dim 8 avril 2012

Édito

CGA

Depuis bien longtemps les anarchistes ont mis en garde contre le retour de l'extrême-droite que le développement des inégalités et de la pauvreté ne manquerait pas de provoquer. Depuis toujours ils et elles considèrent que lorsque la société s'appauvrit au bénéfice de la classe dominante, l'autoritarisme finit par apparaître comme une issue (illusoire bien entendu) pour les exploité-e-s, et comme un dispositif d'auto-défense pour les exploiteurs-euses. Ce mécanisme imparable, on le retrouve partout dans le monde. Mais en Europe, cet "autoritarisme de crise" a la particularité, plus qu'ailleurs, de s'être toujours appuyé sur le racisme. Nous savons toutes et tous ce que cela signifie et par conséquent que nous devons toutes et tous en tirer des conclusions en terme de vigilance et de réaction, car aujourd'hui l'extrême-droite marque un retour évident partout en Europe.

Et pourtant, aujourd'hui, nombreux sont celles et ceux qui s'étonnent de la vigueur avec laquelle le fascisme et l'extrême droite en général peuvent non seulement séduire des parts importantes de l'électorat populaire, mais aussi susciter des vocations militantes ! 10 ans en arrière, qui aurait pu croire que l'extrême-droite aurait repris autant de poil de la bête partout en Europe en 2012 ? Nous consacrons trois pages denses à cette question dans ce numéro 90 d'Infos et Analyses Libertaires, qui nous permettront de faire un état des lieux international de ce problème et de réaffirmer clairement les seules façons qui nous permettront de le résoudre.

La lutte contre le fascisme, les anarchistes l'ont toujours menée de front ; que l'air du temps soit dit "fascisant" ou non. Et donc, d'ores et déjà, nous pourrons parler dans ce numéro d'IAL de l'exemplaire manifestation féministe non-mixte qui s'est déroulée à Lyon au mois de novembre dernier. Lyon, comme nous avons déjà eu l'occasion d'en informer nos lecteurs et nos lectrices dans ce journal, a pris depuis quelques années le visage d'un laboratoire de l'extrême droite radicale et du fascisme de rue en France. Les camaradEs n'ont pas hésité à investir le quartier Saint-Jean qui depuis quelques années était devenu une zone très risquée pour les immigré-e-s ou pour les militant-e-s anti-fascistes. Elles sont parvenues à maintenir leur parcours initialement prévu malgré les tentatives d'opposition de militants fascistes. Nombreuses, fortes, solidaires et en colère, elles ont montré une fois de plus que seules la solidarité et la lutte paient.

Nous avons aussi voulu parler de l'enfermement des jeunes, car là aussi, au-delà du problème que réprésente toute privation de liberté dans une société qui fabrique de l'injustice et donc de la délinquance, c'est un thème sur lequel les régressions sont manifestes depuis plusieurs années.

Mais les lecteurs-ices tronveront à nouveau dans ce numéro matière à réfléchir sur la cause profonde de cette montée des idées réactionnaires avec un article important sur la crise capitaliste actuelle qui sera lui aussi l'occasion de faire un tour du monde des diverses réactions sociales. Un article très instructif qui nous aidera à nous émanciper un peu des "désinformations" franco-françaises délivrées chaque jour par les grands médias.

On abordera également de façon fort documentée la question trop largement ignorée, tant dans le champ politique que syndical, des conditions de travail et de la très grave situation sociale à laquelle font face les travailleurs et les travailleuses de la terre.

Enfin, nous traiterons du nucléaire, ce sera l'occasion de revenir rapidement sur la catastrophe de Fukushima, mais aussi de contrer une nouvelle fois les arguments des pros-nucléaires qui, en France, le plus souvent, ne sont que les hérauts (quand ils n'en font pas partie !) d'une ploutocratie industrialo-étatique ; bref, d'une classe dominante, bien organisée, qui s'applique à décider à notre place et à mettre en œuvre partout où c'est possible ce mode de production lucratif pour elle et mortifère pour tou-te-s.

Alors, on ne pourra pas ne pas parler de l'élection présidentielle du mois de mai. Eléction qui, comme toutes les autres, n'aura en définitive qu'une seule fonction : LÉGITIMER. Légitimer l'injustice et la régression sociale, et du même coup toutes les conséquences qu'elles pourront avoir et que l'on vient d'évoquer dans cet éditorial.

Organisons la riposte sociale !