lun 20 juin 2011

Envers et contre tous : les anarchistes russes. Contre la terreur fasciste et la repression d'Etat

CGA

 

LA RUSSIE ACTUELLE subit la crise économique et sociale mondiale, cela vient aggraver la situation déjà précaire d'une bonne partie de la population en Russie. En parallèle le gouvernement s’est préoccupé de renflouer les caisses du système bancaire et du patronat et de renforcer la répression. L'Etat russe a élaboré un arsenal législatif dit « anti-extrémiste » qui criminalise entre autre le militantisme politique surtout d'extrême gauche ou anarchiste : il devient de plus en plus difficile d’organiser des réunions, grèves et manifestations. En parallèle les groupes et violences fascistes, néo-nazis et racistes se développent, consolidés par le gouvernement russe.

Dans l'Etat russe d'aujourd'hui, on trouve principalement deux partis dont le parti Russie Unie, présidé par Vladimir Poutine. Toute manifestation de l’opposition est réprimée, la télévision censurée, on compte plusieurs journalistes assassiné-e-s (env. 313 journalistes tués depuis 1993). Les tribunaux rendent des jugements globalement favorables ou utiles au pouvoir en place. Les effectifs de la police et des services de sécurité ont augmenté depuis la fin de l'URSS, alors que la population est passée de 287 millions du temps de l’URSS à 142 millions aujourd’hui (pour la seule Russie). Les grandes entreprises sont sous le contrôle de l'Etat mais pas de contrôle économique à caractère social pour autant. Pour peu qu’ils en aient les moyens, les russes quittent la Russie et y reviennent quand ils le peuvent. Plus de cinq millions d’entre eux vivent à l’étranger. L’exercice d’une activité commerciale est libéralisé (le pays compte un million et demi de petites et moyennes entreprises).

La situation sociale et politique en Russie maintient la tête sous l'eau d'une bonne partie de la société, les groupes fascistes ou néo-nazis se développent (ex:Parti National Bolchévique, Parti National de Russie) et prennent de l'importance dans ce contexte au travers d'assassinats ciblés, tantôt racistes, tantôt politiques, contre les anarchistes, antifascistes. Quelques exemples : en 2004, Nikolai Guirenko, ethnologue expert des questions du racisme, a été abattu à travers la porte de son domicile. En 2005, à Saint-Pétersbourg, ce fut au tour de Timur Kacharava, activiste anarchiste antifasciste, d’être victime d’une agression à coups de couteau, à la sortie d’une librairie, après avoir mené une action de Food not Bombs. Timur est mort et Zgibov, l’ami qui l’accompagnait, fut grièvement blessé. Le 7 avril 2006, ce fut au tour d’un étudiant sénégalais, activiste de l’ONG Unité africaine, Sambar Lampsa, d’être tué d’une balle dans le cou, et le même mois, Alexander Ryuhin, militant antifasciste et musicien dans un groupe punk, fut tué à Moscou. Le 8 décembre 2008, un groupe de skinheads d'extrême droite assassine un jeune travailleur tadjik en le décapitant. Le 19 janvier 2011 marquera le second anniversaire de l’assassinat de deux antifascistes, Stanislav Markelov et la journaliste Anastasia Babourova. Le 12 avril 2010, assassinat du juge du tribunal municipal de Moscou Tchouvachov (le 8 avril, Tchouvachov avait condamné deux membres du Ryno Gang, un groupe de skinheads néonazis, à dix ans de prison pour meurtres). Le 11 décembre 2010, un pogrom néonazi sur la Place du Manège, près du Kremlin, et dans la station de métro Okhotny Ryad, avec six mille personnes issues du milieu des supporters et proches de l'extrême droite se sont rassemblées dès le matin, scandant des slogans nationalistes, allumant des feux et des fumigènes. Ils se sont ensuite mis à traquer sauvagement les "non Slaves", les fascistes ont poursuivi leur descente dans la capitale, mais aussi dans plusieurs autres villes. Après le pogrom, ils ont assassiné une personne d'origine kirghize.

Les attaques et meurtres racistes sont peu ou pas médiatisés, les victimes de ces meurtres sont des russes ou non-slaves ainsi que des immigré-e-s originaires de l'ancien bloc soviétique, des asiatiques, mais aussi des africains. Ces meurtres sont fréquents; une situation sur laquelle une partie des autorités policières et judiciaires ferme les yeux.



LES ORGANISATIONS ANARCHISTES EN RUSSIE

Le plus grand réseau anarchiste présent aujourd’hui est l'AD (Autonom Devstie trad. « Action Autonome ») qui parvient à développer une activité de propagande « anarcho-communiste » http://avtonom.org/fr. L'AD fait des émission de radio, publie la revue l’Autonome et le journal la Situation ; née en 2001, elle est présente dans une trentaine de villes en Russie et en Biélorussie.

En Russie, sont également présentes diverses organisations anarcho-syndicalistes, la Confédération syndicale des anarcho-syndicalistes (KRAS). En Sibérie, les anarchistes sont au cœur de le Fédération du Travail de Sibérie (SKT), l’organisation syndicaliste révolutionnaire remonte seulement au années soixante, c'est un syndicat minoritaire actif dans diverses régions de la Sibérie. Le tissu syndical issu du système soviétique est peu combatif et le syndicalisme de masse peu existant. L’ADA (l’Association des mouvements anarchistes russes) existe toujours. Par ailleurs, il y a de nombreux antifascistes politisés et anarchistes non-organisé-e-s.



L'ACTION AUTONOME (Avtonom Devstie)

L’un des thèmes centraux de l’activité d’AD est l’antifascisme. L’extrême droite constitue en Russie une menace très sérieuse contre les migrants et les migrantes, mais aussi contre les militants et militantes d’extrême gauche et plus généralement contre toute espèce de contestation, dont plusieurs ont été assassinés ces dernières années, parmi lesquels deux membres d’AD : Ilya Borodaenko et Anastasia Baburova.

L'État, souvent lié à l’extrême droite, s’attaque également aux anarchistes. Le mouvement anarchiste compte plusieurs prisonniers politiques, et de nombreux groupes sont l’objet d’un véritable harcèlement de la part du « Centre de prévention de l’extrémisme ». Le Centre-E est une officine policière chargée de la lutte contre les « extrêmes », une "lutte" à géométrie variable: prétexte d'Etat pour livrer une guerre aux contestataires de tous bords tout en affichant une tolérance relative vis à vis des mouvements néo-fascistes. Face à cela, les militant-e-s d’AD s’efforcent de bâtir la solidarité contre la répression en s’auto-organisant au sein de la Croix noire anarchiste, une association dont les activités vont de la collecte de fonds pour les frais d’avocats à la diffusion d’information sur les prisonniers-ères politiques, en passant par la formation des militant-e-s à leurs droits face à la police (c'est historiquement l'organisation anarchiste internationale « officielle » de soutien aux prisonnier-e-s et pour l'abolition des prisons). L'AD a pour ambition d'organiser les travailleurs et les travailleuses aussi bien que les étudiant-e-s. Elle mène des campagnes écologistes comme en 2005 lorsque le gouvernement russe avait pour projet de construire un oléoduc liant l’océan pacifique et la Sibérie de l’Est. En 2007, au travers de l'organisation, l'AD a organisé un campement de protestation écologiste près de la ville d’Angarsk contre le plan de construction d’un Centre International d’Enrichissement d’Uranium traitant les déchets nucléaires en provenance d’autres pays, y compris de la France. A partir de 2007, à Khimki (banlieue nord-ouest de Moscou) se déroulait une campagne contre la déforestation et un projet d'autoroute payante pour relier les deux capitales de la Russie, Moscou et Saint-Pétersbourg.

Enfin, dans ce pays très conservateur, certains groupes de l'AD sont très investis dans la défense des droits des lesbiennes – homo- trans – bisexuels- les ajoutant par là-même à la liste de leurs ennemis jurés, l'Église orthodoxe russe.

Ces dernières années, la gay pride à Moscou est interdite, les militant-e-s homosexuel-le-s manifestent illégalement, risquant arrestations et violences policières. Cela fait 6 ans que les homosexuels-les moscovites tentent d'organiser une manifestation. Mais toutes leurs tentatives ont, à chaque fois, été dispersées par la police. Cette fois, plus de trente militants homosexuel-le-s ont été arrêtés, parmi lesquels plusieurs étrangers. Les manifestant-e-s avaient l'intention de déposer une gerbe sur la tombe du soldat inconnu, sous les murs du Kremlin, pour rendre hommage aux militaires qui ont combattu le nazisme, dont les homosexuels furent aussi les victimes.



Le 6 février 2011, quelques militant-e-s anarchistes et libertaires ont diffusé un tract, de manière symbolique à Paris. Sur des pancartes et banderoles on pouvait lire en russe "Solidarité avec Andreï Koutouzov".



A TIOUMEN, ANDREI KOUTOUZOV.

La nouvelle victime des lois « anti-extrémistes » s’appelle Andreï Koutouzov : anarchiste, antifasciste, professeur d’université d’État de Tioumen.

Il est accusé, selon l’article 280 du code criminel russe, « d’incitation à des actes extrémistes ». Étant membre de l’AD et agitateur connu de la ville de Tioumen, Andreï a déjà eu des problèmes avec le FSB (ex-KGB) et le Centre anti-extrémiste (« Centre E »).



ALORS POURQUOI CE PROCÈS ?

Le 30 octobre 2009, pendant une action publique contre le « Centre-E », Andreï aurait distribué des tracts aux contenus dangereux et extrémistes. Il est vraisemblable que les policiers eux-mêmes aient réalisé ces « tracts extrémistes » pour pouvoir intenter ce procès.





Groupe Saint-Denis