mer 21 novembre 2012

Bilan des premiers mois de gouvernance socialiste

CGA

D’emblée convient-il de préciser que nous ne nous attendions pas à des changements profonds, encore moins à des miracles.

Au crédit du pouvoir « socialiste » à peine quelques broutilles qui avaient été annoncées lors de la campagne présidentielle : fin de l’exonération sur les Heures Supplémentaires, augmentation de l’allocation de rentrée scolaire, léger - très léger - coup de pouce au SMIC et quelques modifications / réformettes en provenance du Ministère de la « Justice ».

La rigueur au rendez-vous

A côté de cela, nous avons été convié-e-s à nous serrer la ceinture, mais nous le faisions déjà auparavant. On peut dire que nous sommes entrainé-e-s.

Jean-Marc Ayrault s’emploie à conduire le redressement de notre pays,  « dans la justice» a-t-il tenu à nous préciser.

Dès le début de la mandature, il est vrai, le rapport de la cour des comptes remis par Didier Migaud, s’est avéré des plus alarmistes.

33 milliards d'économies ou de recettes fiscales supplémentaires, voilà le pari que s’est fixé la social-démocratie pour redresser le pays, en espérant une croissance de 1%. Mais voilà, la croissance serait plus proche du zéro que du un…

Une rigueur de « gauche », sœur jumelle de la rigueur de droite, voilà le choix qui nous est offert.

Les reculades fiscales

Les socialistes avaient annoncé des modifications des barèmes de l’impôt, avec une taxation plus forte sur les hauts revenus des riches et des grandes entreprises…

Mais au premier coup de semonce de quelques patrons de la start-up, regroupés sous l’étiquette des « pigeons », Bercy a reculé. Le nouveau régime de taxation des plus-values de cession va être aménagé pour les entrepreneurs qui se séparent de leur entreprise.

Pierre Moscovici s’est engagé à modifier la taxation des plus-values de cession d'entreprises dans le cas des personnes ayant créé leur société. "Ce que nous voulons taxer, c'est la rente, pas le risque", s’est-il justifié.

Et, à ceux qui se sont étonnés de cette reculade en rase campagne, il a argué que la gauche «  était pendant dix ans dans l'opposition… » et donc qu’elle « n'avait pas la main sur l'appareil statistique de l'État. »

L’Education « Nationale » au service du Capital ?

Vincent Peillon, vient de nous confesser vouloir rapprocher enseignement et entreprises dès la 6ème. Il veut resserrer les liens entre l'école et les entreprises... Vincent Peillon prépare ainsi un plan pour « créer des véritables parcours d'information et d'orientation, pour faire découvrir l'entreprise et les métiers dès la sixième, et cela jusqu'à l'université ».

Le Ministre veut que les entreprises « se mobilisent davantage en faisant mieux connaître leurs métiers dans les classes afin que les jeunes soient mieux informés sur les débouchés ».

Il définit à l’Education nationale, une tâche primordiale « …préparer les jeunes à un emploi. »

La gauche veut ainsi offrir en pâture au Patronat une jeunesse pré formatée et adaptée au Monde de l’entreprise.

En ironisant un brin, nous pourrions conseiller au ci-devant Ministre, d’enseigner « les bienfaits du salariat » dès la maternelle.

Pendant ce temps à l’Intérieur

Manuel Valls a abandonné projet de récépissé en cas de contrôle d’identité, enterrant ainsi une promesse ʺdu candidatʺ Hollande.

A la suite, le Ministre de l’intérieur a prononcé un discours sur l’impérieuse nécessité de restaurer le lien entre police et population.

Sur le vote des étrangers, Manuel Valls n’a pas jugé cette revendication comme assez «forte dans la société française». Le Président confiait récemment (et en privé) vouloir tenir cet engagement propre «à faire franchir à la France une étape culturelle irréversible». Mais son entourage ne semble pas vouloir se risquer à évoquer un quelconque calendrier.

Les Roms expulsés avec «fermeté et humanisme»

Depuis le début du mois d’août, la gestion du « dossier » des Roms montre beaucoup plus de fermeté que d’humanisme. Le démantèlement des camps, l’expulsion entreprise par les forces de police d’environ 7 000 Roms sur une population de 15 000, voilà une gestion de l’humain qui s’apparente à ce que les gouvernements précédents nous avaient habitués.

En guise d’humanisme, nous avons plutôt une rhétorique politicienne destinée à donner le change; en effet, c’est la fermeté qui l’emporte largement, confortant ainsi une large partie de l’opinion publique favorable aux expulsions de Roms.

Fermetures d’entreprises – licenciements - chômage

Les fermetures d’entreprises, pour certaines dès l’apparition des résultats de l’élection présidentielle connus, ont repris leur régime de croisière. Et que croyez-vous qu’Arnaud Montebourg ait pu faire ? Rien, évidemment.

Pendant la campagne, nous allions voir ce que nous allions voir ! Eh bien, nous avons vu. Le néant.

Chez Sanofi, un projet de réorganisation de l’entreprise prévoit environ 900 licenciements d’ici à 2015 et ce, nous dit-on, ʺpour faire face à la perte de brevets sur des médicaments très rémunérateursʺ.

L’entreprise peut se targuer de bénéfices colossaux qui se chiffrent en milliards d’euros. Mais elle va licencier car elle espère augmenter encore ses marges bénéficiaires.

Et Montebourg, Ministre du Redressement productif, que peut-il espérer, lui? Un ʺnouveauʺ ( ?) recul de la direction qu’il nous dit. Comme si la direction avait déjà commencé à reculer …

Chez Arcelormittal, le "bras de fer" aurait commencé entre le gouvernement et le groupe sidérurgique concernant l'avenir du site de Florange, menacé de fermeture. C’est ce que ce même ministre a déclaré aux salariés du groupe … un brin circonspects.

Nous savons que les négociations entre le président du groupe, Lakshmi Mittal, et le président François Hollande en tête-à-tête à l’Élysée, n'ont rien donné. La décision du sidérurgiste n’a pas varié.  … Mais, ce faisant, la social-démocratie nous prouve qu’elle se situe bien dans la position de « gérer » comme elle peut le capitalisme, sans avoir d’intentions de l’éradiquer.





Les syndicalistes reçus par A. Montebourg se sont dits "déçus", même si le principe de la loi évoquée par le ministre, à savoir "organiser la reprise par voie de justice d'un site industriel viable", a pu fournir quelques illusions à la CFDT. Quant à la CGT et à FO, la nationalisation de l'usine serait la solution, ce qui ne semble pas être envisagé par le gouvernement.

The last but not the least, Montebourg s’est rendu au Conseil des ministres en Renault ʺZoe électriqueʺ, gage de son soutien à la filière électrique automobile …

Côté PSA Peugeot Citroën en revanche, c’est la catastrophe annoncée. Le constructeur se prépare à supprimer 8 000 emplois en France, en fermant l’usine d’Aulnay et en réduisant les effectifs à Rennes.

Frédéric Saint-Geours, directeur général des marques et membre du directoire, numéro deux de PSA, fait le point sur la stratégie du groupe, alors que le Mondial de l’automobile s’est ouvert au public samedi 29 septembre à Paris.

Il justifie le choix du groupe de ne pas avoir lancé de voitures à bas coûts.

Interrogé à propos d’une éventuelle négociation tripartite incluant le gouvernement, il a laissé entendre que la procédure de plan social ne le prévoyait pas.

Il a précisé que l’alliance avec la Général Motors ne prévoit pas d’augmentation de sa participation au capital de PSA.

De leur côté, les salariés de l’usine PSA d’Aulnay et ceux de Ford Blanquefort, à côté de Bordeaux, ont bruyamment fait entendre leur voix, fin septembre, à l’ouverture au public du Salon de l’automobile à Paris, auquel Arnaud Montebourg a renoncé à se rendre, alors qu’il y était annoncé. Le Ministre du redressement productif, fut rebaptisé pour l’occasion, « ministre improductif » par les manifestants qui l’attendirent en vain.

Europe libérale ou social-démocrate même combat…

Le traité budgétaire européen, tant décrié par les socialistes avant la présidentielle ne trouve aujourd’hui plus beaucoup de détracteurs (sauf à la marge) et il sera à coup sûr voté par la droite et la gauche réunies au Parlement.

La relance de la croissance, l’absence de la « règle d’or », tout cela ne représente que de bien piètres concessions consenties aux Socialistes français, mais dans le fond rien de bien consistant, la preuve en est que la droite votera le texte !

 

En conclusion

Sur tous les dossiers sensibles, le bilan est négatif. Mais pouvait-il en être autrement, quand les nouveaux gouvernants acceptent de diriger le pays en ne modifiant aucune des règles fondamentales qui régissent notre quotidien :

L’exploitation de l’Homme par l’Homme, le salariat, le Marché et le Capitalisme comme horizons indépassables, le Système ʺdémocratiqueʺ qui cadenasse toute velléité de changement en profondeur etc.

Ainsi, avant même ce bilan, et comme toujours, les militant-e-s anarchistes ne se faisaient (et ne se font) aucune illusion sur la pertinence, la validité ou même la légitimité du système électoral étatique et bourgeois.

Nous n’avons donc pas été surpris de l’atonie gouvernementale face à toutes les saloperies que génère le capitalisme.

Qu’il soit ultra libéral ou bien qu’il soit un peu plus soft, le capitalisme n’est pas un système à vocation « humaniste ». Il place les profits des patrons d’entreprises et ceux des financiers au-dessus de toutes les autres préoccupations sociétales.

Les gouvernants sont à son service, pour accompagner par des mesures dites « sociales » les mauvais coups perpétrés contre les salarié-e-s et les « masses populaires ».

Les Socialistes passent leur temps à peindre en rose ce que leurs prédécesseurs avaient peint en bleu. Mais si la couleur des murs change « maintenant », les murs de nos geôles restent bien debout.

 

Groupe Puig Antich