lun 1 février 2010

Au menu pour 2010 : élections régionales

IAL
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La campagne électorale, cet exercice convenu, est de retour. Au mois de mars 2010 les citoyens seront une fois de plus appelés à voter : au menu de ce début d'année, ce sera élections régionales pour tous.

Les grandes manœuvres politiciennes vont bon train : il faut dire qu'elles ne s'arrêtent jamais vraiment. A peine une élection terminée, la prochaine est déjà en préparation.

Pour les partis de gouvernement, il s'agit toujours de garder le pouvoir conquis lors des précédentes consultations ou de le reconquérir lorsqu'on l'a perdu.

Pour les autres il s'agit, suivant les cas, de se mettre en position de devenir un parti de gouvernement ou bien d'exister sur la scène du paysage politique.

Le système de financement légal des partis politiques de notre pays fait qu'il est important de faire des voix aux élections : chaque bulletin vaut son pesant de subvention...

 

Politique spectacle et "people"

La fille à Le Pen, le fils à Sarkozy, la fille à Bové, la notoriété des parents sert de tremplin aux fils et filles de ou aux organisations qui les présentent. Le népotisme à droite n'étonne personne, il fait partie des traditions. Ceux qui voient dans les verts une nouvelle voie pour faire de la politique autrement en seront pour leurs frais : le vedettariat, la mise en avant de personnalités à des fins de propagande électorale font partie de leurs "plans de com". Aujourd'hui en effet, il convient d'être people : il vaut mieux être télégénique qu'idéologique, ça passe mieux. Ce qui compte ce n'est pas le contenu politique du propos, c'est la présentation, l'emballage. Les verts n'échappent pas à la règle et l’extrême gauche non plus. Les électeurs connaissent « le facteur » du NPA sans connaître son parti. LO ne se relève pas électoralement du départ à la retraite d’Arlette. Cette peopolisation du paysage politique est représentative de l’état d’indigence de la conscience et du débat politique dans notre pays.

 

Politique et pouvoir

Le pouvoir en place occupe le terrain en lançant toutes sortes de diversions. En bon laboureur des plates-bandes de l’extrême-droite il place ses débats quand bon lui semble après avoir fait du chiffre. Ceux-là mêmes qui expulsent à tour de bras les immigrés indésirables nous font le coup du débat citoyen sur l’identité nationale. Plus la ficelle est grosse et plus ça marche ! Et c’est ainsi que l’on nous promet une loi sur l’interdiction de la burqa au nom des droits de l’homme et de la femme ! Provocations et appels du pied aux réflexes nauséabonds des racistes et des xénophobes pour capter l’électeur du front national : voilà ce qui motive les gesticulations du pouvoir en place. Ce pouvoir qui est partout et qui régente tout selon son bon vouloir et son bon plaisir. Ce pouvoir si omnipotent qu’il peut se permettre par exemple de remettre en circulation un Julien Dray (dispensé de poursuites judiciaires) juste pour emmerder le PS avant les élections régionales. C’est le même pouvoir qui nous parle de l’indépendance de la Justice tout en la réformant pour mieux l’asphyxier… Le même aussi qui réclame des peines exemplaires pour les voleurs de poules et qui se fait fort dans ses vœux présidentiels, de s’attaquer aux bandes de criminels supposés peupler nos cités.

Le pouvoir est fort en effet et il entend bien le rester : c’est le seul moyen pour pouvoir continuer à distribuer des milliards à ses copains et des coups de matraque aux salarié-es en lutte.

 

Pendant ce temps : la droite et le medef

Pendant que les polichinelles des pseudo débats amusent la galerie, la droite et le medef s’en donnent à cœur joie et continuent méthodiquement leur travail de déconstruction des équilibres sociaux issus des rapports de force passés. Les acquis sociaux : services publics de la santé, des transports publics, de l’énergie, de la poste, de l’éducation, les retraites, la sécurité sociale sont battus en brèche. Privatisation, réduction des budgets, tout passe à la moulinette.  L’année qui vient de s’écouler montre si besoin était à quel point les Etats sont au service du capital : ils ont tout mis en œuvre pour sauver la machine à gagner du fric. En à peine un an, des milliards d’argent public ont été mobilisés pour remettre à flot le secteur bancaire. Les industriels ont largement profité de l’aubaine. Le meilleur exemple est celui de l’industrie automobile. Donnée comme moribonde au début de 2009, elle n’en finit pas de battre des records de vente. A longueur de journaux télévisés, on nous explique que c’est grâce aux primes à la casse (l’argent des contribuables). Ce que les journalistes omettent de développer, c’est que les taux de profitabilité du secteur ont été maintenus, voire améliorés, au prix de plans sociaux et de recours massif au chômage partiel, dont tout laisse à penser qu’ils vont continuer en 2010. Le citron salarié est toujours bon à presser et le patronat continue à jeter la peau à chaque fois que c’est nécessaire.

 

Elections : piège à révolution

Plus d’un siècle de stratégie et de propagande social démocrate ont abouti au pitoyable paradoxe d’aujourd’hui : plus personne ne peut croire que le capitalisme est bon pour l’humanité mais plus personne ne semble croire et encore moins penser qu’il soit possible de changer radicalement la donne. Les ravages et les échecs répétés du communisme autoritaire ajoutés au réformisme anesthésiant de la gauche parlementaire ont eu raison de toute velléité révolutionnaire. Il reste bien ça et là quelques organisations pour porter l’étendard de la Révolution Sociale mais force est de constater que rien ne permet aujourd’hui d’envisager sérieusement l’éventualité proche d’une révolution. L’hégémonie marxiste sur le mouvement ouvrier et la stratégie social démocrate de conquête du pouvoir par les urnes ont abouti à un énorme échec. Le progressisme s’est englué dans le parlementarisme et le réformisme au point de s’y dissoudre presque totalement.

Le résultat est consternant : l’alternance démocratique qui voit la « gauche » et la droite se succéder au pouvoir sans que rien ne change vraiment. En fait d’alternance c’est plus de partage du pouvoir qu’il faut parler : la gauche est au pouvoir dans la quasi-totalité des régions, la droite règne sans souci sur le pouvoir national. Tout ce petit monde se tape sur l’épaule et finalement s’en accommode plutôt bien. 

Au niveau des idées, la plus grande confusion est de mise : gauche et droite s’engouffrent à fond dans la « green attitude » et construisent leurs discours sur la peur du futur. A la fin, le monde accouche d’un sommet de Copenhague à l’issue duquel les Etats s’autorisent à limiter l’augmentation de la température moyenne à deux degrés dans les décennies à venir. Pas un de plus, pas un de moins ! Si ça c’est pas du foutage de gueule !

 

Construire un autre engagement citoyen

Pourtant des raisons existent pour se dire que tout espoir n’est pas perdu de voir le monde changer de base. Le monde associatif par exemple regorge d’initiatives qui montrent que l’on peut s’organiser sans autorité supérieure pour agir directement et sans but lucratif. Pour peu que l’on veuille bien donner de son temps, il est aisé de constater que l’on peut agir sans s’en remettre aux institutions et aux circuits commerciaux. Le développement croissant de circuits de distribution directs du producteur au consommateur, de circuits d'échanges de services, de crèches collectives entre autres, montre que nombre de citoyens et de citoyennes sont capables et ont envie de s'engager hors des institutions. Dans un autre registre, l'exemple de ce qu'il est convenu d'appeler le "logiciel libre" démontre qu'il est possible de voir se mobiliser une communauté de personnes autour de projets techniques complexes et de rivaliser avec des produits phare de l'industrie.

Cela nous montre que l'envie de gérer directement pour consommer autrement, ou contrecarrer les visées hégémoniques des majors de l'industrie peut se traduire concrètement et efficacement. Cela démontre aussi qu'il existe d'autres moteurs pour l'humanité et le progrès que l'appât du gain. L'engagement et l'imagination des citoyens n'ont de limites que celles qu'ils se donnent en conscience.

 

Construire un autre futur

C'est de cette capacité d'initiative et de créativité autonome que peuvent naître les espoirs et la volonté de nous construire d'autres futurs. L'enfermement institutionnel et la délégation électorale sont aux antipodes de ce foisonnement d'idées et de volontés. Voilà pourquoi nous appelons tous les citoyens et citoyennes à tourner résolument le dos aux bonimenteurs politiciens et au consumérisme politique. Voilà pourquoi nous sommes aux cotés de tous ceux et toutes celles qui luttent pour construire un monde nouveau, toujours plus juste, toujours plus libre. Voilà pourquoi nous appelons à la fédération des initiatives et des luttes contre toute forme d'oppression et en particulier l'oppression économique et politique.

 

 

JV, Toulouse janvier 2010