mer 1 juillet 2009

Edito

IAL

Les élections européennes ont accouché d’une vague conservatrice et d’un net reflux social-démocrate…

 Le développement de l’abstention est apparu comme un choix politique, qui représente l’événement marquant du scrutin, avec un taux de 59 % en France.

Ce n’est pas tant d’un sentiment anti-européen qu’il s’est agi mais plutôt d’une indifférence, d’un éloignement à l’égard des institutions politiciennes et des discours creux qu’elles n’en finissent pas de véhiculer. C’est en même temps une remise en cause des critères « politiciens » ainsi que de la légitimité de l’ordre électoraliste établi.

L’abstention massive est en réalité la sanction que le peuple oppose aux choix totalement illusoires des « politiques proposées » d’une part, et d’autre part, à la désignation de parlementaires qui, malgré des discours différents en apparence, s’empressent de mener des politiques semblables, libérales ou social - démocrates, une fois élus …

La poussée des droites, s’est construite autour de discours nauséeux. Insécurité, immigration étaient les préoccupations centrales et l’Environnement ne servait en fait qu’à introduire une dimension un peu plus présentable et « citoyenne ».

Les partis écologistes, qui ont fait campagne sur les problèmes environnementaux, ont enregistré un bon résultat. Il est vrai que le caractère supranational de ce scrutin permet à certains électeurs des « choix » qu’ils semblent s’interdire lors des scrutins nationaux…

La droite extrême est toujours présente en Autriche (17,8%), en Finlande (14%) et en Hongrie (14,77%). Aux Pays-Bas, le Parti de la liberté (PPV) formation populiste d'extrême droite, a recueilli 17% des suffrages. Au Royaume-Uni, le Parti national britannique (BNP) obtient ses premiers sièges à Strasbourg…

L’extrême gauche n’a pas obtenu les résultats que le référendum de 2005 pouvait lui laisser espérer. Peut-être est-ce tout simplement l’explication d’un vote « conservateur et nationaliste » à l’époque plus qu’un choix d’une Europe des « Travailleurs » que d’aucuns voulaient nous faire avaler…

Le NPA, parti seul à la bataille, a obtenu un peu moins de 5% des suffrages. Un résultat considéré « solide » par les trotskistes, ce qui peut laisser rêveur quand on se souvient des espoirs très tôt entretenus, quand les premiers sondages laissaient entrevoir des scores entre 10 et 12%.

C’est de la même cécité qu’il s’agit quand les dirigeants du NPA parlent de « processus d’enracinement d’une force anticapitaliste »… Le NPA reconnaît pourtant que la très forte abstention « est amplifiée » chez les 18-34 ans avec plus de 70 %.  Elle approche les 80% dans les quartiers populaires.

Mais le NPA trop ancré dans une dérive interclassiste, s’interdit de tirer les conclusions qui s’imposent : le dégoût de la chose politicienne ne cesse de prendre de l’ampleur.

En se refusant d’aller voter, les abstentionnistes manifestent politiquement

- leur défiance vis-à-vis de « toutes » les officines électoralistes

- leur mécontentement face aux conséquences de la crise dont ils sont les victimes

- leurs espoirs fondés dans les luttes et les affrontements directs au Capital et à l’Etat

En n’en tenant pas compte, le NPA et la gauche étatiste errent dans l’à peu près politique et renforcent alors les contours de la société d’exploitation et d’aliénation.

Les dirigeants du NPA ont pu écrire « 70 % des électrices et électeurs d’Olivier Besancenot de 2007, soit plus d’un million de personnes ont cette fois choisi la voix de l’abstention pour protester contre le gouvernement et la crise… ».

Ce n’est pas faux sauf que ces électeurs de 2007 n’appartenaient pas à Olivier. Pas plus du reste qu’ils pouvaient appartenir à une quelconque officine et pourtant chacune d’entre elles s’empresse de déclarer que ce sont les siens qui ne se seront pas déplacés !

Concernant le NPA, rappelons que les résultats des récentes élections municipales de Perpignan sont venus rappeler cruellement que les déconvenues électoralistes ne sont pas uniquement européennes. La LCR seule faisait un peu plus de 5% au premier tour en 2008 alors qu’en juin 2009, le NPA et LO, associés au sein d’une « gauche des luttes », arrivent difficilement à 2,5%…

D’élections en élections les anarchistes se trouvent confortés par la justesse de leurs analyses et l’acuité de leurs propositions. Celles et ceux qui désirent exister au travers des luttes s’éloignent définitivement des joutes électoralistes pour s’en remettre à la seule alternative crédible : la construction d’un mouvement autonome, autogestionnaire, fédéraliste et anti-étatiste avec la lutte comme moyen et la société communiste libertaire comme but.