lun 1 octobre 2012

Combattre les idées reçues sur la crise

CGA

    Idée reçue n°1 : « les riches se serrent la ceinture comme les pauvres ; les efforts sont partagés » -

C’est complètement faux. Quand on examine attentivement le contenu des différents plans d'austérité qui ont été imposés en Europe depuis 2009, on voit clairement que se sont les pauvres et les travailleurs/euses dans leur ensemble qui payent la crise, pas les possédants ni les ministres. Si on regarde le détail de ces plans, on voit apparaître un résumé de beaucoup d'attaques qu'ont eu à subir les travailleurs depuis 30 ans. Ce ne sont pas des sacrifices, c'est une offensive capitaliste généralisée :

    Attaques contre les travailleurs/euses du secteur public : C'est une constante de ces plans d'austérité. C'est là où se concentrent une bonne partie des emplois féminins dans tous les pays d'Europe. Ces attaques peuvent prendre la forme d'un gel (comme en France) ou d'une baisse de salaires (-30% en Grèce(1); -10% puis -15% puis -20% de prévu en Irlande ; baisse de salaires dans le public comprises entre 5 et 27% dans de nombreux autres pays) et/ou d'une suppression massive de postes, comme en Grande Bretagne (270 000 emplois publics supprimés en GB sur un total de 700 000 suppressions prévues d'ici à 2015!) en Grèce ou en Espagne (le gouvernement Zapatero a initié le non-remplacement de 9 départs à la retraite sur 10(2)!). En Irlande, plus aucune embauche dans le secteur public pour remplacer les départs à la retraite !

    Attaques contre le salaire minimum : Si le salaire minimum n'a baissé “que” de 12% en Irlande par rapport à 2008, le salaire des nouveaux venus sur le marché du travail a lui diminué de 25%. Le salaire moyen a baissé de 1100 à 700 euros par mois en Grèce et les salaires ont chuté en moyenne de 15% dans le secteur privé. En Grèce toujours, le “SMIC jeunes” a été diminué à 500 euros, tandis que le SMIC diminuait de 22% pour s'établir autour de 650 euros(3).

    Attaques contre les retraitéEs : Là aussi c'est une constante. Plusieurs attaques : réduction ou gel du montant des pensions, allongement de la durée de cotisation et reculs successifs de l'âge de départ, désindexation des pensions par rapport à la hausse des prix (en Italie ou en GB par ex.) qui aura un impact très fort sur le niveau des pensions sur le long terme. En Grèce les pensions de retraite ont diminué de 20% en moyenne l'année dernière. Toutes ces attaques ont pour but de faire correspondre le montant de la retraite d’une personne avec le montant et la durée de ses cotisations individuelles. C'est une rupture par rapport au principe de solidarité selon lequel les personnes qui cotisaient moins ou pas (temps partiel, chômeurs/euses, etc.) recevaient quand même par la collectivité une retraite d’un montant plus ou moins proche de la moyenne des travailleurs/euses.

    Attaques contre les plus pauvres : Réduction ou suppression de certaines allocations sociales : diminution du RMI et durcissement de l'octroi, mais aussi suppression des allocations d'insertion pour les jeunes au Portugal. Hausse du contrôle pour délivrer les pensions d'invalidité en GB à partir de 2013. En France les prestations sociales ne sont plus indexées sur l’inflation depuis Novembre 2011(4) (!). Baisse des allocations familiales en Irlande. Suppression des allocations de solidarité envers les plus pauvres (paysans, retraités, chômeurs de longue durée, salariées pauvres) et les handicapés en Grèce, en Roumanie. Réduction ou gel (assortie parfois d'un durcissement des conditions d'octroi) des indemnités chômage dans de nombreux pays d'Europe, alors que le chômage se généralise. Supression des allocations pour les chômeurs de longue durée en Espagne.

    Augmentation des impôts les plus injustes : hausse de la TVA (tous les pays), de la taxe d'habitation (par exemple en Irlande(5), en Grèce, en Italie). Hausse ou création de taxes sur le tabac et l'alcool (en Grèce par ex.), sur l'essence ou l'électricité (en Italie), sur l'eau et le carbone (Irlande) qui pénalisent donc plus celleux dont les dépenses pour ces produits de base est plus importante en proportion de leur revenu. En parallèle, les impôts sur les sociétés ou l'impôt sur le revenu des plus riches ont été diminués en GB, et le seuil d'imposition a été baissé pour toucher les moins riches en Grèce ou en Espagne.

    Vagues de privatisations de secteurs stratégiques : Par exemple l'énergie, les transports aériens et la poste au Portugal. La poste, les ports, distribution de l'eau, la téléphonie en Grèce. Vente de terrains aux enchères dans les zones touristiques en Grèce. Privatisation du contrôle aérien en Espagne.

    Coupes claires dans les budgets de l'Education, de la Santé, de la Sécurité Sociale : Partout et par ex. Grèce, Portugal, Espagne, Irlande. Déremboursement de médicaments en France ou en Grèce(6). En Grèce et en Espagne : fermetures de lits, des urgences de nuit, manque de médicaments, d'équipements.

    Attaques contre la protection de l'emploi : Baisse des indemnités de licenciement (Espagne, Portugal) et plus grande facilité pour licencier (Espagne, rép. Tchèque, promis en Italie). Renégociation des salaires à la baisse après licenciement, qui débouche sur un appauvrissement général (Espagne, Grèce, mais pas seulement).

    Augmentation des frais d'inscription en fac : (GB, Espagne) avec éventuellement diminution des bourses.

    Hausse des tarifs dans les transports (Grèce, Espagne, Italie), dans la santé (par ex. En Italie ou au Portugal où le tarif d'une consultation à l'hôpital est passé de 10 à 20 euros, et le transport en ambulance et désormais à la charge des patients). En GB, fermeture de piscines et bibliothèques ou hausse de leurs tarifs.

    Allongement de la durée du travail : Au Portugal une demi-heure travaillée par jour en plus sans hausse de salaires, et suppression de quatre jours feriés et de trois jours de congés. En GB : les salariés à temps partiel (qui sont à 80% des femmes) doivent travailler davantage d'heures pour bénéficier d'un crédit d'impôt.

    Suppression des conventions collectives en Grèce et en Roumanie et suspension en Espagne (salaire modifiable unilatéralement par les patrons).

 

    Idée reçue n°2 : « notre ennemi, c'est la finance ! » -

Accepter cette affirmation, c'est accepter de faire la différence entre un bon capitalisme « industriel » ou « productif » d'un côté, et un mauvais capitalisme actionnarial et financier de l'autre. Il s'agit en réalité de la même chose. Les stratèges de l'argent placent leur (énorme) capital dans l'industrie, dans la financement d'autres activités, ou dans le prêt d'argent selon la rentabilité comparée de ces différentes placements. Or les occasions de profit ont évolué depuis les années 50. La reconstruction et la société de consommation d'après-guerre offraient de bons rendements aux capitaux placés dans la vente de biens et services. La sphère financière a toujours été là, mais occupait une place plutôt secondaire. A partir du moment où, dans les années 70, la consommation augmente moins vite, le prêt aux États, aux entreprises et le placement des capitaux en bourse deviennent des rendements au moins aussi juteux. Petit à petit, toutes les grosses entreprises deviennent actionnaires les unes des autres. Michel Pébereau, le président de la banque BNP Paribas siège dans le conseil d'administration de 5 autres grandes entreprises du CAC 4O. Lorsque l'on regarde les liens entre les grandes entreprises du cac40 et les banques et investisseurs qui leur prêtent de l'argent, on se rend compte que ce sont les mêmes personnes, le même milieu7. Bref : la classe capitaliste.



    Idée reçue n° 3: « Si ''on'' paye pas, ''on'' va faire faillite ! » -

Non un État ne peut pas faire faillite. Il faut à tout prix se sortir de la tête l'idée que l'Etat a le même statut qu'un individu ou une entreprise. Dans le passé lointain ou proche, la plupart des Etats ont connu des « défauts de paiement ». Ils ne font pas faillite ; ils refusent tout simplement de payer leurs dettes8. Légalement les Etats peuvent simplement refuser de continuer à payer leur dette, sans pour autant « provoquer la faillite ». Le seul danger ensuite c'est que ce soit plus difficile et plus cher d'emprunter, de provoquer des guerres avec les pays créanciers comme au XIXe siècle, d'être attaqué en justice, ou bien... d'accepter les plans bidon du FMI. L'Equateur a refusé de continuer à payer sa dette en 2008. Le refus de payer la dette est possible. Le spectre de la faillite de l'Etat ne sert qu'à nous effrayer pour que nous acceptions toujours plus de régression sociale.



    Idée reçue n°4 : « Il faut nationaliser les banques ! » -

Ce n'est pas tellement une idée reçue, plutôt une perspective portée par certains partis à gauche du PS. De deux choses l'une : soit nous acceptons l'idée de payer la dette, soit nous ne l'acceptons pas. Si nous ne l'acceptons pas, les banques déjà fragilisées par la crise risquent fort de plier sous le poids des créances non payées. Nationaliser les banques dans ce contexte, ce serait hériter de structures en grandes difficultés (surtout dans des pays comme l'Espagne!). C'est une sorte de socialisation des pertes anticipées. Le refus de payer la dette est un préalable à tout contrôle collectif sur la finance. Une fois les banques à genoux ou crevées, il serait par ailleurs beaucoup moins difficile pour la collectivité de les reprendre, si tant est que cette stratégie soit la bonne. Une fois expropriées, les banques n'auraient plus rien à voir avec celles que nous connaissons. Voilà pourquoi vouloir nationaliser BNP Paribas n'a aucun sens.



    Idée reçue n°5 : « On est endetté car nous avons trop dépensé » -

Cette idée reçue n'a pas attendu la dernière crise pour se propager. A titre d'exemple, en 2005, le ministre des finances T. Breton commande un rapport sur la dette publique à Michel Pébereau. Celui-ci conclut que « la préférence pour la dépense publique est à l'origine de la situation financière actuelle ». Ceci est tout simplement faux : quand on regarde les chiffres français, on constate que les dépenses publiques (mesurées en % du PIB) n'ont pas explosé, elles ont même eu tendance a diminuer légèrement depuis 1993. Et, c'est précisément à partir du moment où les États renoncent aux politiques de relance par hausse des dépenses publiques dans les années 80 que la dette publique se creuse. Mais alors d'où vient la dette publique ? (voir article p. suivante).



1. Les donnés proviennent essentiellement de 3 sources différentes : Le Parisien du 18 Mai 2012 (P. 2 et 3.), Les Echos du 11 Avril 2012 (p. 7 et 8 essentiellement) et l'article “Plans d'austerité actuels” sur le site <wikirouge.net>. Nous avons donc indiqué les sources uniquement quand elles sont différentes de ces trois là.

2. Les Echos, 19 mai 2010.

3. Sud Ouest, 8 Novembre 2011, p. 6.

4. Site <www.egalite-infos.fr>, article du 1er Décembre 2011 “Les femmes face à la crise et à l'austerité. 2- L'impact des plans d'austerité”.

5. La moitié des irlandais ont refusé de payer cette taxe supplémentaire sur le logement dans une campagne très populaire, cf. sur le site du Worker's Solidarity Movement l'article “Anti-Household Tax Campaign Gathers Momentum”.

6. Sud Ouest, 8 Novembre 2011, p. 6.

7. Voir les analyses de l'Observatoire politico-économique des structures du Capitalisme. <www.opesc.org>, d'où est tirée la carte ci-contre. Un lien est établi entre deux sociétés dès lors qu'un inidividu occupe des fonctions dans ces deux sociétés. « Outre les membres des conseils et directeurs exécutifs, le corpus comprend notamment les représentants de l’Etat, des salariés et les présidents d’honneur. La taille des nœuds est proportionnelle à leur centralité de degré (nombre de société avec laquelle l’entreprise est en relation) ». source : <http://www.opesc.org/reseaux/reseaux-methodo.php>

8. Voir par exemple l'article du sieur Hubert de Vauplane sur son blog lié à Alternatives Economiques : “Un Etat peut-il juridiquement faire faillite?”. La réponse est non. Voir aussi l'article “Pourquoi la BCE ne peut pas faire faillite” sur le site reflets.info.