dim 8 avril 2012

Crise capitaliste systémique et réactions sociales

CGA

Nous sommes très probablement dans une période de transition où les Etats-Unis perdent petit à petit leur hégémonie économique. Les transactions internationales commencent à se méfier du dollar, ce qui a poussé à une action conjointe des banques centrales européennes et américaines offrant des conversions avantageuses en dollar. Les méthodes utilisées pour sauver le système apparaissent de plus en plus compliquées et les chiffres annoncés sont de plus en plus gros. Pourtant ces mesures de «sauvegarde» provoquent toujours le même effet : on imprime des billets pour les donner aux banques ce qui entraîne une baisse de la valeur de l’argent et augmente le coût de la vie. Les prix des denrées de base (alimentaire, énergétique, ...) grimpent mécaniquement, créant de plus en plus de pauvres, moins de consommation et donc au final une récession. Eh oui, les solutions des élites aggravent le problème pour la base... Les puissants s’en sortent (en 2010, les salaires des patrons du CAC 40 ont augmenté de 34%, en 2011 de 23%) et les peuples crèvent de faim. Tous les pays sont touchés et on assiste à une multiplication des tensions sociales mondiales : émeutes de la faim, printemps arabes, mouvements des indignés en Europe, Occupys en Amérique du nord, grèves et manifestations en Chine. Voici un petit tour du monde «en crise» qui n’est bien sûr pas pas exhaustif.

 

 

États-unis :

 

La situation sociale continue de se dégrader, bien que le gouvernement affiche un chômage en baisse en diminuant artificiellement le nombre d’actifs, les emplois sont de plus en plus rares, précaires et mal payés. Ce qu’on a appelé la «crise des subprimes» en 2007 n’est toujours pas finie : on continue d’expulser. Le nombre d’expulsions était de 1,1 millions de foyers en 2010 et de 830 000 en 2011. Les dossiers d’expulsions en cours étaient au nombre de 1,4 millions début 2012.

 

Le gouvernement fédéral américain continue par le biais de la réserve fédérale américaine de fabriquer des dollars pour soutenir l’industrie financière américaine. Tandis que les américains se font exproprier en masse, on distribue de l’argent pour «sauver la finance». Dans ce contexte, les mouvements sociaux, comme «Occupy», ne peuvent que perdurer dans le temps. Des initiatives intéressantes sont prises impliquant la construction d’un rapport de force avec le pouvoir notamment lors des tentatives simultanées de blocage des ports de Oakland, Portland, Long Beach, Longview, Vancouver le 13 Décembre dernier.

 

Cependant, ce mouvement n’est pas à l’abri de récupérations et détournements. Obama voudrait bien sûr tirer parti de ce mouvement pour se faire réélire mais personne n’est dupe : il a présenté un budget proposant de couper 360 milliards de dollars dans les programmes de santé Medicare et Medicaid destinés aux personnes âgées et aux pauvres, ainsi que 278 milliards de dollars dans d'autres programmes d'aide, comme les subventions aux fermes.

 

Chine :

 

En Chine aussi, les effets de cette crise systémique mondiale commencent à se ressentir. Depuis maintenant un an, les tensions sociales s’intensifient. Des milliers de salarié-e-s d’une fabrique de chaussures pour marques américaines ont manifesté contre un projet de délocalisation. Des milliers de Chinois-e-s ont manifesté à Lufeng pour la deuxième fois en deux mois contre la saisie de leurs terres. D’autres mouvements de protestations ont eu lieu et beaucoup d’autres suivront probablement.

 

Grèce :

 

Depuis fin 2009, la Grèce enchaine les mesures anti-sociales imposées par la «Troïka». Ces mesures présentées comme des remèdes économiques sont de formidables opportunités pour les patrons. On exonère les entreprises d’impôts en prétendant lutter contre la dette de l’état. On licencie les fonctionnaires, on précarise le travail, on assassine les conventions collectives en prétendant lutter contre le chômage. Depuis plus de deux ans d’un tel régime, on assiste à une dégradation majeure des conditions de vies, et la dette de l’état ne cesse d’augmenter. Maintenant, à peine un nouveau plan d’austérité a-t-il été voté que la Troika menace et demande des efforts supplémentaires. Alors que la population s’appauvrit à une vitesse affolante, on continue de couper le peu qu’il reste d’aides, de subventions, de fonctionnaires. On voit une augmentation énorme des SDF, certains parents préfèrent abandonner leurs enfants dans les centres d’actions sociales, les suicident ont augmentés de 40% en 2011. Le Centre Grec de Documentation et de Surveillance des drogues rapporte, quant à lui, que de plus en plus de grecs s’injectent volontairement le virus pour pouvoir toucher les subventions donnés aux séropositifs ...

 

Dans ce contexte dramatique, les affrontements des manifestants contre la police sont devenus incontournables à chaque vote d’un nouveau plan d’austérité. La population souffre et les gouvernants continuent leurs saignées ... Des initiatives de réappropriation et d’autogestion ont vu le jour, notamment avec la reprise d’un hôpital. Les agents hospitaliers de Kilkis ont occupé leur hôpital local et ont publié une déclaration disant qu’il était désormais entièrement sous contrôle ouvrier.

 

Roumanie :

 

Depuis 2009, la Roumanie subit l’assaut sauvage des «plans de sauvetage» qui n’engendrent que misère et désolations. Le FMI et l’UE avaient jusque-là réussi à imposer leurs mesures anti-sociales sous la menace de nouveaux prêts empêchant provisoirement la faillite. Mais après plusieurs semaines de manifestations, le chef du gouvernement roumain a dû démissionner.

 

Italie :

 

En Italie aussi, on a vu un gouvernement se faire expulser par la «Troïka» et remplacer par des acteurs du monde financier imposant rapidement des mesures anti-sociales. Les larmes de crocodile de la ministre italienne du Travail et de la Prévoyance sociale, Elsa Fornero, ne font que montrer la force avec laquelle on s’attaque aux pauvres. On peut se demander comment l’Italie va pouvoir échapper à un scénario comme la Grèce avec une explosion de la dette et la multiplication de plans d’austérité si ce n’est en construisant un rapport de force permettant de s’opposer à leurs gouvernements et aux gouvernements européens.

 

Espagne :

 

L’Espagne aussi subit une situation économique très lourde et une multiplication des tensions sociales. Le mouvement du 15M avait réuni 15 000 personnes à Grenade le 15 Octobre derrière la banderole «contre la dictature du capital, pour un changement global, que tous décident». En février 2012 il y a eu des manifestations importantes contre les coupes budgétaires et la réforme «laboral». Dans les facultés aussi, on s’organise. Un mouvement étudiant et lycéen commence à se développer parallèlement à une répression qui pour l’heure a pour effet d’accroître le mouvement. Il faut rappeler qu’en Espagne, le chômage des jeunes s’élève, selon les statistiques officielles, à 40% avec un taux général supérieur à 20%.

 

France :

 

Malgré déjà deux plans d’austérité et une situation économique qui se dégradent, les prochaines élections présidentielles et législatives freinent le démarrage d’un véritable mouvement. La plupart des salarié-e-s sont attentistes et les bureaucraties syndicales jouent aussi le jeu électoral en se contentant de faibles mobilisations de principe qui attendent une traduction dans les urnes. On voit bien ici le rôle pernicieux des élections. Le mécontentement monte mais on se contente d’intention de votes. Le scandale de Dexia s’intensifie : les Etats Français, Belge et Luxembourgeois l’avaient déjà renfloué par deux fois pour un total supérieur à 7 milliards d’euros. Pourtant Dexia vient d’annoncer dans son bilan 2011 une perte de 11 Milliards d’Euros. Les 3 États se sont engagés à garantir les pertes à hauteur de 90 Milliards... On renfloue la finance d’un coté et de l’autre on nous prépare une TVA sociale et des re-négociations des conventions collectives. On veut sacrifier le droit du travail pour sauvegarder les bénéfices des patrons. Malgré les effets d’annonces électoralistes et le maquillage des chiffres, la France risque de rentrer en récession en 2012, le chômage et la précarité au travail augmentent. Pourtant, on nous serine que les élections peuvent changer les choses alors que l’on voit autour de nous les gouvernements élus se faire éjecter lorsqu’ils ne satisfont pas assez bien les demandes des bailleurs de fonds. On a vu la réaction des élites politiques et économiques hurler lorsque Papandréou avait «osé» proposer un référendum pour sauver politiquement sa tête. Les réactions ne se sont pas faites attendre, un référendum aujourd’hui en Grèce c’est déjà trop ! Alors que l’inutilité du vote n’a jamais été aussi flagrante, les gens restent concentrés sur les élections.

 

La Grèce, un laboratoire pour l’Europe ?

 

Ce qui arrive à la Grèce est-il un présage de ce qui va arriver à l’ensemble des pays Européens ? On voit d’ores et déjà que des pays comme l’Irlande, le Portugal, l’Espagne et l’Italie se dirigent vers ce scénario. L’Europe risque de se dissocier en deux : l’Europe des riches, ceux qui «s’en sortent» et l’Europe des pauvres, ceux qui auront les attaques sociales les plus lourdes. Pourtant tous les pays appliquent à des degrés divers des plans d’austérité qui provoqueront inévitablement une dégradation des conditions de vie. Le cercle vicieux de leur crise et de leurs plans d’austérité s’installe durablement. On ne pourra résorber le chômage à moins de poser la question fondamentale du travail et de sa répartition. On ne pourra lutter contre l’appauvrissement des populations qu’en remettant en question le partage des richesses, le fonctionnement du système capitaliste et le rôle des états. On ne pourra empêcher les plans d’austérité qu’en construisant des rapports de force de grande ampleur capables de faire tomber les gouvernements.

 

La nécessaire internationalisation des luttes :

 

Les tensions sociales dans le monde augmentent mais il faut qu’elles convergent entre elles pour pouvoir peser un réel poids contre les attaques anti-sociales qui se généralisent dans tous les pays. Les différentes luttes doivent s’inspirer des anciennes et en inspirer de nouvelles. L’internationalisation des luttes est de plus en plus nécessaire pour changer les choses et éviter une période qui nous promet des années sombres et difficiles. En effet, en temps de crise, l’histoire nous l’a montré, le système utilise la guerre comme porte de sortie. La guerre permet de relancer l’économie (il faut fabriquer des armes) et de trouver des boucs émissaires qui détournent l’attention des vrais problèmes.

 

Xavier (groupe Un Autre Futur, Février 2012)