mer 5 mai 2004

Déclaration de la Coordination des Groupes Anarchistes au congrès de Rennes de la Fédération Anarchiste

CGA

Bonjour à vous toutes et tous.

La CGA est une organisation jeune. Elle a été en effet créée il y a à peine deux ans, au mois de juin 2002. Je ne développerai pas les raisons qui ont poussé l'ensemble de ses membres fondateurs à opter pour cette solution plutôt qu'une autre. Les congressistes ici présent(e)s n'ignorent pas l'essentiel des dites raisons.
Pour autant, il nous a semblé important, de profiter de l'occasion qui nous est offerte aujourd'hui pour vous éclairer

- sur le sens de nos engagements,

- sur les fonctionnements dont nous nous sommes dotés,

- sur les objectifs qui sont les nôtres.

Nos engagements.

Dès juin 2002 nous avons affirmé notre volonté de militer au sein de la famille anarchiste et plus précisément aux côtés des miltant(e)s réellement engagé(e)s au sein des luttes sociales. Nous avons été ainsi conduits à nous rapprocher de l'ensemble du Mouvement libertaire lors du rendez-vous du G8 à Annemasse, en juin 2003. Nous avons remis ça lors du Forum Social Libertaire, à Paris, en novembre 2003. Dans ces deux occasions, la CGA a constaté que le travail militant d'information et de propagande, réalisé collectivement par les diverses organisations libertaires, a porté ses fruits. Tout d'abord, quand il s'est agi de constater un intérêt non dissimulé, de la part nombreuses personnes qui sont venues à notre rencontre, pour la forme collective et unitaire de l'apparition de libertaires. Ensuite, quand cette apparition collective a tout de même permis de définir idéologiquement et pratiquement, un champ libertaire d'analyses et de propositions d'actions, sans pour autant gommer les divergences qui peuvent exister entre certaines des organisations représentées. Outre cette volonté de privilégier le plus possible une apparition cohérente et numériquement intéressante de l'anarchisme social, la C.G.A. tient à réaffirmer, au travers de ses écrits, et au cours de ses multiples apparitions militantes au cours des luttes et au sein de la frange qui conteste l'ordre établi : Son anti-étatisme, son anti-électoralisme, son anti-capitalisme ainsi que son positionnement tout à la fois anarchiste et communiste libertaire !

Nos fonctionnements.

La C.G.A. prône un mode organisationnel, le fédéralisme libertaire, qui a pour objet d'asurer les apports des individus entre eux, de l'individu avec le groupe et des groupes entre eux. Il a pour base l'autonomie des individus et des groupes et repose pour l'essentiel sur la Solidarité et l'Entraide. Au sein de nos instances, et pour ce qui ne touche pas à nos principes fondamentaux, nos décisions sont prises à la majorité des 75% des voix potentielles, ce qui inclut la possibilité d'un vote indicatif. Dans la C.G.A. les mandats de fonctionnement constituent les moyens humains dont nous nous dotons pour fonctionner. Rotation, précision, contrôle et possibilté de révocation offrent un cadre militant clair, responsable et conscient au bon déroulement du mandatement. Le mandatement peut être collectif ou individuel et il peut , en effet, être donné à la charge d'un groupe, de plusieurs individus ou bien d'un individu. Actuellement, au sein de la C.G.A. ces diverses possibilités cohabitent sans aucun problème. La C.G.A. se réunit de manière bimestrielle et accueille les délégations mandatées de chacun des départements où nous comptons des groupes ou liaisons. Un groupe, pour pouvoir se servir de « tous » ses mandats, doit envoyer à la réunion un nombre de militant(e)s au moins égal au nombre de mandats dont il dispose.

Nos objectifs.

Notre volonté est bien de peser réellement sur la scène sociale. Il s'agit donc pour nous de favoriser l'émergence de luttes à caractères anti-capitaliste et anti-politique. Dans le même esprit, il s'agit de montrer que l'alternative sociale est la seule voie révolutionnaire, aux antipodes de l'illusoire et contre-productive alternative politicienne, tant espérée par l'ensemble des organisations étatistes et électoralistes. Il s'agit aussi de montrer, dans les faits, l'adéquation entre, d'une part, les propositions anarchistes et le type d'engagement de celles et ceux qui s'en réclament, et d'autre part, les attentes des franges de plus en plus importantes d'individus qui aspirent à des changements sociétaires en profondeur. Nous tenons à favoriser, partout où cela est possible, la prise en charge directe des luttes par les acteurs eux-mêmes, afin de créer les conditions objectives de l'autogestion sociale et ouvrière, préalable à la construction d'une alternative scociétaire de type anarchiste. Autour de tels engagements, la CGA s'emploie à créer le plus souvent possible les conditions de l'unité dans l'action avec les autres organisations libertaires et/ou des organisations anti-autoritaires. Au sein de la lutte des Sans Papiers, dans nos engagements contre les dérives autoritaires et policières de la société actuelle, ainsi que lors du mouvement du printemps 2003, la C.G.A. est parvenue à réaliser (en toute humilité) certains de ces objectifs. Malgré son faible ancrage numérique actuel et une « spécificité » géographique assez marquée, la C.G.A. compte dans le paysage « politique » du sud de la France, où elle est physiquement présente. Notre développement actuel et l'intérêt suscité auprès de couches de jeunes (étudiants ; jeunes salariés) attestent de notre capacité à mener de paire la propagande anarchiste fondamentale, sans rien en renier, et notre engagement réel au sein de toutes les bagarres sociales.

Pour terminer, chères compagnes et chers compagnons, au nom de la C.G.A. je vous souhaite une bonne fin de congrès, je souhaite que vos travaux enrichissent la réflexion révolutionnaire et anarchiste et j'espère que les occasions seront nombreuses où nous nous retrouverons pour faire reculer, dans les luttes, l?Etat et la patronat.

Secrétariat aux Relations Extérieures

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Annexe

Le Communisme Libertaire


La lutte des classes à laquelle nous nous référons, loin d'être revendiquée, voire utilisée à des fins politiques, étatiques ou tout simplement partisane, ne peut s'envisager sous l'angle de l'instauration d'une quelconque dictature. Il ne s'agit pas plus de remplacer par ce biais, un gouvernement par un autre, mais il s'agit pour nous de contribuer à la création d'un cadre militant et social en vue de l'abolition de TOUS les privilèges : exploitations, classes etc., en luttant pour l'avènement de la société sans classes, sans pouvoir, vers la société anarchiste. Pour la grande majorité des individus, le mot « communisme » est totalement déprécié, discrédité, chargé d'odieuses réminiscences, il n'en demeure pas moins qu'il qualifie toujours au plus prés notre conception juridique des droits de l'individu dans la société. Pour nous la société qui écrase l'individu, doit être combattue. Comme, au point de vue économique, chaque individu devra bénéficier autant que l'ensemble, des biens dont disposera la collectivité, les anarchistes considèrent le communisme libertaire comme le moyen et le principe les plus sûrs pour atteindre ce but. C'est précisément parce que nous sommes anarchistes, que nous sommes communistes. Loin de s'opposer, les deux notions se complètent. L'organisation sociale future s'articulera tout naturellement autour de la propriété commune des moyens de production et l'utilisation commune des produits du travail collectif. Le projet politique anarchiste se traduit par la fédération des unions libres des communes indépendantes et des associations de producteurs. Comme l'écrit E. Malatesta, « Le vrai communisme n'est possible que dans l'anarchie. Le communisme est un idéal, il deviendra un régime, un mode de vie sociale dans lequel la production est organisée dans l'intérêt de tous, dans la manière d'utiliser au mieux le travail humain pour donner à tous le maximum de bien-être et liberté possible et dans lequel tous les rapports Sociaux sont conçus en vue de garantir à chacun le maximum de satisfaction de développement possible matériel, moral et intellectuel. Mais une société communiste n'est possible que dans la mesure ou elle surgit spontanément du libre accord et par la volonté variable déterminée par les circonstances extérieures et les désirs de chacun. » (« ancora su communismo ed anarchia » in Humanita Nova - Milan, 5 septembre 1920)

C'est donc par la résolution communiste du problème économique - c'est à dire par la suppression simultanée de l'exploitation et de l'aliénation - que l'on rend possible la coincidence parfaite des fins particulières de l'individu et des fins génrales de la collectivité. Il est possible d'affirmer que cette organisation communiste de l'économie n'est possible que dans l'Anarchie, de même qu'il est loisible de penser que l'avènement total de l'anarchie n'est possible que sur une base économique communiste. Dans un régime autoritaire, régime d'économie dirigée en l'absence des libertés, une classe ou une caste dirigeante se reconstitue fatalement avec ses privilèges et avec l'oppression comme conséquence. Il n'est donc pas juste ni pertinent de confondre l'émancipation du prolétariat avec l'avènement des regimes autoritaires. Quelle que soit leur origine ! Comme le souligne R. Rocker, « le rôle du socialisme consiste à faire disparaître le pouvoir dans la vie sociale et non à le conquérir, s'il ne veut pas s'anéantir ». Pour autant, la transformation du régime de propriété n'est pas suffisante pour définir tout le concept anarchiste de Révolution. Cette transformation de l'infrastructure est une condition nécessaire, sine qua non, de la transformation éthique, morale, culturelle de ce qu'implique, pour un(e) anarchiste, l'idée de la Révolution totale, mais elle peut n'être pas suffisante.

Le marxisme a posé comme postulat, qu'à partir de la révolution économique tout devait s'enchaîner nécessairement. L'anarchisme, en revanche, prétend que c'est seulement par l'abolition de l'Etat, par la conquête de la liberté entière de l'individu, par la libre entente, l'association et la fédération totalement libres, que nous parviendrons au communisme libre, à la possession commune de tout l'héritage social et à la production et au partage, en commun, de toutes les richesses. Il est aisé de constater que la référence au Communisme libertaire incluse dans nos principes, ne recouvre pas une forme exclusive de regroupement militant, un choix tendanciel excluant toute autre conception, toute autre approche libertaire de la lutte sociale organisée. Cette référence se veut, en revanche, la définition la plus précise du type de société auquel nous aspirons et pour lequel nous luttons.

P.S. : les phrases citées dans le texte ne le sont qu'à titre d'exemples et n'impliquent pas pour la CGA une référence exclusive aux deux auteurs.