lun 1 mars 2010

Camus, un contemporain de la révolte…

IAL

« Toutes les révolutions modernes ont abouti à un renforcement de l’Etat. »

in L’Homme révolté (1951)

 

Ecrire à propos d’Albert Camus en ce début d’année 2010, cela revient pour beaucoup de plumitifs à participer aux sacro-saintes habitudes anniversariales. Il faut en effet, insister sur le fait que, si beaucoup de gens parlent de Camus, ils devraient tout d’abord le lire! Ils y découvriraient un libertaire irrécupérable.

En ce moment, on assiste à l’embaumement de l’écrivain et de ses idées, avec à la clef cet oubli magistral : Camus, répétons-le, était un libertaire d’idées et d’engagement et, il ne discuta jamais une aide, encore moins le témoignage de sa solidarité quand il s’est agi de prendre position aux côtés des libertaires.

Camus ne relève ni de la politique politicienne, ni de la politique spectacle… Il fût (et il est) un porte parole de la révolte aux côtés des opprimés, des exploités, des sans grades, des victimes de l’Histoire...

Parmi les thuriféraires approximatifs de Camus, on trouve M. Onfray. Il fait partie de ces gens qui finissent par vous étouffer, que de trop vous étreindre.

Il a avoué être « antilibéral et défenseur du capitalisme »… Il s’est dit gaullien, défenseur de la Constitution de 1958 et de l’élection d’un président au suffrage universel.

En 2007, il est passé tour à tour de Bové à Besancenot, pour finir par adouber Ségolène. C’est un personnage qui navigue à vue et qui maîtrise mal les méandres de la politique politicienne à laquelle il accorde pourtant un énorme crédit.

Onfray est un écrivain pressé, un philosophe qui dégaine à la vitesse d’un “jet”. Quand il parle de Camus, il ne peut s’empêcher de dire du mal des “anarchistes enkystés…”. En fait, chez lui, tout est prétexte pour s’arroger la parole “spécialiste” : la seule qui pour lui fasse sens concernant la pensée camusienne.

Ce faisant, il s’imagine pouvoir dénier aux libertaires eux-mêmes, toute légitimité quand ces derniers déclarent, aujourd’hui comme hier, que Camus est de leur camp, celui des hommes et des femmes debout. Des révoltés qui n’aspirent qu’à une chose entrer en révolution contre le vieux monde…

Camus comme nous, est du camp des opprimés, des exploités, des révoltés, des libertaires : celles et ceux qui n’acceptent plus de vivre dans cette société politicienne, inégalitaire et inhumaine.

Il est nécessaire, de nos jours, de rappeler que Camus a, très tôt, représenté la mauvaise conscience des « intellectuels bien pensants ». Ceux qui s’accordaient à n’envisager qu’une seule dimension pour la société du futur, un seul horizon : la société communiste, centralisatrice et autoritaire. Le messianisme chevillé au corps, ces porte-parole de la pensée dominante eurent tôt fait de classer Camus comme un “bourgeois”, un “philosophe de classe terminale”, voire comme “un traître à son camp”.

Camus était un homme de « révolte » qui envisageait la nécessité d’une révolution, mais qui ne désirait pas pour autant que la fin puisse, à aucun moment, justifier les moyens.

Dans l’Homme révolté, Camus a renvoyé dos à dos tous les apprentis dictateurs qu’ils se réclament d’un étatisme mâtiné de fascisme ou qu’ils s’affublent du « faux nez » de l’étatisme communiste.

En effet, si les camps et le goulag ne puisaient pas leur logique criminelle à la même source, ils ont abouti à un même résultat : l’écrasement des individus, la massification de l’enfermement, la terreur institutionnalisée…

Au bout du compte la liberté tant chérie par Albert Camus, qu’elle soit d’essence individuelle, ou qu’elle soit l’expression d’une volonté collective, s’est trouvée être le parent pauvre de toutes les idéologies de pouvoir !

Albert Camus ne déclarait-t-il pas , dans un meeting où il fût question de la défense des libertés  (à Saint-Etienne le 10 mai 1953) : « (…) que des syndiqués se réunissent et se pressent autour des libertés pour les défendre, oui, cela méritait vraiment que de toutes parts tous accourent pour manifester leur union et leur espoir.

La route est longue à parcourir. Mais si la guerre ne vient pas tout mêler dans sa hideuse confusion, nous aurons le temps de donner une forme enfin à la justice et à la liberté dont nous avons besoin.

Mais pour cela, nous devons désormais refuser clairement, sans colère, mais irréductiblement, les mensonges dont on nous a gavés.

Non, on ne construit pas la liberté sur les camps de concentration, ni sur les peuples asservis des colonies, ni sur la misère ouvrière.

Non, les colombes de la paix ne se perchent pas sur les potences, non les forces de la paix ne peuvent pas mêler les fils des victimes avec les bourreaux de Madrid et d’ailleurs.

De cela, au moins, nous serons désormais bien sûrs, comme nous serons sûrs que la liberté n’est pas un cadeau qu’on reçoit d’un Etat ou d’un chef, mais un bien qu’on conquiert tous les jours, par l’effort de chacun et l’union de tous »

Albert Camus a déclaré préférer Bakounine à Marx. Il a, par son attitude au temps de l’occupation, prouvé son engagement contre la bête immonde. Il a, par les actes et la pensée, fustiger la société “communiste” qui a confisqué au profit d’une clique, le pouvoir “sur la classe ouvrière”, pouvoir qu’elle déclarait vouloir éradiqué !

Camus a pris soin de choisir ses amis de convictions et de luttes. Ils étaient anarchistes, libertaires, syndicalistes révolutionnaires…

Dans l’homme révolté, Albert Camus, parlant de la défense de l’individu dans la révolution, a écrit «… (la défense de l’individu dans la révolution) trouve son expression politique dans le monde contemporain, il est facile d’évoquer, et ceci à titre d’exemple, ce qu’on appelle traditionnellement le syndicalisme révolutionnaire…»

Il a ajouté « Le syndicalisme comme la commune est la négation au profit du réel du centralisme bureaucratique et abstrait…».

Camus a enfoncé encore plus loin le “clou” quand il a déclaré : « Le jour précisément où la révolution césarienne a triomphé de l’esprit syndicaliste et libertaire, la pensée révolutionnaire a perdu en elle-même un contrepoids dont elle ne peut, sans déchoir, se priver. »

 

 

Groupe Puig Antich, Perpignan