dim 8 avril 2012

Fascisme… Extrême droite, comment s'en débarrasser !

CGA

Retour sur une terminologie et son histoire

Quand nous parlons de « fascisme », nous nous devons, a minima, d'expliciter ce que cela sous-tend, dès lors que cela recouvre des réalités éparses : en tant qu'idéologie, en tant que porteur d'une « symbolique » particulière, en tant que marqueur lourd d'un moment de l'Histoire et, de la même manière, en tant que « vocabulaire » facilitateuri servant à définir le plus aisément possible une réalité pourtant complexe.

Historiquement né en Italie, le fascisme a représenté un mouvement politique fondé en 1919 par Benito Mussolini. C'est alors un mouvement national à vocation populiste et totalitaire, adversaire de la démocratie et du socialisme.

Le modèle italien s'est ensuite étendu à tous les mouvements politiques qui s'appuyaient (et qui s'appuient encore) sur un pouvoir fort, qui prônent un Etat ultra sécuritaire, des métiers organisés en corporations ainsi que l'exaltation du sentiment nationaliste et le recours à un corpus idéologique réactionnaire.

Comme nous pouvons le constater, le terme « fascisme » a recouvert un sens très large ainsi que des réalités à la fois différentes et comparables : l'idée de "race", l'idée de communauté nationale, l'idée de guide, le recours au sentiment religieux, national socialisme allemandii; national syndicalisme phalangisteiii; national corporatisme salazaristeiv.

Encore plus largement, il est employé dans le but de qualifier les Etats, les groupements politiques et les mouvements dont le but avéré est l’instauration d’un pouvoir fort, la répression de masse, l’enfermement, l’assassinat des opposants etc…

 

En France

L'extrême droite française - ou droite populaire - mobilise l'ensemble des courants qui, de près ou de loin, se réclament des composantes du fascisme.

Catholiques intégristes, ligues fascistes, droite antisémite, droite nationaliste, droite européenne, défenseurs de la race blanche, droite anticommuniste, droite anti-parlementaire, droite xénophobe représentent pêle-mêle les partis et groupuscules qui se situent à la droite des partis réactionnaires et gouvernementaux.

Sous des discours en défense d'une certaine idée de la France (ou de l'identité française) ou bien de l'Europe « blanche », ces différentes officines s'emploient à défendre l'ordre social établi et les valeurs qui s'y réfèrent : respect des hiérarchies; respect des traditions chrétiennes; acceptation de l'existence de classes sociales; défense d'un capitalisme national en opposition à un capitalisme apatride…

 

La stratégie extrémiste entre radicalisme et politique politicienne

L’ « idéologie » du Front national considérée à juste titre comme « anti-démocratique » et xénophobe a réussi à s’implanter au sein des institutions étatiques, au point de s'accommoder du parlementarisme, des valeurs républicaines, et notamment du pluralisme politique.

Malgré l'arrivée aux commandes du bateau lepéniste de Marine, cette parenthèse semble pourtant devoir se refermer.

La droite gouvernementale a repris à son compte l'essentiel des propositions du F.N. et les a même mises en œuvre.

L'extrême droite s'est dont retrouvée orpheline et le « second rôle » qui lui est proposé aujourd'hui n'est pas de nature à satisfaire les plus radicaux d'entre ses militants. Pressés d'en découdre avec « l'idéologie mondialiste », avec ce qu'ils considèrent comme la « pègre gauchiste », les groupes de l’extrême droite radicale ont repris du service. Un temps isolés et marginalisés par les excellents scores électoraux du Parti de JMLP, ces groupes ont réinvesti les rues, les stades, les quartiers populaires, divers lieux qu’ils ont déjà occupés dès le début des années « 20 » et tout au long du vingtième siècle …

Une nouvelle donne qui se caractérise par une recrudescence des actes de violence, d’agressions pouvant aller allant jusqu’au meurtre.

Aujourd’hui, c’est cette violence qui prévaut plutôt que le recours à la « médiation politicienne ».

L’espace politique "laissé en route" par le FN n’est pas l’unique facteur qui a permis l’essor de cette mouvance radicale, violente, belliqueuse. L’institutionnalisation d’un racisme d’Etat (lois anti-immigrés, création du ministère de « l’Identité nationale ») alliée à une paupérisation accrue des classes défavorisées ont créé un terrain propice à l’expression de ces activistes et des groupuscules identitaires.

Il n'est pas question pour nous de traiter dans le détail la complexité de l'extrême droite et du phénomène « fasciste » français, voire des divergences qui peuvent le traverser - pro-Israël / pro- Palestine ; catholiques  intégristes / païens; nationalistes / régionalistes etc.

Nous traitons la question des fascistes et des identitaires en tant que phénomène global reposant quelles que soient leurs divergences sur des valeurs communes intangibles telles l’anti-gauchisme, la défense de l’identité blanche qu’elle soit régionale, nationale ou européenne, la défense de la famille via des positions anti-IVG et des affirmations homophobes et, ajoutée à cela, la volonté d’un ancrage « social » pour s’attirer les masses populairesv.

Les extrémistes ne se contentent pas de cette occupation physique à caractère social de territoires "populaires" où, très souvent, ils font régner une certaine terreur. Dans certaines grandes villes ciblées - Toulouse, Lille, Lyon etc. - ils sortent au grand jour pour s’en prendre aux militants antifascistes, aux immigrés ou aux militantes féministes. Ainsi, des agressions ont été perpétrées à plusieurs reprises par les fascistes contre ces militant-e-s et/ ou ces personnes à la manière de leurs sinistres devanciers les « SA ».

A côté de ces violences, les soupes populaires au "cochon ", outre le fait qu'elles stigmatisent les musulmans et qu'elles privilégient en quelque sorte les "Français d'abord", elles offrent aux extrémistes des perspectives sérieuses en termes d'ancrage social et d'implantation de leur « idéologie ».

Un autre aspect de la stratégie d'implantation et de développement de l'extrême droite tourne autour de la réappropriation de l'idéologie régionaliste relookée par les identitaires.

Dans les régions où les particularismes culturels sont réels - Bretagne, Alsace, Flandres, Pays niçois ou encore Catalogne - les identitaires surfent sur la vague des revendications culturalistes et autonomistes en privilégiant l’éternel esprit de clocher, en valorisant la défense de la langue et, au-delà, la défense du territoire et des traditions. Cet angle revendicatif permet notamment aux identitaires de créer des liens privilégiés avec les mouvements fascistes des pays frontaliers, Belgique, Allemagne, Italie ou encore Espagne.

Dans le cas des identitaires, le référent unifiant des régionalismes est évidemment le militantisme en faveur d’une Europe « blanche », berceau de la Chrétienté. Un rempart géographique et humain dressé face à l'invasion des populations des autres continents, des étrangers et des « barbares »

 

En Europe

Les partis « extrémistes », particulièrement forts dans certains pays européens, n’ont, que très rarement, réussi à conjuguer leurs forces. C'est un fait que l'extrême droite politique et/ ou fascist rencontre très souvent des problèmes liés en premier lieu au phénomène de leadership. Chacun des chefs des partis les plus importants s'est rêvé en leader incontesté à l'échelle de l'Europe et a contribué à l'échec du principe d’organisation supranationale.

Il faut cependant retenir qu'un véritable regroupement se fait autour de mouvements radicaux, populistes, à connotation raciste et anti-musulmans.

A Milan, à Madrid à Sarajevo, à Belgrade à Budapest, à Moscou, à Bruxelles, à Varsovie, de violentes agressions ont été récemment commises ou le sont encore de nos jours. Des agressions racistes, xénophobes et fascistes à coups de battes de base-ball, à l'arme blanche ou à l’aide d’armes à feu. Les cibles : des étrangers, des homosexuel-le-s et des militant-e-s antifascistes…

 

Alternative anarchiste et riposte

Il est utile de rappeler que le fascisme n’a jamais été éradiqué par le biais des consultations électorales, ces dernières lui conférant même une certaine dose de "légitimité".

Si la lutte contre le fascisme constitue un axe important du combat des prolétaires en même temps qu'une absolue nécessité, il est utile de préciser que l’antifascisme ne constitue pas pour autant, l'Alfa et l'Omega de la défense des intérêts de classe du prolétariat face à la bourgeoisie.

Il s'agit donc pour nous de combattre le fascisme et la bourgeoisie qui le sous-tend, quel que soit son ancrage : une bourgeoisie qui se pare des vertus démocratiques ou non, qui se réfère au libéralisme ou à la social-démocratie…

Certains mal intentionnés considèrent, par ailleurs, que l’antifascisme "prépare idéologiquement le terrain au mondialisme en contribuant au saccage des "souverainetés nationales."

Cette assertion n'a pour nous aucun sens, dès lors que notre antifascisme ne se conçoit qu’avec l'avènement d’une Humanité sans frontières et d’une solidarité internationale sans concession!

A aucun moment nous n'accepterons que quiconque fasse le jeu de l’ultra libéralisme économique, idéologie qui fait de l'abolition des « souverainetés nationales » la passerelle qui mène à la satisfaction de ses propres intérêts, intérêts opposés à ceux de la grande majorité des individus

L'enjeu de l'antifascisme que nous nous employons à mettre en œuvre, c'est de faire tomber les barrières humaines tout en contrecarrant les plans économiques globaux du capitalisme à l'échelon national et/ou à l'échelon mondial.

Combattre le fascisme et l'extrémisme nécessite alors de le faire :

- au plan idéologique,

- au plan social,

- et quand cela est inévitable (voir souhaitable), au quotidien, dans les quartiers, les usines etc.

 

Sur le plan idéologique, l'organisation anarchiste qui préconise des valeurs d’entraide, de solidarité, d’égalité, d’autonomie individuelle et collective est armée pour regrouper les individus et les structures qui ne fondent pas leur horizon de société autour de la défense des hiérarchies, de la lutte pour le Pouvoir, de la force brute et de la croyance en des êtres supérieurs qui seraient appelés à diriger les masses déboussolées.

C’est en cela que les anarchistes sont légitimes à œuvrer pour la constitution d'un « regroupement antifasciste » autour des valeurs égalitaires et libertaires qui sont les leurs. Les anarchistes, s'ils ne sont pas les seuls susceptibles de regrouper individus et groupes afin de lutter efficacement contre le fascisme, garantissent à ce regroupement et la lutte qu’il sous-tend une entière autonomie. En effet, les anarchistes n'ont aucun velléité d'en prendre le contrôle. A contrario, au travers de cette lutte, ils œuvreront pour bâtir, toutes et tous ensemble, une société débarrassée du fascisme et de ses fondements : le capitalisme, le libéralisme et l'étatisme.

 

Au plan des agencements sociétaires, l'égalité économique et sociale pour laquelle milite l'Organisation anarchiste se traduit par la mise en œuvre de l'autogestion généralisée. La participation des individus et des collectifs en tant qu'acteurs et non plus simples spectateurs supposent :

- une conscience aiguë des problèmes qui traversent la société,

- une responsabilisation face à ces problèmes,

- le rejet de toutes les idéologies qui aspirent à diriger les individus et à décider en leur nom et l'idéologie fasciste n'est pas la dernière à vouloir mettre en œuvre de telles méthodes…

 

Au plan de la gestion de l'espace publique, les réponses se doivent d'être aussi argumentées que précédemment. En premier lieu, il n'est pas question pour l'Organisation anarchiste d’être désignée comme l'avant-garde d'une armée antifasciste prête à faire le coup de poing avec la vermine extrémiste.

Les méthodes employées pour barrer la route aux fascistes doivent rencontrer l'assentiment de tous les individus et collectifs épris de justice sociale et de liberté. Il n'est pas question de s'abriter derrière les Institutions – Justice, Police, décideurs et élus - pour éradiquer les idéologies rétrogrades.

Seule la mobilisation consciente autour de valeurs libertaires, solidaires, d'entraide et d'égalité peut réaliser, sans possibilité d'un retour en arrière, cette éradication tant souhaitée.

Bien évidemment il n’est pas possible d’éviter tout recours à l'affrontement si ce dernier nous est « imposé par les groupuscules fascistes ». Il est alors souhaitable, nécessaire même d’éviter les poursuites diligentées par la police et la « justice » car ces dernières tendent le plus souvent à mettre tout le monde dans le même sac et les militants libertaires se voient pénalisés le plus lourdement.

Nous savons que les actions radicales du fascisme, en forme de « repoussoir », favorisent et légitiment les mauvais coups, plus « softs » ceux-là, portés à la classe ouvrière et aux exclus de toutes sortes par les étatistes et les capitalistes réunis.

Et quand ces derniers s'emploient, de manière « démocratique » disent-ils, à rétablir « la paix bourgeoise » ils ne se privent pas de taper sur les anarchistes, et même plus que sur les fascistes, histoire de rappeler à toutes celles et tous ceux qui ne voudraient l'entendre que pour les tenants d'un monde inégalitaire et injuste, la barbarie fasciste est préférable à la proposition anarchiste d'égalité sociale et de rejet de toutes les formes de Pouvoir.

 

Pour l’essentiel, le message que nous tenons à faire passer est celui-ci :

- nous devons tout mettre en œuvre pour barrer la route à la vermine fasciste et à toutes les dérives autoritaires.

Pour cela

-nous devons nous mobiliser le plus largement possible afin de créer les conditions fondamentales du rejet de ces résurgences fascistes.

La lutte sociale est le seul et unique terrain d’affrontement aux « fascismes », dès lors que s’engagent en même temps, le combat contre la barbarie et le combat pour notre émancipation.

Groupe Puig antich – Perpignan

 

A NOTER :

On trouvera facilement sur internet un organigramme des organisations d'extrême-droite en France intitulé « Le petit monde merveilleux de lextrême-droite française »

 

 

i Il en va de même quand on parle de "stalinisme"

ii Idéologie du NSDAP d'Adolphe Hitler

iii Phalange espagnole de Primo de Rivera alliée de Franco

iv Idéologie prônée par le dictateur portugais Salazar,

v Par exemple, les identitaires (Jeunesses Identitaires, Bloc Identitaire) marquent cette recrudescence par une installation dans le paysage en ayant pignon sur rue dans le Nord à Lambersart où ils partagent un local avec l’association faîte du même bois « Terre celtique ». Leur autre implantation se situe dans leur fief niçois où ils ont récupéré l’ancien local des « brigades Sud Nissardes », les ultras du club de Nice, connus pour leur penchant à l’extrême droite.