lun 1 octobre 2012

Grèce: état des lieux

CGA

« La grande participation des gens à l'assemblée de l'Initiative Ouverte de Solidarité à la lutte des travailleurs de '' Viomihaniki Metaleftiki'', qui a eu lieu le Mercredi 18 Juillet à la bourse de travail de Théssalonique, a montré qu'on peut faire les premiers pas pour créer un mouvement ouvrier et social qui radicalement et sans intermédiaires peut poser ses propositions dans l'espace public. Des propositions comme celle sur l'Autogestion Ouvrière, consistent une lueur d'espoir pour tous les opprimés qui essaient de prendre leur vie volée en main. »

Communiqué de la Mouvance d’Émancipation et d'Autogestion Ouvrière(1) le 23/07/12(2).

 

Ce communiqué est un exemple des luttes dans les lieux de travail et des solidarités qui se développent à plusieurs endroits en Grèce. Dans tous les secteurs d'activité, des nombreuses luttes ont éclaté et éclatent encore; des revendications contre les licenciements, les réductions des salaires, les fermetures d’usines, la défense des conventions collectives...Au delà de quelques exemples phares où les salarié-e-s ont résisté et résistent pendant des mois (dans un hôpital, un canard quotidien, des usines) et arrivent dès fois à sortir gagnant-e-s ou même proposent d'autres formes d'organisation de travail pour sortir de l'impasse, ces grèves restent défensives.

Selon une analyse, le développement de ces luttes de classe s'explique aussi par l’échec de grandes manifestations - grèves générales qui ont secoué le pays pendant deux ans(3).

En effet, ces grèves de 24h et de 48h n'ont pas réussi à arrêter la vague des reformes visant la réduction du coût du travail, la sape des droits de travail et les droits sociaux, la flexibilisation et la précarisation de la masse salariale.

Les mesures n'ont pas pu être stoppées et là dessus, il faut rajouter l'impact négatif des élections de Mai et de Juin derniers qui ont enrayé les différents mouvements de résistance et de lutte pendant quelques mois. Plus que d'autres fois, l’enjeu de ces élections était de légitimer socialement le Pouvoir : renforcer le système politique et économique fragilisé, éviter la non gouvernance du pays(4), cadrer et gérer la misère sociale, empêcher toute perspective hors du cadre institutionnel(5). Mais on ne peut pas dire que le coup était tout à fait réussi. En fait, l'abstention record de 34,9% et 37,5% aux élections précédentes a confirmé ce qui était déjà connu ; quatre ans après la révolte de 2008 la crise économique est devenue aussi une crise pour le système démocratique actuel.

Et le calme qui est revenu par la formation d'un nouveau gouvernement (la droite, le PS grec et une petite formation de gauche(6) ) s'est avéré fragile et éphémère; parce que bien évidemment, le sauvetage du pays est toujours à l'ordre du jour, la dette augmente, le marché est étranglé, la faillite est proche si ce n'est pas la réalité, la bourse est en chute libre, les taux d'intérêt montent, les voisins européens demandent encore plus d'efforts...

Ainsi des nouvelles mesures d’austérité sont annoncées et seront annoncées car comme les journalistes le disent à la télé « c'est une question d'intérêt et de devoir national... » ; la spirale récession - austérité - insolvabilité continue toujours et encore.

Et pendant ce temps la crise économique est devenue sociale avant tout. Rien qu'au niveau du chômage, on compte officiellement plus d'un 1 million de chômeurs avec un taux de chômage de plus de 22% (par rapport à 2010, le nombre des chômeurs a augmenté de 44,1%)! En ce qui concerne la santé, les mauvaises nouvelles continuent : budget des hôpitaux réduit d’environ 40%, manque de personnel, pénuries occasionnelles de fournitures médicales, fusion ou même fermeture d’hôpitaux, ainsi que d’institutions psychiatriques et de centres de désintoxication. La recette est identique en ce qui concerne l'éducation publique.

Confrontée à cette crise sociale sans précédent, une partie de la société grecque prend un tournant clairement réactionnaire. Profitant de la peur, de l'insécurité sociale, de la colère et de la solution facile de recherche des sauveurs, l'Aube Dorée s'est légitimée par le système parlementaire et elle attire une bonne partie des prolétaires et de jeunes. Elle profite également de toute une période historique où la société grecque a baigné dans des sentiments de supériorité nationale(7) et de désignation des immigré-e-s comme des bouc-émissaires. Promue souvent par les Médias de Masse, ayant des relations évidentes avec une partie de l'armée et de la police(8), collaborant avec la mafia et des hooligans, elle met en place officiellement et officieusement des ratonnades contre des immigré-e-s, des attaques contre des gauchistes et/ anarchistes, des incendies des squats et des locaux politiques. C'est ainsi, que la lutte anti-fasciste est devenue une des priorités pour les mouvements de lutte ; et dans cette perspective, des collectifs et des groupes sont formés, des manifestations et des actions coup de poing s'organisent dans des dizaines de villes du pays.

La société grecque se trouve à un carrefour historique; alors que le capital essaie de se tenir debout à tout prix et que les courants réactionnaires sont renforcés, l'enjeu pour le mouvement anarchiste et anticapitaliste plus globalement est de renforcer les structures d'organisation et de résistance actuelles et d'en créer des nouvelles. Les syndicats de base, les assemblées populaires locales, les projets d’autogestion ouvrière qui commencent timidement à apparaître en réponse à la crise généralisée… tout cela montre le chemin.

La contribution du mouvement anticapitaliste aux luttes ouvrières et sociales est d'une importance majeure, non seulement pour que la société puisse s'organiser et résister à l'appauvrissement généralisé, mais aussi pour l’existence et la continuité de ce propre mouvement.

1 http://federacion-salonica.blogspot.fr/

2 Ce communiqué fait référence à la lutte des travailleurs de ''Viomihaniki Metaleftiki''. Sans salaire depuis Mai 2011, ceux ci luttent pour réapproprier l'usine.

3 http://crise.noblogs.org/post/2012/06/08/luttes-de-classes-dans-une-situation-de-quasi-guerre/

4 Après les élections du mois de Mai le pays était sans gouvernance pendant un mois et demie. Ceci, suite au coup d’État parlementaire en Novembre 2011 qui a amené une coalition des 3 parties et un banquier à la tête de l’État.

5 A voir par exemple le partie d'extrême gauche, SY.RI.ZA., qui dans ses va-et-vient constants proposait entre autre l'institutionnalisation politique des assemblées des quartiers.

6 Pour les résultats des élections cf : http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89lections_l%C3%A9gislatives_grecques_de_juin_2012

7 En 2004 l'équipe nationale du foot devient Champion d'Europe. L'été de la même année, dans un climat d'effervescence nationale, ont lieu à Athènes le Jeux Olympics.

8 A titre indicatif, lors des dernières élections, la moitié des flics votant à Athènes ont choisi l'Aube Dorée.