer un usage communautaire populaire de la terre.

De plus, la technique de la fracturation hydraulique continue d'être employée dans des régions d'Amérique du Nord et les capitalistes remportent de nouveaux territoires en Afrique, et d'autres pays Européens.

Inquiétés, les exploiteurs préparent le terrain en cherchant à agir sur « l'acceptabilité » par la population, et parlent désormais de « stimulation hydraulique » ou de « roche carbonatée » tout en demandant l'organisation de « débats » par la CNDP dont on sait ce qu'ils ont donné sur le nucléaire, ou les nanotechnologies. Loin de décider, on cherche à enrôler la population pour le bon fonctionnement du système. Nous serions des pertes acceptables et nous devrions subir les « dommages collatéraux » de la guerre économique ! Si nous refusons, un chantage est mis en place : affirmant que nous serions à l'origine de la demande énergétique, la population est culpabilisée et on lui déclare qu'elle payera alors plus cher les carburants.

L'énergie n'est un problème que pour une forme d'organisation sociale. Des actes banalisés par notre organisation sociale (appuyer sur un bouton, utiliser tel appareil) mobilisent une structure technique mondiale dévastatrice. L'énergie n'est un problème pour nous que parce que nous dépendons d'un appareillage technique spécifique, rendu nécessaire par des modes de vie normés par le capitalisme. Une grande partie de l'énergie produite ne nous arrive d'ailleurs jamais, parce qu'elle est consommée par le système lui-même pour son fonctionnement. Ce n'est pas nous qui constituons un problème, mais cet appareillage et ceux qui le dirigent. Ils organisent nos dépendances, notre exploitation, et la destruction des vivants sur Terre.

Toutes les ressources fossiles, le pétrole, comme le gaz et l'uranium arriveront très rapidement à leur raréfaction dans une société comme la nôtre, quelle que soit la date exacte du pic d'extraction. Ceux qui opposent à ces limites la découverte de nouveaux gisements, oublient que la proportion du nombre de découvertes elle-même diminue. De même, l'amélioration des techniques d'extraction est loin d'être au rendez-vous : c'est avec le système qu'il faut en finir.

Les éoliennes industrielles et les panneaux photovoltaïques ne constituent pas une solution pour autant. Non pas parce qu'elles ne seraient pas rentables du point de vue économique, ou du bilan énergétique, et surtout pas pour les mauvaises raisons habituelles (bruit, oiseaux, esthétique, valeur des habitations). Mais parce que les promouvoir reviendrait à valider l'exploitation rendue nécessaire par ce genre de techniques : « L'extraction du Néodyme [dans les mines de Chine] entraîne une telle pollution chimique que certains sites, malgré la « tolérance » des autorités chinoises à l'égard des détériorations industrielles, ont dû être fermés.1»

Qui se porte volontaire pour extraire les minerais rares nécessaires à la fabrication des éoliennes industrielles et des panneaux solaires ? Pour l'instant, c'est le rapport de force qui détermine quelles vies humaines et non-humaines seront détruites à ce travail pour les modes de vie que permet et contraint ce système.

Le système industriel mondial capitaliste marchand est destructeur, quelle que soit l'énergie qui permet son fonctionnement (nucléaire, pétrole ou renouvelable).

Pour sortir de la dépendance énergétique, nous n'avons pas d'autres choix que d'en finir avec l'organisation capitaliste pour établir et gérer nous même nos besoins (libérés de leur aliénation) et favoriser les usages populaires des eaux et des terres.

En organisant la nécessité de l'expertise scientifique, les gouvernements et les entreprises ont compris que par le biais d'une existence toujours plus assujettie aux diverses techniques issues de l'ingénierie, ils s'assureraient un contrôle grandissant sur nos vies. Ce qu'ils font aujourd'hui avec la fracturation hydraulique et le nucléaire, ils continueront à le faire avec tout alternative nécessitant une expertise au lieu d'un contrôle populaire autogéré. L'énergie n'est pas une question d'expert, mais d'organisation sociale.

 

C'est à nous de prendre en charge nos moyens de subsistance et notre vie sous tous ses aspects. Démontons la méga-machine capitaliste. Chacun peut participer, aussi modeste que soit sa contribution. Ici comme ailleurs, refusons l'exploitation des gaz et huiles de schistes.

 

Si ce n'est pas vous, qui ? Si ce n'est pas maintenant, quand ? Si ce n'est pas ici, où ?

 

Florian (CGA – Montpellier)

1Arnaud Michon, Le sens du vent ; Notes sur la nucléarisation de la France au temps des illusions renouvelables. Édition de l'Encyclopédie des nuisances.