mer 1 septembre 2010

Féminisme: Deux exemples de luttes

CGA

Mener la lutte pour une société anarchiste débarrassée du patriarcat et de toute autre forme de domination

 

À BORDEAUX

Pour la deuxième fois, le 29 mai 2010 les intégristes du collectif "oui à la vie" appelaient sur Bordeaux à une "grande marche pour la vie". En juin 2009, ils et elles avaient réuni au moins 1500 personnes tandis que nous n'avions mobilisé que quelques centaines de manifestant.e.s. Malgré notre petit nombre, nous avions réussi à retarder leur départ et modifier leur parcours. Fort.e.s de leur succès, ils et elles avaient clairement annoncé que s'implanter à Bordeaux était un enjeu pour eux et elles et qu' ils et elles réitèreraient cette marche en 2010. Cette année, nous avons aussi appelé de notre côté; cette fois-ci le rapport de force était totalement inversé. Nous étions environ 2000 tandis qu'elles et eux étaient au maximum 400, ils et elles n'ont pu marcher que très loin du centre ville et peu de temps. Notre manifestation a réuni des militant.e.s et individu.e.s d'horizons divers : Collectif droits des femmes de Bordeaux (qui regroupe des membres du PS, NPA, Planning, CGT, FSU,...), ultras du stade, collectif antifasciste, CNT et des militant.e.s de la CGA venu.e.s en nombre. Plusieurs appels ont circulé : simple défense du droit à la contraception et à l'avortement, appel antifasciste ; notre appel quant à lui, revendiquait clairement l'abolition du genre, la libre disposition de son corps, le libre choix de sa sexualité.

Notre travail de mobilisation s'inscrit dans une lutte quotidienne et permanente menée par le Groupe Anarchiste Bordelais pour virer de nos vies les tenant.e.s de l'ordre moral. Ce qui implique aussi bien une réflexion et l'élaboration de revendications autour des questions antipatriarcales, qu'une vigilance sur le terrain afin que les intégristes n'aient pas pignon sur rue dans la ville. Au-delà de la défense indispensable du droit - jamais vraiment acquis et toujours pas gratuit - à la contraception et à l'avortement, il s'agit pour nous de mener la lutte pour une société anarchiste débarrassée du patriarcat et de toute autre forme de domination.

Notre combat ne saurait donc se résumer à une simple stratégie défensive, mais prend aussi la forme de luttes offensives pour affirmer nos revendications anarchistes.

 

 

À LILLE

Conjointement aux luttes en réaction aux provocations directes et assumées du système oppressif patriarcal comme les commandos anti-avortement, il nous paraît nécessaire de développer un féminisme d'action. En effet, la pression sociale subie par les personnes identifiées comme femmes s’immisce dans tous les aspects de la vie quotidienne. Nous n'oublions pas que le patriarcat et l'hétérosexisme1 sont un ensemble de rapports structurels de domination sur lesquels reposent (en partie) les fondations de notre société.

Notre féminisme d’action est une lutte de tous les jours. Dans ce contexte et en tant qu’anarchistes, le respect de la non-mixité des opprimées nous paraît évident. Loin d'être une fin en soi, la non-mixité féministe est un outil de lutte fondamental permettant aux concernées de définir en autonomie une parole commune, de cerner une oppression, de prendre du pouvoir sur leurs vies afin d’établir des stratégies de combat collectives et solidaires. Cette pratique n’est nullement exclusive, les hommes peuvent et doivent s’en emparer pour s'interroger sur leur position et privilèges de dominants. Ces réflexions pourront alors aboutir à une lutte conjointe et émancipatrice contre les normes genrées2.

La manifestation de nuit non-mixte féministe du 29 mai à Lille est un bon exemple d’initiative, décidée et menée en autonomie par des individues, qui se sont retrouvées autour d’un besoin commun d’action, dans un esprit libertaire mais sans affiliation à un groupe quelconque. L’appel à manifester défendait la réappropriation de la rue et de la nuit par les femmes, les revendications de liberté de choix, et notre rage contre les violences sexistes. Nous affirmions notre colère et notre volonté collective de lutter contre les oppressions patriarcales, capitalistes, racistes, hétérosexistes, homo-lesbo-transphobes…

La marche a rassemblé une centaine de personnes. Le parcours prévoyait de passer par les rues piétonnes du Vieux-Lille puis du centre-ville, lieux connus pour leur fréquentation nocturne (bars, boîtes de nuit…) avant de rejoindre pour une soirée de convivialité le centre LGBTIF3 situé dans les quartiers populaires de la ville. Dans les faits, le cortège fut très vite stoppé, puis encerclé par les flics pour motif de trouble à l’ordre public. Là, provocations, bousculades, intimidations et insultes sexistes ont fusé de la part des flics qui nous ordonnaient de quitter les lieux en abandonnant nos affiches et nos banderoles. Après une heure de résistance sous la pluie, le cortège finit par se disperser, non sans avoir récupéré les banderoles au nez et à la barbe des hommes casqués.

Malgré tout, ce fut un moment de réappropriation politique, de réinvestissement physique, théorique et collectif du terrain par les opprimées elles-mêmes, et un levier fondamental pour œuvrer au rapprochement des individues et à la création de nouvelles solidarités.

En tant que groupe anarchiste, le GDALE soutient les actions féministes révolutionnaires et s’efforce de proposer, de partager et de développer une réflexion et une vigilance permanentes dans ce sens.

 

P.S. : Nous avons utilisé le « nous » dans cet article car nous sommes deux femmes anarcha-féministes du GDALE ayant participé activement (et de manière individuelle) à la préparation et l’organisation de cette manif.

1 L'hétérosexisme est une croyance voulant que tout le monde soit hétérosexuel et que l'hétérosexualité soit la seule voie acceptable. Cette croyance, qui repose sur la notion de la norme de la majorité, est souvent à l'origine de l'homophobie. (Source : www.homophobie.org/default.aspx)

2 Normes genrées (ou normes de genre) : Détermination du rôle social d'unE individuE en fonction de son sexe biologique.

3 LGBTIF : Lesbienne Gay Bi Trans Intersexe et Féministe