dim 8 avril 2012

2012, plus ça change plus c'est pareil

CGA

Une fois de plus la campagne électorale bat son plein, et une fois de plus le débat public est d’une consternante indigence. Petites phrases, coups bas, invectives, affaires, rien ne nous sera épargné. Pendant ce temps les vrais sujets sont soigneusement escamotés pour céder la place à la fureur médiatique et à la politique politicienne.

Changer de personnel politique pour changer la vie ? La question mérite assurément d’être posée et surtout d’être débattue. Les anarchistes se la sont posée dès le 19ème siècle et depuis n’ont pas cessé de dénoncer les résultats pitoyables de la stratégie social démocrate de conquête du pouvoir par les urnes.

Elections après élections, les illusions se font et se défont : un coup à gauche, un coup à droite l’alternance étouffe tout espoir d’alternative. Envisager la construction d’un autre futur reste cependant toujours d’actualité pour les anarchistes.

 

Campagne 2012 

 

La campagne électorale pour les présidentielles de 2012 ne faillit pas à une tradition solidement ancrée dans les us et coutumes de la vie politique française : tout, absolument tout lui est conditionné. Pas moyen d'y échapper, c'est 100% du temps médiatique qui lui est consacré.

L'affrontement PS / UMP occupe évidemment le devant de la scène : passes d'armes, règlements de comptes font les choux gras de la presse. On remarquera tout de même une certaine retenue, pour ne pas dire une retenue certaine. D'un coté comme de l'autre on se garde bien de tout déballage excessif. La bataille se joue entre deux partis de gouvernement qui n'ont ni l'un ni l'autre intérêt à ce que les affaires des uns et des autres ne soient trop mises en avant.

Il y a une thématique beaucoup plus intéressante pour eux : la Crise avec un grand C, qu'ils exploitent chacun à fond pour faire avaler les pilules de l'austérité et de la rigueur budgétaire.

Sous-duel de celui des grands, le Front de Gauche se fait le vaillant pourfendeur de l'autre Front, National celui là. Occupant l'espace laissé vacant par un PCF qui n'en finit pas d'agoniser sur les cendres des paradis du socialisme, le chef de file du Front de Gauche roule des mécaniques électorales. Le double rempart contre le fascisme et la finance internationale c'est lui ! Il a beau dire et beau gesticuler, il vient du PS et ses voix reviendront au PS à la fin.

La maison Front National de père en fille continue de distiller son venin raciste et xénophobe. Les surenchères grossières et provocatrices des chiens de garde du pouvoir en place font tourner son moulin encore plus fort. Les fanatiques de la droite qui braille et qui ratonne en auront pour leur bulletin de vote : leur propagande abjecte et nauséabonde a irradié tout le champ politique.

On ne s'attardera pas sur le cas du centre : pas vraiment intéressant politiquement.

Quelques mois après la catastrophe de Fukushima on ne peut pas dire que la nébuleuse verte tire son épingle du jeu. La crise, encore elle, et le souvenir d'avril 2002 ne laissent pas de place pour la politique autrement...

Les partis d'extrême gauche enfin s'apprêtent à être les victimes pitoyables et pathétiques du vote utile. Ceux qui avaient rêvé d'occuper la place du PC moribond en seront pour leur frais, ils ont trouvé plus malin qu'eux au jeu électoral.

 

 

Alternance, piège à cons

 

Encore une fois la seule alternative qui se présente c'est l'alternance : un coup à droite, un coup à gauche, et ainsi de suite. Si l'on raisonne sur le court terme, au futur comme au passé, la tentation est grande de se dire qu'après cinq ans de démolitions fracassantes, il est temps d'arrêter les frais et de renverser la tendance.

Certains se plaisent à dire et à écrire que le retour de la gauche au pouvoir serait propice à une renaissance des luttes sociales et que, dans cette perspective-là, le vote à gauche est une nécessité.

Nous ne partageons pas cette analyse : sans remonter trop loin dans l'histoire, un petit retour sur les expériences des trente dernières années en la matière montre bien qu'à aucun moment les périodes d'alternance à gauche n'ont été un tremplin pour les luttes sociales.

Que ce soit en France ou ailleurs, l'alternance à gauche ne constitue en rien un rempart contre les régressions sociales et le triomphe du capitalisme. Les gauches de gouvernement ne remettent à aucun moment en cause ce qui constitue le moteur de l'économie capitaliste : l'accumulation et la maximisation des bénéfices produits par le plus grand nombre au profit d'une minorité qui concentre les richesses accaparées.

Bien au contraire, il y a fort longtemps que les partis de gauche se sont rendus à la raison de l'économie de marché. De cette économie-là, on passe très vite à l'économie au service des marchés et le piège est bien fermé.

 

Pas de sortie de crise sans rupture avec le capitalisme

 

Plus d'un siècle de stratégie social démocrate de prise du pouvoir par les urnes ont conduit les acteurs et les actrices des mouvements sociaux dans les impasses que l'on sait. Pas de perspectives autres que celles qui consistent à s'en remettre à l'arrivée ou au retour de la gauche au pouvoir pour calmer les ardeurs des exploiteurs. A la fin, cela devient totalement irrationnel : les électeurs espagnols, pris dans la tourmente de la crise de la dette, ont remplacé leur gouvernement de gauche par la droite. Pourtant la seule région d'Espagne gouvernée depuis des années par la droite se trouve être la plus endettée du pays : allez comprendre !

 

Le paradoxe, c'est que c'est dans ce même pays que le mouvement des indignés a connu une ampleur exceptionnelle. Dans toutes les assemblées, la représentation politique était mise en question et l'on a vu fleurir des slogans tels que :

« nos rêves ne tiennent pas dans vos urnes », « les politiques ne sont pas la solution : ils sont une partie du problème »

Quels que soient les résultats des péripéties électorales passées et à venir, cela nous montre qu'il ne faut pas désespérer. En effet, même si on peut faire le constat que la résignation, l'aliénation et la servitude volontaire sont largement répandues chez ceux et celles qui auraient tout intérêt à se révolter, on voit bien que quand les circonstances s'y prêtent, les « gens » sont capables de discernement et ne sont pas dupes du système dans lequel ils vivent au quotidien.

 

C'est une évidence qu'il nous faut sans cesse marteler : on ne peut pas envisager sérieusement de sortie de crise sans rupture avec le capitalisme. Il n'y a aucun espoir d'amélioration envisageable dans le cadre d'une société fondée sur l'inégalité économique et sociale. Comment croire qu'on puisse conjuguer solidarité avec exploitation, partage du bien commun avec pillage des richesses ?

Pour cela il y a urgence à donner du sens aux mouvements sociaux. Tant que le « mouvement social » restera sur la défensive, nous serons les témoins impuissants de la régression généralisée des acquis sociaux.

Ceux qui persistent à accorder du crédit à la voie électorale comme passage obligé de la revendication sociale et de la politique portent leur part de responsabilité dans le marasme actuel.

Le dernier mouvement social de grande ampleur en France, celui qui clamait massivement son opposition à la réforme des Retraites, s'est éteint en s'en remettant aux élections à venir. On sait bien que si la gauche revient au gouvernement, il n'y aura pas de retour en arrière sur l'âge de départ et le nombre d'annuités.

 

Pour gagner, le « mouvement social » ne doit pas se bercer ou se laisser bercer d'illusions politico électorales. Il ne doit pas chercher à sauver les meubles. Bien au contraire, il doit se donner pour objectif de construire d'autres futurs pour l'humanité.

 

Il est plus que temps de reprendre les chemins de la contestation et de la révolution.

 

Vive la Révolution, sociale et libertaire !

 

JV Groupe Albert Camus – CGA Toulouse février 2012