jeu 30 décembre 2010

ADN: un crachat pour l'État

CGA

À Bordeaux, trois personnes ont été inculpées pour refus de prélèvement ADN, suite à la réquisition d’un logement vide en 2009. Le procès s’est déroulé mercredi 8 septembre 2010. Ce procès, suivi de près de celui d’un faucheur d’OGM, n’est que la face visible de l’iceberg puisque le fichage ADN est devenu quasi systématique lors des gardes à vue. À Bordeaux comme ailleurs, des militant.e.s et autres ont parfois mobilisé autour de leur refus du fichage et obtenu des relaxes ou de simples amendes. Mais la plupart du temps, les rares personnes qui osent refuser se font condamner sans soutien et dans le silence. La loi stipule que l’accord de la personne mise en cause est obligatoire pour le prélèvement (dans la plupart des cas). Mais ce «droit» laissé au refus représente aussi un délit permanent passible d’un an de prison ferme et de 15000 euros d’amende.

 

La carrière de l’ADN

En 1953, la revue scientifique Nature décrit pour la première fois la structure de la molécule d’ADN support du patrimoine génétique des êtres humain.e.s. Les auteurs de l’article sont Jim Watson et Francis Crick. Le docteur Watson, prix Nobel pour ses découvertes sur l’ADN, affirmait en 2007 dans le Sunday Times que l’intelligence des Africains n’était pas la même que celle des occidentaux blancs, se basant sur ses recherches sur l’ADN. Il avait déjà suscité l’indignation par le passé en déclarant que les femmes devraient avoir le droit d’avorter si les tests permettaient un jour de savoir que leur enfant à naître était porteur du gêne de l’homosexualité… Belles visées eugénistes! Une critique de la société capitaliste moderne doit prendre en compte toutes ses facettes, sans se limiter au contrôle social. Le fichage des criminel.le.s et des délinquant.e.s n’a pas attendu l’ADN. À l’inverse, l’ADN a bien d’autres utilisations que le fichage policier (loi sur l’immigration instaurant des tests génétiques pour le regroupement familial, recherches en biotechnologie…). Dans cet article, nous nous contenterons de traiter du Fichier National Automatisé des Empreintes Génétiques (FNAEG), mais il faut garder à l’esprit qu’une résistance au fichage ne pourra être que globale. Nous sommes contre le fichage. Contre le fichage des militant.e.s, certes, mais aussi contre le fichage en général.

Le prélèvement ADN a été instauré à la fin des années 1990 par le gouvernement Jospin, au départ pour les délinquants sexuels seulement : «ne vous inquiétez pas messieurs dames!» Suite à une multiplication des lois sécuritaires (LSI, LSQ, Perben etc), le prélèvement concerne aujourd’hui toute personne simplement soupçonnée d’à peu près n’importe quel délit. Par un heureux hasard, on peut noter que les seuls types de «délinquance» qui ne permettent pas le fichage sont relatifs et plus coutumiers de certaines couches de la population : abus de confiance, d’autorité publique, banqueroute ou favoritisme, c'est-à-dire les abus de bien sociaux, la corruption ou le trafic d’influence. Ceci mis à part, l’état d’esprit est au fichage généralisé : «les citoyens seraient mieux protégés si leurs données ADN étaient recueillies dès leur naissance» (C. Estrosi, député maire UMP rapporteur du projet de loi de «sécurité intérieure», 2007).

Le FNAEG, créé en 1998, compte aujourd’hui plus de 1 300 000 personnes fichées. 30 000 dossiers sont ajoutés chaque mois. Une peccadille! L’avenir du FNAEG est un fichage généralisé et systématique et il entre dans la logique de contrôle social et d’inflation sécuritaire, orchestrée par des entreprises privées spécialisées dans la génétique qui s’enrichissent ainsi avec l’aval de l’État. L’ADN, empreinte invisible du corps que nous dispersons en permanence un peu partout derrière nous, est considéré judiciairement comme «la preuve parfaite». Même si cette affirmation est largement discutable, l’ADN est de fait un outil effroyablement puissant pour traquer les faits et gestes des individus, parfois même des décennies après les faits. Comme la vidéosurveillance, la biométrie, les fichiers Edvige, Cristina et compagnie, le fichage ADN s’inscrit dans une logique globale de contrôle des populations considérées comme «dangereuses» (jeunes des banlieues pauvres, étudiant.e.s et lycéen.ne.s «agité.e.s», chômeurs et chômeuses, sans papier.e.s, militant.e.s, squateurs et squateuses, grévistes: tout ce qui ne constitue pas un.e bon.ne citoyen.ne).

Cette logique de contrôle et de fichage de la population contient intrinsèquement les germes d’une société totalitaire. Cette surveillance généralisée est une des manières d’accroître davantage la puissance policière et de tenter d’annihiler notre aptitude à nous organiser pour un changement social.

 


On n’oublie personne… pas même vos enfants!

Pour pouvoir plus facilement faire avaler la pilule du « tout sécuritaire » au grand public, plusieurs moyens sont mis en œuvre. Ainsi «Aventure scientifique», un organisme qui propose des séjours pour les enfants, a créé une colo intitulée «Police scientifique-Unité spéciale». Pour quelques centaines d’euros, des adolescent.e.s ont la possibilité de découvrir «ces curieux traités d’anthropométrie», de s’adonner à la balistique et, bien évidemment… de se familiariser avec le fichage ADN. Dans le même genre, des organismes de soi-disant vulgarisation scientifique tel le Centre de Culture Scientifique Technique et Industriel de Grenoble, qui a proposé aux scolaires en 2002-2003 un atelier intitulé «l’ADN mène l’enquête». Il s’agissait pour les jeunes de participer à l’analyse d’empreintes génétiques à partir d’échantillons d’ADN de suspect.e.s. Atelier qui s’est évidemment terminé par un débat autour du FNAEG et de la préservation des libertés individuelles. «L’école de l’ADN» de Nîmes propose quant à elle directement aux enseignant.e.s du secondaire des «kits de travaux pratiques» visant à procéder en classe aux analyses d’empreintes génétiques de différent.e.s «suspect.e.s». La police à l’école? L’école de la police? On ne sait plus vraiment. L’important est que tout soit saupoudré d’éthique.

Face à ce déploiement de propagande «ludique» à destination des enfants, une citation résume à elle seule l’intérêt de ces programmes. En effet, le GIXEL, un groupe de pression qui rassemble une cinquantaine d’industries de l’électronique dont EADS, THALES et 3M, s’exprime ainsi: «La sécurité est très souvent vécue dans nos sociétés démocratiques comme une attaque aux libertés individuelles. Il faut donc faire accepter par la population les technologies utilisées et parmi celles-ci la biométrie, la vidéosurveillance et les contrôles. Plusieurs méthodes devront être développées par les pouvoirs publics et les industriels pour faire accepter la biométrie. Elles devront être accompagnées d’un effort de convivialité, par une reconnaissance de la personne et par l’apport de fonctionnalités attrayantes : - éducation dès l’école maternelle, les enfants utilisent cette technologie pour rentrer dans l’école, en sortir, déjeuner à la cantine, et les parents ou leur représentant s’identifieront pour aller chercher leurs enfants. – Introduction dans des biens de consommation, de confort ou des

jeux : téléphones portables, ordinateurs, voitures, domotique [ensemble des techniques de gestion automatisées appliquées à l’habitation] ou jeux vidéos. – Développer les services «cardless» à la banque, au supermarché, dans les transports, pour l’accès internet… La même approche ne peut pas être prise pour faire accepter les technologies de surveillance et de contrôle, il faudra probablement recourir à la persuasion et à la réglementation en démontrant l’apport de ces technologies à la sérénité des populations et en minimisant la gêne occasionnée.»

 

 

Gardons notre salive!

Malgré cette propagande scientifico-policière omniprésente, des individus refusent de se soumettre à la loi de l’État. Lorsqu’on nous demande notre ADN, le plus souvent lors d’une garde à vue, la racaille en uniforme omet souvent de préciser qu’on a le droit de refuser. Les menaces vont bon train : «tu vas rester en préventive; si tu donnes ton ADN tu pourras sortir plus vite; tu vas prendre cher…». Si on s’obstine malgré la pression, elle peut nous déstabiliser en nous signalant la lourdeur de la peine encourue. Toutefois, il faut noter qu’on ne sera pas systématiquement poursuivi.e pour refus, qu’on a pu assister à de nombreuses relaxes et que les peines dépassent rarement le sursis et consistent le plus souvent en des amendes. Pour conclure, il est toujours possible de refuser. Il suffirait de 10% de refus pour saturer les tribunaux. La fermeté des peines est faite pour nous décourager, mais gardons à l’esprit que la lutte peut payer. La répression ne doit pas être considérée comme inévitable.

Soutenons les formes de vie et de révolte qui font chavirer la machine sécuritaire!

 

 

Sources :-Périodique Blabla numéro 11, été 2010, parution dijonnaise

-Brochure: Contre le fichage ADN, Compilation d’information et de soutien. 

 

Brochures conseillées: «Ouvrez la bouche dit le policier.» «Science et délinquance» «Du sang, de la chique et du mollard! Sur l’ADN» «L’apparence de la certitude». D’autres encore sur le site http://refusadn.free.fr