dim 1 juillet 2007

Etre anarchiste en 2007...

Mais qu’est-ce donc que d’être anarchiste en 2007 ? C’est à ce type de question que nous avons voulu répondre en prenant soin d’éviter les redites, les poncifs, les lieux communs et le cours magistral.

Nous avons donc orienté notre interview en prenant soin de préciser : « s’il n’y avait pour toi qu’une possibilité d’expliquer pourquoi tu es anarchiste en 2007, à quoi ferais-tu référence en premier lieu ? »

Nous avons bien conscience que la démarche était restrictive tant les raisons qui conduisent les un-e-s et les autres à penser, à raisonner, à militer « anarchiste » sont nombreuses et diversifiées. Mais en optant pour ce choix nous avons voulu montrer qu’un engagement, une idée généreuse voire une volonté de contester l’ordre établi peuvent être les vecteurs d’un militantisme anarchiste et se muer en une volonté globale de transformer cette société autoritaire, ultra libérale et le plus souvent inhumaine pour atteindre un autre futur, solidaire et égalitaire…

 

Rodolphe : L’Etat voilà l’ennemi…

Dans leur lutte pour l’émancipation, en 2007 comme hier, les individus se trouvent confrontés à deux réalités : leur mise en concurrence par le capital et les conflits que ce fait induit entre eux, et la répression systématique de l’Etat dès lors que des voix se lèvent désirant remettre en cause ce désordre organisé qu’est une société structurée par des rapports de domination.

Pour moi, être Anarchiste c’est éprouver à quel point les frontières divisent et, par suite, opposent les exploités, à quel point les Etats étouffent toute aspiration en parole et en acte à la justice sociale, à la liberté sans laquelle la politique est privée de sens et se réduit à une discipline barbare.

Tous les conflits trouvent leur origine dans l’identification des travailleurs aux intérêts des patronats nationaux et leurs maîtres d’”oeuvre”, gouvernants de tous acabits, plutôt qu’à ceux qui leur sont propres. La conscience étriquée promue par les Etats-Nations dissout la conscience de classe dans le

marais des ressentiments patriotiques. Telles que sont présentées aujourd’hui les délocalisations, l’”ennemi” du salarié français c’est l’ouvrier surexploité du Tiers-Monde et non le Capital oeuvrant au déclassement de tous et la dépréciation générale du travail. Ainsi les frontières fictives des Etats, qui défigurent en la déchirant notre propre humanité, n’acquièrent de consistance que par le sang versé pour les défendre et la misère consentie à les maintenir. Etre Anarchiste, c’est vouloir en finir avec cette géographie du mensonge et de la haine. Pour clore, qu’est-ce que l’Etat ? sinon cette instance de domestication des masses, d’étranglement de la moindre contestation réelle, de matraquage moral et physique, d’exclusion, d’expulsion (pour les sans-papiers, proies privilégiées du capital et de la xénophobie ordinaire)...

Comment alors être révolutionnaire sans être contre l’Etat en tant qu’Etat, sans être anarchiste en 2007 et aussi longtemps qu’il demeurera ?

 

Yann : l’anti-électoralisme est incontournable…

Le rejet de l’électoralisme est, à mon sens, un aspect incontournable de l’anarchisme, rejet qui participe pleinement de la cohérence du combat libertaire contre l’aliénation étatique et contre toutes les formes de domination et de pouvoir.

L’anti-électoralisme des anarchistes se manifeste par un refus de vote à caractère révolutionnaire, refus de vote quels que soient les circonstances et les types de consultations (référendaires ou électorales).

L’électoralisme ne sert en fait qu’à une chose : maintenir en place le pouvoir et la société hiérarchisée, le tout caché derrière le faux nez de la « démocratie ».

Ce refus de vote que nous défendons porte en lui les alternatives que les anarchistes opposent à la société de classes, inégalitaire et oppressive.

A l’électoralisme on oppose les prises de décision collectives en assemblée et aux élu-e-s des mandaté-e-s révocables à tout moment. Ce sont d’ailleurs des alternatives qu’on voit souvent mises en pratique dans les luttes et toujours avec succès…

 

Martine : Eduquer les individus…

Etre Anarchiste, c’est envisager l’éducation de l’individu. Si l’on considère que l’on ne naît pas anarchiste, on doit mettre en place tous les moyens pour qu’un enfant ait les outils nécessaires à son émancipation et à celle de son environnement. Dès l’instant où l’on sait que c’est dans une société anarchiste que la misère, les ostracismes de tous genres, les violences, l’exploitation disparaîtront, il faut l’apprendre le plus tôt possible aux individus qui composeront cette société et qui la feront avancer. Même dans le contexte ultra-libéral que nous subissons, des moyens simples existent : l’éducation libertaire intègre l’idée que l’enfant ne soit plus gavé de connaissances à dégurgiter mais plutôt formé à aller chercher ces connaissances, l’adulte lui servant de tremplin et non pas de béquille. En même temps, l’école n’est pas un lieu « en dehors ». Si l’éducation doit intégrer la formation à la vie, ce n’est pas en mettant les enfants dans de faux conseils municipaux – ce qui leur apprend de suite à assimiler l’idée d’être gouverné – mais plutôt en leur proposant de gérer eux-mêmes leurs activités au sein de l’école. Ainsi, nous les rendons autonomes et maîtres de leur propre existence. Cependant, ce n’est pas suffisant. Le risque est d’en faire des individus libres, sans doute heureux, mais tout à fait capables d’intégrer une société qui ne l’est pas. Il est donc essentiel qu’ils sachent dès le début que la société qui leur permet d’être libres porte un nom : la société anarchiste.

 

Pere : Contre les religions et croyances…

Etre anarchiste, c’est aussi et d’abord revendiquer la liberté pleine et consciente de tous les individus. Or, nous ne pouvons acquérir cette liberté que si nous nous défaisons des contraintes imposées à tous les niveaux et si nous détruisons, au préalable, toutes les règles qui n’ont pas été définies et acceptées ensemble.

Les religions, sectes et croyances de tous types participent largement à la soumission des individus, puisqu’elles reproduisent clairement un système hiérarchique, autoritaire et de domination. Toujours du côté du pouvoir, quel qu’il soit - se souvient qui veut de la relation de l’Eglise avec la nazis, par exemple - les religions confortent le système, indépendamment du fait qu’il soit légitime ou pas, qu’il soit juste ou pas.

Aussi, en 2007, les anarchistes continueront à combattre toutes celles et tous ceux qui poussent à « croire », parce qu’ils ne font que soumettre les individus, et tout particulièrement les moins armés, culturellement, politiquement et socialement, individus déjà largement exploités par ailleurs…

 

Philippe : L’antifascisme est une de nos priorités…

Notre anarchisme ne peut être qu’antifasciste. Le fascisme est, en effet, une idéologie autoritaire et totalitaire. Aussi, pour nous, combattre le fascisme est une nécessité absolue.

Notre engagement pour un futur sans classe et sans Etat ne peut se concevoir sans une lutte intransigeante contre tous les fascisme, qu’ils soient rouges ou bruns…

Notre antifascisme ne se situe pas dans les urnes mais dans la rue, les usines, les quartiers… L’Histoire nous a démontré que les élections ne peuvent être un rempart contre l’accession au pouvoir de régimes totalitaires : Mussolini, Hitler et Pétain (avec ses pleins pouvoirs) en sont les exemples les plus marquants.

Pour les anarchistes la lutte antifasciste est partie intégrante de la lutte anti-capitaliste et anti-étatique. Elle est donc révolutionnaire et anti-électoraliste.

Mais le « fascisme » ne se retrouve pas dans un seul camp. Les Etats communistes autoritaires ont été (et sont) aussi redoutables et criminels qu’ont pu l’être les régimes nazis et fascistes. Sous toutes ces latitudes, l’individu a été également fliqué, contrôlé, réprimé, liquidé par des Etats .

Même si l’URSS hier, Cuba la castriste et la Corée du Nord aujourd’hui …se disent différentes de l’Allemagne nazie, de l’Italie fasciste ou de l’Espagne franquiste, leurs peuples n’en étaient pas mieux lotis…

Les anarchistes ont payé un lourd tribut en s’opposant au fascisme.

Face à tous les fascismes, nous ne devons pas nous abstenir de lutter, de les combattre à la racine, c’est-à-dire dans toutes les idées qu’ils véhiculent au quotidien. Et tout cela sans aucun compromis…

 

Henri : La mémoire est importante…

Quand j’étais jeune, ce sont les collectivisations dans l’Espagne révolutionnaire qui m’ont le plus marqué. Aujourd’hui les communautés me laissent sceptique. Peut être suis dépassé et les choses me paraissent-elles plus floues…

Mais une chose est sûre, si c’était à refaire je recommencerais. Avec des nuances certainement, mais je les ferais mieux… car tout ce qui a été fait je le revendique.

Une chose me revient dont je suis « honteux » c’est d’avoir fait la guerre. J’ai fait partie de l’armée qui occupa l’Allemagne dès la fin 44 et j’ai toujours eu un regret d’y être allé ! Mais avoir participé à la résistance bien sûr, ça c’était autre chose…

Mon engagement y était militant mais le fait de porter les armes je n’ai jamais voulu en faire une « institution » . Très certainement par antimilitarisme….

Aujourd’hui, quand je regarde en arrière, malgré mes défauts et mes faiblesses, tout ce qui inhérent à la personne humaine, j’ai une énorme satisfaction : celle de ne pas avoir la croix de guerre et de ne jamais avoir été patron !

Aux médailles officielles, j’ai toujours préféré les médailles en « chocolat ». C’est une façon sage de voir la vie…

 

Edward : Il est nécessaire de s’organiser…

Depuis que je milite dans ce mouvement ce qui m’a le plus marqué c’est son sens de l’Organisation. Cela peut paraître étonnant pour certain-e-s, mais l’organisation anarchiste permet d’envisager l’affrontement à l’Etat et au Capital sans entraîner obligatoirement un déficit de liberté individuelle. En un mot l’organisation anarchiste, nécessaire, vitale pour atteindre le but ultime qui est celui du renversement des institutions coercitives, permet à l’individu de na pas perdre son statut d’acteurdes changements ! Ici pas de Comité Central, pas de Secrétaire général, pas de postes qui permettent d’aller « à la soupe » ! Toutes et tous participent d’un même élan au but commun : se débarrasser des profiteurs et construire une société libertaire, organisée par des individus libres dans une fédération des communes libres…

L’anarchosyndicalisme est une des formes de l’organisation qui, dans un monde du travail, donne au salarié-e-les moyens de son émancipation, de son autonomie dans les luttes et de sa totale indépendance vis-à-vis du Patronat et de l’Etat.

En outre, pour ce qui me concerne, l’anarchosyndicalisme est la forme d’une conscience aiguë de la nécessité de transformer le quotidien, non pas pour l’améliorer sensiblement mais pour parvenir à la mise en place d’une société communiste libertaire.