lun 20 juin 2011

Des Révolutions qui manifestement accouchent de « démocraties » exploiteuses

CGA

 

Les révolutions arabes

Les événements, révoltes et/ou révolutions qui ont agité (et qui agitent) les pays du sud de la Méditerranée, du Proche et du Moyen Orient ont à coup sûr deux choses en commun : la référence commune à la religion du Qoran ainsi que la nature des régimes en place, pour l’essentiel des régimes autoritaires au Pouvoir depuis très longtemps.

En dehors de ces aspects, ces révoltes ont répondu à des contingences spécifiques.

 

Le détonateur

C'est en Tunisie, pays qui possédait une longue tradition de lutte syndicale (avec l’UGTT) et qui avait, sous le règne d’Habib Bourguiba, acquis un certain nombre de droits dits « démocratiques », que le peuple sut dépasser ses peurs pour affronter le potentat Ben Ali et son clan.

La révolution est née d’un événement horrible et banal à la fois, la mort d’un jeune par immolation, un jeune qui se voyait refuser, par un régime totalement corrompu, le droit de vivre dignement.

Les Tunisiennes et les Tunisiens se sont alors engouffrés dans la brèche du refus et n’ont cessé leurs manifestations d’opposition qu’avec le départ de Ben Ali. Des manifestations s'élevait le cri de centaines de milliers de poitrines : qu'il dégage!

L’équipe qui prit alors la place de Ben Ali, fut à son tour obligée de démissionner et de quitter le pouvoir, sous la pression de la rue et du mécontentement populaire.

Mais une révolte, fut-elle la plus intransigeante, trouve très rapidement ses limites, dès lors qu’elle ne s’est pas fixée comme but la disparition des élites dirigeantes et le fonctionnement du pays en autogestion.

Une fois le dictateur parti, c’est le manège habituel des tractations politiciennes qui a repris ses droits. Ainsi, c’est la rue tunisienne qui a mis fin à 40 années de pouvoir « absolu » et, une fois la tâche accomplie, c’est la « démocratie politique, bourgeoise et exploiteuse » qui s’est vu dérouler le tapis rouge…

 

Les points communs

Dans tous les pays, les révoltes ont pris un tour massif et spontané. Malgré la violence des réactions des régimes en place, matraquages, tirs des policiers, à balles réelles sans aucune sommation, interventions massives des militaires y compris avec des chars d'assaut, malgré tout cet arsenal répressif, les masses populaires entrées en rébellion n'ont pas reculé. C'est ainsi que nous avons pu dire que "la peur avait changé de camp".

Un autre aspect qu'il nous a été donné de voir, c'est d'une part la jeunesse des manifestants, avec à la clef l'emploi des outils informatique de communication propres à cette classe d'âge, et d'autre part l'émergence sur la scène de la contestation de femmes en très grand nombre…

 

Les divergences

Les scènes d'affrontements rapportées par les médias occidentaux et ceux de langue arabe nous ont par ailleurs fait prendre conscience des disparités qui pouvaient exister (et qui perdurent) entre les différents pays et les différentes réalités politiques, économiques, sociales et communautaires…

Si d'évidence, "les peuples veulent (partout) la chute des régimes" de Damas à Sanaa après ceux de Tunis, du Caire etc… c'est qu'il existe une demande forte de Liberté d'expression et d'associations de forme démocratique. Il s'agit aussi de mobilisations sociales, plus fortes dans certains pays (Tunisie, Egypte…) que dans d'autres (Syrie, Yemen…).

Des mobilisations restées le plus souvent "non violentes" malgré la répression féroce qu'elles rencontraient et, en revanche, en Libye un basculement dans l'affrontement militaire dû à des caractéristiques claniques propres à ce pays. Une réalité qui a permis l'intervention militaire occidentale contre Kadhafi, sous couvert de la défense des populations sacrifiées par le potentat libyen.

C'est en effet ce qui a permis aux Etats occidentaux de se prévaloir d'une "légitimité" en matière démocratique et de faire valoir à la face du Monde la nature d'un système exportable aux quatre coins de la planète, "clef en main". Il peut même, au besoin, être livré directement par les airs -en même temps que les bombes "libératrices"- comme c'est le cas depuis ces derniers mois en Libye…

 

Les spécificités et les interrogations

 

En Tunisie, l'apparition de « comités populaires » a laissé présager une réelle participation des acteurs au cours du procès révolutionnaire. Ce type d’organe révolutionnaire de démocratie directe pouvaient utilement assurer la souveraineté populaire en se fédérant.

Malheureusement, les masses tunisiennes ne se sont pas dotées d’organes de pouvoir émanant directement d’elles.

Ces révoltes ont été et sont capables de s'organiser, mais il est bon de dire qu'aujourd'hui comme hier, dès les premiers jours, la contre révolution est intimement mêlée à la révolution.

De ce point de vue, la révolution commencée en Tunisie, n'a pas fait exception à la règle.

Il nous faut donc regarder froidement les choses, sans romantisme, et dire où, dans quelles organisations, se trouve la contre-révolution.

Ainsi, il nous est loisible de souligner que la plupart des partis politiques et des organisations religieuses n'ont de cesse que de ramasser un pouvoir que les masses ont mis à bas.

De nouvelles structures étatiques, capitalistes, culturelles et cultuelles sont déjà en place pour assumer la relève.

Affublés d'un vernis "démocratique", le temps de donner le change à des masses qui désiraient sincèrement que les choses changent réellement, ces partis, organisations et autres dépositaires d'un quelconque pouvoir - politique ou financier - vont s'employer à faire rentrer dans le rang toutes ces révoltes.

Un nouveau pouvoir politique va remplacer l'ancien, légitimé par les suffrages populaires et, malheureusement, une fois de plus le peuple aura lui-même légitimé ses propres exploiteurs.

 

En Libye, un camarade anarchiste Libyen, Salem SAOUD, s'est posé la question du soutien de l'intervention militaire occidentale. Face aux milliers de victimes libyennes, il considère "qu'il sera difficile d'expliquer aux générations futures qu'il a été fait appel à des Etats qui ont donné dans le passé le pouvoir à Kadhafi et qui l'ont soutenu sans discontinuer jusqu'à il y a peu" !

Il soulève une autre erreur commise par les populations en révolte, à savoir la mise en place du CNT (Comité National de Transition) avec à sa tête des dignitaires anciens partisans du régime de Kadhafi. Il ne doute pas un seul instant que les pays occidentaux "concluront de nouveaux contrats avec le nouveau gouvernement".

S'adressant à tous les libyens, hommes et femmes, Salem leur demande de "rejeter cette intervention militaire". Il ajoute, "nous le demandons en même temps à toutes les personnes qui nous soutiennent, en Egypte, en Tunisie, en France, en Chine et nous accueillons chaleureusement le soutien et la sympathie de tous les peuples du monde entier. Mais nous ne demandons rien de quelque gouvernement que ce soit, à part de se retirer et de nous laisser régler le problème Kadhafi nous-mêmes".

 

Au Yémen, la "démocratie" a été acheminée par le roi Abdallah d'Arabie saoudite (despote "éclairé"), dans les flancs de ses chars.

Le Yémen est en effet le théâtre depuis trois mois de manifestations destinées à réclamer le départ du président Ali Abdallah Saleh. Ce dernier refuse cependant de quitter le pouvoir. La répression contre les protestataires a fait plus de 150 morts.

Les manifestations se poursuivent et des dizaines de protestataires ont été tués ou blessés par les forces de sécurité.

Au mois de mai, à Damar notamment (100 km au sud de Sanaa, la capitale), un contestataire a été blessé par balle et 14 autres ont été touchés dans des jets de pierres lorsque des hommes ont tenté de disperser un rassemblement.

Six personnes ont été blessées à Aden, ville portuaire du sud du pays, où les forces de sécurité ont ouvert le feu sur des manifestants protestant contre des coupures de courant, a-t-on appris de sources médicales.

A Taez, plusieurs bureaux publics ont dû fermer en raison des manifestations…

 

Au Barhain, les révoltes sont confrontées à de violentes attaques des forces de sécurité. Ainsi, très récemment, cette répression barbare a -t-elle occasionné parmi les manifestants réunis place de la Perle, à Manama, la capitale du Barhein, plusieurs morts.

Les forces bahreïnies utilisent des chars et des hélicoptères, pour chasser des manifestants de la place.

Les protestataires occupaient la place de la Perle depuis le 19 février pour exiger des réformes politiques, voire, pour certains, le départ de la dynastie sunnite gouvernant ce pays dont la population autochtone est en majorité chiite.

Des milliers de manifestants ont à plusieurs reprises eu l'occasion de   dénoncer l'arrivée de troupes saoudiennes dans le pays. Outre les renforts du Conseil de coopération du Golfe, les Emirats arabes unis ont envoyé quelques centaines de policiers, pour aider la dynastie sunnite à faire face à la contestation populaire.

 

La Syrie se distingue des autres pays. Sa population vit depuis 1963 sous le régime de l'état d’urgence à la suite du coup d’Etat du 8 mars 1963 fomenté par le général Amin Al-Hafez. L’armée y est au pouvoir et très puissante.

Les principales caractéristiques de la révolution syrienne sont son aspect juvénile et spontané… C’est une révolution sans pilotage centralisé, mais plutôt dirigée par des individus insurgés. Par conséquent, nul ne peut prétendre la gouverner ni la conduire. Les jeunes insurgés se sont soulevés spontanément et la participation des religieux n’est pas visible.

Mazen KALMAMAZ, anarchiste syrien, note que l'opposition de gauche, sensée préparer et faire triompher la révolution sociale, réalise tout le contraire en  ne condamnant pas le principe de la domination de la classe exploitante .

Le régime syrien a une double intention : d'une part déformer l'image de la révolution syrienne et d'autre part accentuer la phobie sociale. Il veut ainsi éloigner tout dialogue avec les composantes de la société en dehors d'une tutelle de l'appareil de sécurité de l'Ėtat. Le despotisme exclut toute possibilité  de dialogue ou d'action (…) coupant ainsi les liens et isolant les individus les uns des autres. 

Le silence imposé par le régime est en outre utilisé comme prétexte pour créer une atmosphère de crainte et d'appréhension, et écarter toute possibilité d'une action collective.

La révolution doit ainsi s'employer à recréer le dialogue libre interindividuel et l'action libre collective.  
Le régime syrien, au même titre que l'iranien ou le saoudien, développe dans ses pratiques et dans ses structures, des services secrets qui détiennent un pouvoir absolu avec le possibilité de réprimer sans aucune limite, voire même de torturer et exécuter.
Le régime syrien essaie de démontrer que le pays jouit de la liberté, tout en asservissant le peuple.
Des réformes ont été annoncées dans le seul but de gagner du temps. Ce qui est incontestable c'est que les choses se sont aggravées et que de larges masses vivent sous le seuil de la pauvreté.


En Algérie, le chef d'État a été confronté au début de l'année 2011 à des émeutes qui ont fait 5 morts et 800 blessés. Une partie de l'opposition s'est saisie de cette révolte pour réclamer un changement de régime.

L’Algérie est entrée dans une profonde crise économique, politique et sociale. 9700 émeutes (casses, heurts et mouvements de violence de jeunes) ont été enregistrées en 2010 à travers toute l’Algérie.

Cela traduit le mal-vivre des Algériens dû à la cherté de la vie, au chômage et au ras-le-bol vis-à-vis de la précarité de leur vie quotidienne.

La seule alternative pour les jeunes est de sortir et de détruire des biens de l’Etat afin de manifester leur mécontentement.

La population dans sa grande majorité préfère ignorer les appels de la rue.

C'est dans ce cadre que Bouteflika, au cours d'un discours télévisé, a promis des réformes politiques : "J'œuvrerai à introduire des amendements législatifs et constitutionnels en vue de renforcer la démocratie représentative ". Il a annoncé la tenue de la prochaine élection présidentielle en 2014. Le but non avoué est de contenir les effets du mouvement de contestation qui secoue le monde arabe.

Sans atteindre l'intensité des révoltes des autres pays arabes, les manifestations algériennes sont devenues quasi quotidiennes dans la capitale et font planer une menace sur la stabilité du pays.

 

Au Maroc, portée par l'élan des tunisiens et des égyptiens, une certaine contestation populaire est apparue au Maroc. Les ingrédients y sont réunis : misère, inégalités sociales, chômage massif des jeunes, corruption, absence de démocratie, etc.

Une modification en profondeur de la constitution est espérée.

Les autorités marocaines disent que la situation du pays y est différente des autres pays arabes car la "démocratisation y est en cours". Or, la liberté d'expression n'existe qu'à la condition d'épargner la monarchie, la religion et le Sahara.

En réalité, le système politique marocain correspond à une monarchie autocratique qui dirige et contrôle à peu près tout.

"le Maroc (serait) une monarchie constitutionnelle, démocratique et sociale" ! Les citoyens disposeraient des libertés d'opinion et d'expression et depuis l'indépendance, le multipartisme y trouverait place...

Derrière cette apparence, se cache le fonctionnement d'un régime assez autoritaire.

 

En conclusion, les limites annoncées des révoltes arabes…

Il n'est pas ici question de reproches fait aux peuples en révolution, lesquels à un moment, ont choisi d'accepter la mise en place d'une "Assemblée constituante" ou tout autre entité de représentation. Mais disons-le tout net, si elles venaient à voir le jour, ces instances de "Pouvoir" ne seraient à coup sûr pas l'émanation de structures auto organisées.

Les idées même de démocratie directe et d'autogestion n'ont pas suffisamment émergé au cours de ces révoltes et du reste, il est aujourd'hui question en Tunisie de retarder le processus électoral "dit démocratique"…

En Egypte, l'armée a pris une place considérable en faisant régner l'ordre "démocratique" à l'aide de la trique. Les grèves et les mouvements de contestation sont à nouveau interdits… A partir de mouvements profondément contrôlés par la société, avec l'apparition des comités populaires d'autodéfense, le régime a retrouvé son rythme de croisière.

L'horizon démocratique tel qu'il nous est proposé dans la plupart des sociétés, en Tunisie, en Egypte et ailleurs, se traduit par un changement d'équipe dirigeante en lieu et place d'un réel bouleversement/renversement des systèmes autoritaires.

Les Etats-Unis ne s'y sont pas trompés puisqu'il s'engagent à débloquer plusieurs milliards de dollars pour venir en aide aux pays arabes à réaliser leur transition démocratique.

Barack Obama souhaite, par exemple, accorder un milliard de dollars de garanties de prêts à l'Egypte. 60 millions de dollars, sont réservés aux initiatives du secteur privé (fonds américano-égyptiens).


L'espoir tout de même

Nous avons assisté à des changements de personnels trop ouvertement corrompus ou dont les exigences étaient devenues des obstacles. Il s’agissait aussi de canaliser des mouvements populaires impossibles à stopper par la simple répression.

Mais les exigences populaires qui ont donné naissance à la révolution ne peuvent se satisfaire de simples ravalements de façade. Pour les jeunes sans emploi, pour les travailleurs pauvres, pour les femmes, les transformations nécessaires doivent être beaucoup plus profondes. C’est pour cela que les manifestations reprennent en Tunisie et en Égypte.

L’espoir soulevé dans toute la région explique aussi l’héroïsme des jeunes et des femmes en Syrie ou au Yémen, qui malgré la répression terrible, continuent de manifester.

Cette fois, la révolution se trouve face à ses faux amis d’hier qui louaient sa modération et son pacifisme mais qui n’hésitent pas aujourd’hui à utiliser la force et la répression. Des deux côtés de la Méditerranée, ce dont la révolution arabe a le plus besoin aujourd’hui, c’est d’une solidarité de classe qui se moque des frontières et se bat pied à pied contre le racisme et toutes les divisions.

Groupe Puig Antich - Perpignan