mer 4 janvier 2012

Edito

IAL

Le thème de la violence semble traverser ce numéro d'Infos.

D'abord la violence contenue dans toutes les manifestations du Pouvoir et, en premier lieu, celle qui consiste à aliéner les individus au point de les priver de toute initiative personnelle. L'électoralisme représente cette forme achevée de dépossession. C'est ce transfert de responsabilité qui fait violence à l'esprit de Liberté qui nous habite. Une liberté fondée sur l’autonomie, la critique de la représentation et de celle du principe majoritaire. Toutes choses qui aboutissent à une même finalité : celle de l'émancipation.

Ajoutons à cela que la liberté n’est rien sans l’égalité et que ce constat tranche définitivement en faveur de la conception anarchiste et/ou libertaire de la liberté, conception opposée à sa forme libérale, celle qu'elle prend au sein des sociétés "démocratiques"…

La violence des choix énergétiques se traduit, elle, par les catastrophes environnementales en série et notamment celles qui surviennent à la suite d'accidents nucléaires.

S'y ajoute la violence inhérente au régime sécuritaire qui est mis en place sur le territoire national, parallèlement à la prolifération des lieux qui abritent les centrales productrices d'énergie radioactive.

Les violences faites aux femmes au sein de sociétés entièrement gagnées au maintien et à la défense des privilèges accordés aux hommes. Le système de domination masculine couvre de manière éhontée toutes les violences que subissent les femmes à l'extérieur et/ou à l'intérieur de leur couple…

Une violence qui n'épargne pas la place Tahrir au Caire, considérée comme un haut lieu de la contestation et de la liberté en marche.

Les violences et agressions sexuelles subies par Caroline Sinz (FR3) et Mona al-Tahaw (journaliste égypto-américaine) fin novembre, après celle subie sur cette même place par Lara Logan (journaliste américaine) le jour même de la chute de Hosni Moubarak, viennent témoigner de la densité de cette violence qui s'exprime de manière quasi "normale" au sein même d'espaces considérés comme abritant la contestation de la barbarie et de l'autoritarisme.

Des violences qui peuvent être attribuées de manière indifférenciée à des manifestants, à des policiers ou à des militaires.

La violence économique habite tout système qui met le fric au centre de la vie en société et qui renvoie à la périphérie, à la marge, les notions de solidarité, d'égalité, d'entraide entre les individus.

Fondamentalement, la violence économique réside dans les manipulations que les oligarchies financières et politiques aussi, font sur les normes, elles qui ont le pouvoir d'imposer la norme en matière économique.

La source de la violence économique contemporaine, au fond, c’est que la norme n’est plus normale.

Le chômage est un exemple particulièrement emblématique de ce mécanisme. Ainsi, le haut niveau de chômage est présenté comme une fatalité, une conséquence quasi-mécanique de l’accroissement de la productivité. Mais l’examen des faits démontre que cette fatalité n’en est pas une.

Nous savons qu'à chaque vague de licenciement, derrière le chômage, il y aura divorces, dépressions, alcoolisme, etc.

La plus grande violence de notre époque est la violence des riches contre les pauvres.

Il y a les violences perpétrées par les gouvernements contre leurs populations. Et les exemples sont nombreux et n'épargnent aucun Etat. L'exemple de la Syrie et à un degré moindre, celui du Yemen, nous ramènent à cette triste réalité que les Pouvoirs se maintiennent très souvent avec l'appui des chars et des canons.

Des morts par centaines et par milliers dans un silence complice, malgré les rodomontades des pays occidentaux et des déclarations à la tribune de l'ONU.

Pour autant, pouvons-nous dire que la Violence a encore de beaux jours devant elle? Nous pouvons répondre NON, à la condition toutefois de nous y mettre toutes et tous pour l'éradiquer, en même temps que tous les systèmes qui la nourrissent.

Le présent numéro d'Infos s'emploie modestement à en poser les bases …