lun 10 octobre 2011

Contre sommet du G 20, posons les bases d'une organisation sociétaire différente

CGA

10 ans se sont écoulés depuis le 27ième sommet du G8, à Gênes. Le gouvernement italien avait organisé face aux manifestations du contre-sommet, une répression sans précédent soldée par un mort, Carlos Giuliani, et des centaines de manifestant-e-s arrêté-e-s, séquestré-e-s, violenté-e-s, humilié-e-s, pendant plusieurs jours. La justice de l'État italien, 7 ans après les faits, a jugé que le policier n'avait pas tiré à bout portant sur le jeune manifestant mais que la balle avait ricoché sur une pierre. Il n'y a eu quasiment aucune poursuite. Certains policiers ont même été promus.

 

10 ans après, le constat est amer face aux tenant-e-s du système qui ne cessent d'augmenter leurs bénéfices aidés par les partis politiques au pouvoir en additionnant toujours plus des dispositifs de répression pour renforcer leur domination.

 

Quand le G 20 profite grassement de la crise 

 

La crise de 2008 n'a aucunement infléchi la logique profonde des politiques menées par les Etats, et les grandes instances internationales de régulation du système (FMI, OMC, BCE). Au contraire, les États et les milieux d'affaires ont su profiter de cette période pour accélérer les privatisations et augmenter les bénéfices des revenus les plus hauts grâce aux garanties apportées par les gouvernements et la spéculation.

 

La stratégie de la gestion de la crise a d'abord consisté à évoquer la nécessité d'une gestion « plus transparente » des marchés et l'émergence d'un capitalisme plus humain. Trois ans plus tard, l'idée de transparence, c'est-à-dire de contrôle des marchés, a complètement disparu pour laisser place à un discours unique martelé par l'ensemble des gouvernements européens : la nécessité « d'assainir » les dépenses publiques, autrement dit, de les réduire pour pouvoir faire face aux risques de krach boursier.

Cet été, un nouvel argument est apparu : il faut désormais privatiser, par solidarité, pour « sauver les pays en faillite », comme la Grèce.

Alors que le Fonds Monétaire International avait estimé en juin via TF1 que la zone euro connaissait une reprise économique « globalement saine » mais avait besoin de « plus d’intégration économique et financière » pour résoudre la crise des pays les plus endettés, on constate que le Portugal, l'Italie, l'Espagne, l'Angleterre, la France sont dans des situations économiques et sociales quasiment identiques à celles de la Grèce. La banqueroute peut arriver à tout moment.

 

Derrière la solidarité affichée entre gouvernements et banquiers (les banques françaises et allemandes contrôlent une grande partie des banques grecques), la Grèce a été poussée dans une situation de faillite à long terme, par le biais des remboursements à des taux d'intérêt forts qui vont augmenter sa dette d'année en année. C'est la même logique qui maintient les pays africains ayant subi ces politiques « d'ajustement structurel » dans la pauvreté et l'endettement.

Les plans d'austérité généralisés à l'ensemble de l'Europe vont aggraver la situation financière des pays et appauvrir les populations à long terme, pendant que les classes le plus riches vont continuer à s'engraisser et les grands groupes financiers à grossir. Une partie d'entre eux a choisi d'adopter une stratégie de communication nouvelle en déclarant publiquement via le Nouvel Observateur accepter d'être taxé pour faire face à l'ampleur de la crise. Cette forme de capitalisme compassionnel ne changera rien au désastre mais cherche simplement à faire croire qu'il peut y avoir plus de morale au sein du système. A quelques mois des élections, c'est aussi un coup médiatique de quelques grands patrons pour s'acheter une image sociale alors que le taux de l'ISF a été divisé par 3.

 

Quelles sont les grandes lignes d'horizon ?



Les diminutions de salaires, des pensions de retraite, la suppression d'emplois dans le secteur public, un alourdissement de la fiscalité pour les classes moyennes, la diminution des aides aux plus pauvres pendant que les grandes fortunes échappent aux impôts grâce aux paradis fiscaux, l'augmentation des inégalités aggravée par la montée du chômage et la diminution des aides sociales, la privatisation de secteurs clefs comme la Santé ou l'Éducation : la plupart des éléments de la crise des années 30 sont aujourd’hui réunis pour aboutir aux mêmes désastres : montée de la xénophobie, du populisme et de l’extrême droite dans tous les pays d'Europe dans un contexte de répression accrue donnant toujours plus de pouvoir aux policiers et à l'armée. Dernier exemple en date, depuis le 1er juillet en France, les policiers sont autorisés à tirer à balles réelles sur des civils lors d'attroupements.

L'importance d'une autre perspective sociétaire

 

Depuis 2001, les contre-sommets ont continué sans pouvoir infléchir la casse sociale organisée. Leur capacité à élargir l'audience d'une remise en cause du système dans sa globalité s'est affaiblie avec la retombée du mouvement alter-mondialiste et parce que la répression n'a cessé de s'aggraver.

Après les révoltes en Égypte, en Tunisie et dans le monde arabe, au printemps, les indigné-e-s en Espagne et en Grèce cet été, c'est au tour d'Israël et du Chili de connaître des mouvements sociaux de masse. Partout les populations sont révoltées par les injustices du système. Les revendications identiques de plus de démocratie, d'accès aux services publics d'éducation, de santé, de logement, de plus de justice sociale émergent. Il manque à ces mouvements de révolte des perspectives d'organisation à grande échelle clairement affirmées. L'indignation est une étape nécessaire pour aboutir à un changement mais elle n'est pas suffisante.

Le sommet du G20 début novembre à Cannes arrive dans ce contexte de crise financière toujours présente et de risque de krach permanent. Les populations sont mises en coupe franche, en Grèce, Irlande, Espagne, maintenant en Italie, demain en France. C'est donc une période ou les grands choix de société devraient rencontrer une meilleure écoute de la population.

Des mouvements sociaux pourraient avoir lieu en fonction des mesures annoncées par les gouvernements. Dans ce contexte, les mobilisations contre le G20 peuvent prendre une autre ampleur et revêtir d'autres enjeux : l'opportunité de faire toucher du doigt au plus grand nombre, à la fois une remise en cause du capitalisme mais aussi la compréhension que les États organisent les cadres institutionnels permettant à une minorité de s'accaparer les richesses. A ce titre là, il n'y a rien à espérer d'élections futures quelles que soient les couleurs politiques affichées par les candidats.

Un contre sommet aura lieu à Nice du 30 octobre au 4 novembre, avec une manifestation centrale le 1er novembre à Nice. La contestation doit sortir des rendez-vous entre militant-e-s de tout l'hexagone qui se rassemblent et convergent vers le lieu du sommet. Il est nécessaire d'organiser partout, dans chaque ville une contestation du capitalisme et des États à l'occasion du sommet du G20.

Il est possible que la situation sociale à ce moment là donne une ampleur particulière à ce choix de type de mobilisation. La CGA s'emploiera à favoriser une contestation qui cherche à s'ancrer le plus profondément possible dans la société en proposant des modes d'organisation collectifs et autogestionnaires.