ven 1 janvier 2010

Contre le racisme d'Etat soutenons la lutte des travailleurs-euses sans papiers !

IAL

En temps de crise, les gouvernements ont tendance à laisser tomber le « politiquement correct » pour ouvrir les vannes au discours nationaliste. En effet, on ne compte plus les « dérapages » des politicien-ne-s à ce sujet, depuis les «auvergnats basanés » d’Hortefeux, jusqu’au contrôle d’origine d’un militant UMP par Chirac. Quand, devant les radios, un maire UMP1 se lâche et affirme qu'il y a trop d'immigrés « payés à rien foutre » et « pense qu'il est temps que l'on réagisse, parce que l'on va se faire bouffer ! », le président du groupe UMP à l'Assemblée nationale2 affirme son soutien :«On va libérer la parole. Point. Et moi j'estime que ces sujets, c'est parce qu'on n'en a pas parlé pendant trop longtemps.» . Derrière ces discours, se dresse un racisme contrôlé et mesuré par l'État.

L'Etat met en place le contrôle pour le banaliser à tous les niveaux de l’administration : quand on va réclamer ses droits au Pôle-Emploi, quand l’entreprise est contrôlée par l’inspecteur, quand on paie des impôts ou quand on va ouvrir un compte ou opérer sur le compte bancaire, chaque fois l’identité est vérifiée au risque d’une arrestation si on se trouve sans papiers.

Le contrôle s’étend même jusqu'à vérifier et juger des bons sentiments des personnes, comme on le constate avec le projet  renforçant les sanctions contre les mariages blancs, devenus « gris » grâce à Eric Besson, ministre de « l'immigration et de l'identité nationale ». En revanche, ce dernier ne fait plus de sentiments quand il s’agit de se débarrasser d’une population dont le pays est en guerre, parce que cette population est jugée nuisible, à Calais comme ailleurs.

Et pour mieux asseoir leur discours nationaliste et ancrer le patriotisme, l’école se voit mise à contribution : l'apprentissage de la Marseillaise rendue obligatoire pour les plus jeunes, les tentatives  de réécrire en le valorisant un passé colonial plus que douteux. Les programmes d'histoire deviennent les piliers d'une même vision de la nation, exclusive et excluante, créant de toutes pièces des héros nationaux autour desquels réunir la jeunesse.

 

Les discours sur la crise, les profits et l’écologie masquent d’autres problèmes et organisent la division des classes populaires entre celles avec papiers et celles sans papiers, entre immigrés et « nationaux ». Les luttes de classes s'écrasent, par l'entremise des patrons qui agissent main dans la main avec les gouvernements, et se perdent dans le « chacun pour soi » et la peur de l'Autre. L'idéologie nationaliste pousse les travailleurs et les travailleuses à s'allier avec leurs patron-ne-s dans l'illusion d'intérêts communs. Le nationalisme est l'un des outils principaux dont se servent les classes possédantes dans le but de souder travailleurs et travailleuses avec patrons et patronnes, dans la peur de l'étranger voleur d'emplois, revitalisant ainsi le « mythe » de la « cohésion nationale ». Déjà dans les années 30, en réponse à la grande crise, les dirigeants des partis populistes utilisaient le nationalisme pour rassembler. Ainsi, idéologies nationalistes de l'Allemagne du NSDAP, de l'Italie mussolinienne et de l'Espagne franquiste se sont nourries du racisme, et des idées revanchardes, derrière un discours « révolutionnaire ».

Derrière le discours privilégiant le travailleur « français » menacé par la concurrence internationale des autres travailleurs et travailleuses. L'Etat bourgeois soude travailleurs-euse-s et employeurs sous la même bannière : celle d’une industrie française en proie à la concurrence étrangère. Ayant recours sans vergogne au double discours, ce sont les mêmes qui par l'Union Européenne mettent en concurrence et par là divisent les salarié-e-s, et qui exploitent la peur de l'autre et par là minent la solidarité internationale. Ces frontières nationales ne sont qu’une arme du patronat pour mieux diviser les travailleur-se-s : le « plombier polonais »,  l’ouvrier-ère textile chinois-e, alors que tous luttent contre la même oppression et la même exploitation.

Ces mêmes frontières divisent le marché du travail entre une main d'œuvre exploitée (les « nationaux ») d'une part et une main d'œuvre sur-exploitée (les travailleur-se-s immigré-e-s) d'autre part. L'Etat, par ses lois répressives et le patronat, par ses politiques de recrutement raciste, se retrouvent autour d'un même projet commun : la prospérité du Capitalisme.

Le racisme d'État devient une arme, non seulement celle des politicien-ne-s pour attirer l'électorat le plus à droite de l'échiquier politique, mais aussi celle des grands magnats de l'industrie pour diviser les travailleur-euses et leur faire oublier leur ennemi commun.

Face à cette offensive raciste menée par l'Etat, culminant avec le débat indécent et xénophobe sur cette « identité nationale » fantasmée, visant à diviser les travailleuses et les travailleurs, à protéger la bourgeoisie et à dévier notre attention des vrais problèmes, il est urgent de répondre sur notre terrain, celui des luttes populaires.

C'est ce que font nos camarades travailleurs sans papiers, qui entreprennent depuis plusieurs semaines une lutte exemplaire : plus de 6200 travailleurs et travailleuses mènent une grève durable,  avec occupation des lieux de travail, pour leur régularisation et leur dignité, confronté-e-s à la répression de la part de l'Etat et des milices patronales.

Des interventions de vigiles à l'évacuation d'entreprises occupées par les CRS, des arrestations arbitraires à l'emprisonnement de travailleur-euses en lutte, l'Etat brandit le bâton et ne se gêne pas pour outrepasser sa propre légalité quand ça l'arrange (ainsi l'évacuation de la tour Bouygues à la Défense s'est faite au mépris de la légalité bourgeoise, qui conditionne l'intervention des flics sur un conflit de travail à une ordonnance de justice).

L'hypocrisie est sans borne quand Darcos prétend « fermer les entreprises qui emploient des sans papiers » puisque ce sont toutes les grandes boîtes du bâtiment et du nettoyage, qui, en se masquant derrière la sous-traitance, exploitent le travail des ouvrier-ère-s sans papiers. Ces soutiens politiques au  gouvernement sont en fait les principaux bénéficiaires de la politique raciste de l'Etat puisque celle-ci permet de sur-précariser les travailleur-euses sans papiers, en les forçant ainsi à accepter des conditions de travail et des salaires bien inférieurs aux autres travailleur-euses.

C'est au contraire en luttant pour la régularisation de tous les sans papiers que nous parviendrons à briser cette spirale de précarisation, dans l'intérêt de tous les salarié-e-s.

Lutter sur notre propre terrain, c'est faire vivre la solidarité de classe avec les travailleur-euses sans papiers en lutte, mais c'est aussi développer les autres luttes populaires : contre les licenciements, la misère, la vie chère, la précarité, pour l'accès au logement, contre la dégradation de nos conditions de vie, face au patronat, aux actionnaires, à l'Etat et aux propriétaires.

C'est sur ce terrain que nous identifierons nos vrais ennemis, non pas les autres travailleuses et travailleurs, celles et ceux de notre classe, mais celles et ceux qui nous exploitent, nous appauvrissent, nous matraquent pour maintenir leurs privilèges : l'Etat, les politicien-ne-s, la bourgeoisie.

C'est sur ce terrain que nous améliorerons nos conditions de vie, et que nous en finirons avec ce système facteur de crises, d'appauvrissement : le capitalisme.

La vraie urgence, ce n'est pas des débats nauséabonds qui visent à nous diviser, construits sur des identités fictives, sur l'urgence, c'est de lutter et de s'organiser pour prendre en charge directement l'amélioration de nos conditions de vie et de nos conditions de travail. Il y a urgence à faire converger les luttes populaires, qu'il s'agisse des grèves ouvrières contre les licenciements, des grèves de travailleur-euses sans papier, des luttes des étudiant-e-s sans papiers ou jeunes scolarisés, des luttes de précaires, de mal-logés, pour un « tous ensemble ». 

 

 

Groupe de Lyon

 

1: André VALENTIN : Maire de Gussainville

2: Jean-François COPE