jeu 2 mai 2013

Face à la bourgeoisie ET l'ANC, les ouvrier·re·s agricoles se battent

CGA

Le 6 mars le tortionnaire en chef de la Vlakplaas1, Dirk Coetzee est mort et personne ne le regrette, tout comme le régime ignoble de l'apartheid qu'il a largement défendu. Nous profitons de la mort de ce bourreau pour revenir sur le mouvement de grève qu'ont porté les ouvrier·e·s agricoles en novembre dernier. Si la dictature raciste est tombée grâce au combat valeureux du peuple sud-africains, les travail-leur·euse·s sont aujourd'hui encore largement exploité·e·s et opprimé·e·s.

Le travail salarié agricole implique la misère

L'Afrique du Sud rentre dans les rangs des économies capitalistes développées avec un prolétariat agricole largement précarisé et paupérisé. Payé·e·s 70 pounds (6 euros) par journée de travail, salaire parmi les plus faibles du pays, les travailleur·euse·s subissent des conditions de travail et de logement tellement pourris que Human Right Watch, association pourtant peu vindicative, les a dénoncés dans un de ses rapports.

En novembre dernier les travailleur·euse·s de la région du Cap, excédé·e·s, ont entamé une grève dont la revendication principale était le doublement du salaire journalier.

L'ANC réprime encore les travailleur·euse·s

Après les 34 morts de Marikana, point culminant de la répression du mouvement des mineurs de 2012, la police de l'ANC se pose encore une fois comme le meilleur garant des intérêts de la bourgeoisie. Les flics ont arrêtés au moins une centaine de personnes, fait plusieurs dizaines de blessés et tué encore deux camarades supplémentaires.

La brutalité de la police de l’État d'Afrique du Sud ne s'exerce pas uniquement face aux manifestations de grévistes mais de manière permanente sur les travailleur·euse·s et les habitant·e·s des townships. Comme pour honorer Coetzee, de joyeux drilles en uniformes ont assassiné le jour du décès du bourreau, un chauffeur de taxi mozambicain en le traînant derrière une bagnole sur plusieurs centaines de mètres.

Bilan mitigé d'une lutte offensive

Après trois mois de conflit en dent de scie, les travailleur·euse·s, épuisé·e·s par les innombrables affrontements avec les patrons et la police, ont obtenu une augmentation de 52% c'est à dire un salaire journalier à 105 rounds, environ 9 euros. Pour limiter cette victoire partielle, moitié de la revendication des grévistes, le pouvoir a aménagé un grand nombre de possibilités d’aménagement pour le patronat agricole.

Si l'entreprise est en «_danger_» économique, il sera possible de ne pas respecter ce progrès modeste mais effectif pour les salarié·e·s. A peine promulguée le patronat s'est engouffré dans cette niche réactionnaire avec 300 demandes d'exemptions pour le respect de ce nouveau salaire minimum rien que dans la région du Cap et le patronat des autres régions n'est pas en reste...2

Contrairement au salaire minimum, les accords ne garantissent aucunement une amélioration des logements, des conditions de travail et surtout il n'y a rien pour s'opposer au racisme du patronat très majoritairement afrikaner et qui rappelle les tristes heures de l'apartheid.

 

 

Fin de règne pour l'ANC_?

Après vingt ans de règne l'ANC n'a que faiblement réparti la richesse spoliée par la bourgeoisie afrikaners avec en moyenne des revenus pour les blanc·he·s 6 fois supérieurs à ceux des Noir·e·s et des Métis·ses. Par contre, la politique bourgeoise de l'ANC a assuré la promotion d'une élite économique noire non moins prédatrice que la blanche. La meilleure illustration reste la famille Zuma où papa, taulier actuel de l'ANC, se fait construire un palace à 23 millions d'euros et où fiston est à la tête de JIC Mining Sevices une boite d'intérim pour le travail de la mine3.

Le Cosatu, le syndicat archi-majoritaire, est englué dans la cogestion issue de la victoire commune avec l'ANC et le PC sur l'apartheid. Une partie de ses dirigeants siège au comité exécutif national de l'ANC4. Malgré cette collusion, les affrontements entre Capital et Travail ne cessent de se multiplier et de se radicaliser. Outre l'augmentation du rapport de force des travailleur·euse·s, le peuple est de plus en plus désabusé de l'ANC comme en témoignent la reprise du chant de lutte contre l'apartheid Umshini Wam5 lors de manifestions contre les brutalités policières6.

Espérons que, comme les mineurs et les travailleur·euse·s agricoles, l'ensemble des opprimé·e·s d'Afrique du Sud s'organisent, se battent et finissent par faire tomber le patronat noir et blanc, et son faire valoir politique, l'ANC.

Liaison Jura