lun 10 octobre 2011

AFPA Toulouse Balma, une grève pas pour rigoler.

CGA

  A Balma, près de Toulouse, un nouveau centre AFPA a ouvert depuis l'été 2009. A ce moment-là, les gestionnaires de la cantine prévoient de servir 110.000 repas par an. Selon les critères de rentabilité de Sodexo (il faut être vendable...), on divise le nombre de repas par 14.000 et on obtient le nombre de salariés nécessaires au fonctionnement de la cantine, soit 7,8!

Ces prévisions s'avéreront excessives. Au grès des opportunités, des réductions d'effectifs sont opérées pour être au plus près des quotas imposés par la technocratie centralisée. L'équipe des cuisines est en danger. Elle le voit, le sent, le vit chaque jour, et sait qu'il lui faudra un jour dire STOP. Ce sera le 31 Mars 2011, jour où le contrat CDD 17h par semaine du plongeur n'est pas renouvelé.

Lundi 4 Avril : Les 5 salariés de la cantine sont en grève, à la surprise des autres salariés. La revendication initiale est simple : Vous embauchez un aide cuisine à mi temps, en CDI cette fois-ci, et le travail reprendra. Alors que la grève est une décision qui échappe aux syndicats, tous veulent en être à présent, certains pour contrôler, d'autres pour organiser le soutien, comme SUD dont je fais partie. Rapide calcul, on est 100 salariés, si 75% des salariés donnent 3€ par jour, ça fait 225€/jour, soit 45€ par gréviste. Ça doit marcher ! Au boulot. Je confectionne une urne sur laquelle est écrit : Pour nos camarades en grève, soutien libre mais nécessaire, et me voilà parti collecter du soutien dans les bureaux et autres ateliers ou salles de formation. L'accueil est favorable, sauf de la part d'un DP agressif qui me dit : Qu'est-ce que tu fais? faut pas réclamer du fric! ça se fait pas! On s'occupe de tout, tout va bien... Eh bien, non, tout ne va pas bien. Le trésorier du syndicat CGT postule pour être « manager de campus » pendant que l'ancien secrétaire du Comité régional d'entreprise (6 ans de bons et loyaux services en délégation temps plein...) EST le nouveau manager du campus de Balma et fait la vie dure à ses camarades de la cantine dont un est adhérent au même syndicat que lui (CGT)! Alors on ne sait pas encore comment ils vont briser ce mouvement de grève très largement soutenu par les salariés et les stagiaires, mais on pense que comme ça leur échappe, ils vont tenter de le détruire.

SUD se concentre sur l'organisation du soutien financier au niveau régional, et sur la rédaction d'un journal mural qui prône l'autogestion des luttes. La lutte appartient à ceux qui la mènent. Ils ne doivent pas en être dépossédés. On les aide à tenir financièrement et moralement. Ils sont déterminés, malgré les discours fleuve du Directeur Régional qui « comprend », qui veut « démêler tout ça »...

Quand 5% du personnel d'une boîte est en grève, soutenus par les autres 95%, on est dans une stratégie gagnante. Et si la cantine gagne maintenant, ce sont les Assistantes Techniques pressurisées qui gagneront demain, et les CDD en suivant ! Cette stratégie n'est pas celle du secrétaire de notre CHSCT (syndicat CGT) qui mène une enquête pour savoir si la surcharge des Assistantes Techniques ne serait pas imputable à un problème d'organisation(?). Vous voyez le truc ? Le manager de campus, le secrétaire du CE, le secrétaire du CHSCT, 50% de la direction adhérent au même syndicat CGT, et voilà 5 grévistes qui la ramènent, dont un adhérent au syndicat CGT. Situation à risques.

Deuxième semaine de grève : la direction fait une proposition très alambiquée. Le syndicat CGT, trop heureux de rendre service, encourage les grévistes à l'accepter alors qu'on ne comprend même pas la signification du texte (eux si!). Face à ces fourbes, soyons clairs et déterminés. Les grévistes sont de cet avis et le délégué CGT avale sa langue.

Troisième semaine de grève : L'affaire prend une ampleur nationale. Les camarades en grève, très avertis des dangers qu'il y a à blablater avec la direction, et intéressés par une issue correctement négociée, rédigent un document synthétique formalisant clairement leurs revendications et attendent des réponses précises et centrées sur leurs revendications. Pendant ce temps, les stagiaires s'organisent pour soutenir les grévistes et font pression sur l'institution et ses financeurs.

Quatrième semaine de grève : Deux grévistes se mettent en grève de la faim pendant que des contacts sont pris avec les médias. Ceux-ci réaliseront des reportages radio et télévisés mais nous signifieront qu'une grève de la faim, pour être médiatique, doit s'inscrire dans la durée et être irréfutable. Traduction : On reviendra quand vos copains auront un peu maigri ! Pendant ce temps, les organisations syndicales parisiennes se fendent d'un courrier de soutien qui exhorte le DG à renouer le dialogue... avec eux.

Cinquième semaine de grève : Nos camarades ne veulent pas maigrir, donc fin de la grève de la faim. Les 5 grévistes sont écœurés par l'absence totale de réaction de la direction. Ils sont soucieux quant à l'issue de leur grève. Le soutien financier demeure réel, ce qui leur permet de poursuivre le mouvement. Appel inter syndical à un débrayage national. Un nouveau directeur de la branche restauration de l'AFPA est nommé. Les syndicats sont conviés à un round de négociations. Les grévistes les accompagnent. La direction cède sur la revendication de maintien de poste. Faut-il signer ? Le syndicat CGT pense que OUI, mais les grévistes ne l'entendent pas de cette oreille. Pour eux, la condition de reprise du boulot, c'est la garantie qu'un membre de l'équipe en CDD 28h par se maine (remplacement d'un congé longue maladie) ne saute pas fin 2011 pour cause de non atteinte des objectifs. Nouvelle revendication, un CDI pour le camarade. Les grévistes sont accusés de surenchérir par le syndicat CGT, ce qui ne se fait pas, paraît-il ! Mais ils sont têtus.

Le Jeudi de la cinquième semaine de grève, nous revoilà conviés à une réunion de négociation. Nous savons que la direction est sous pression (depuis quelques jours, un centre AFPA inoccupé en centre ville est squatté pour héberger des grands précaires et créer un centre social autogéré) et nous pensons qu'elle a intérêt à sortir du conflit. Nous (délégués syndicaux et personnel en lutte) nous mettons d'accord sur un point : Ce sont TOUS les grévistes qui signeront l'éventuel protocole de fin de conflit s'il leur convient. Cette stratégie paiera puisque la direction acceptera 100% des conditions de reprise du travail rédigées par les grévistes eux-mêmes. Ces conditions, obtenues par la lutte, iront au-delà des revendications initiales, et c'est avec beaucoup de joie, une fierté non dissimulée et un grand soulagement que des personnes qui n'avaient jamais participé à une grève se voient signataires d'un protocole de fin de conflit qui leur est favorable.

Quant aux 44 délégués syndicaux (2 par région) qui se rendent 2 jours/mois au siège de l'AFPA à Paris pour « discuter » avec la direction, peut-on me dire à quoi (ou qui) ils servent ?

Seule la lutte paie. Jean Reviain, Toulouse, Août 2011