lun 21 mars 2011

2001, le Printemps noir en Algérie.

CGA

Il y a 10 ans une partie de l'Algérie s'enflammait, mettant en pratique des principes qui sont les notre: refus de la flicaille, refus du pouvoir, répartition des richesses, auto-organisation.

 

« Vous ne pouvez pas nous tuer, nous sommes déjà morts! », criaient les émeutiers à la face des flics. Les conditions de vie subi par la population doublé d'une pression policière constante peuvent être vu comme les raisons de la révolte. Le 18 avril 2001, des flics assassinent d'une rafale d'arme automatique un jeune lycéen dans leurs commissariat, trois jours plus tard les premières émeutes éclatent. Le 22 la population se soulève à Amizour contre l'arrestation arbitraire de trois lycéen. Le 10 juin, un militaire interpelle une jeune femme dans la ville de Kenchela, très vite des jeunes viennent la défendre et le prenne à parti, il s’exclame : «Mais qu’est-ce qui vous prend aujourd’hui ?», et s’entend répondre : «Plus rien n’est pareil.».

Des les premières émeutes la population se dressent contre les symboles de l'état et du capital, ils ont dressé des barricades, coupé des routes, pris d’assaut des gendarmeries et des commissariats ; ils ont attaqué un siège de préfecture (à Tébessa, alors que deux ministres se trouvaient à l’intérieur), incendié ou saccagé nombre de tribunaux, des recettes des impôts, des postes et des locaux de sociétés publiques, des sièges de partis politiques (au moins trente-deux), des banques, etc.

la police et la gendarmerie furent obligés de fuir certaines régions où la population était allés jusqu'à détruire les fondations même des commissariats, dans d'autres cas elles ne pouvait plus sortir de leurs casernes, assiégés quasi-quotidiennement, sous peines de se faire attaquer par la population. Le 7 juillet, un comité populaire de la wilaya de Béjaïa a comme déclaration:  « Vos gendarmes, symboles de la corruption, ne servent qu’à tuer, à réprimer et à trafiquer. C’est pour cela qu’ils doivent partir immédiatement. » le refus de toute représentation politique du mouvement fut une constante, les locaux des différents partis politiques furent incendiés, y compris ceux qui se réclamait kabyle(RCD et FFS). Les émeutes se propagèrent en même temps que les assemblées de village et de quartiers. En effet, la population s'organisa par assemblée, et en coordination avec un souci constant que les décisions soit discutés et prises par la base. Petit à petit des coordinations se forment, impulsant les manifestations et les actions. La grève générale est lancé le 4 mai à tizi ouzou, par ces mêmes assemblées. Une coordination des assemblées regroupant toute la Kabylie est formé, et aboutit le 11 juin à la formation d'une plate-forme de revendications dites plate-forme d'El-Kseur. Plate-forme d'où l'on peut retenir ces deux points: «  -pour le départ immédiat des brigades de gendarmerie et des renforts des CRS » et « -La mise sous l'autorité effective des instances démocratiquement élues de toutes les fonctions exécutives de l'État ainsi que les corps de sécurité. »Ce qui signifie le pouvoir aux coordinations d'assemblée. S'y ajoutent également des revendications sociale et économique.

Comment se structure ces assemblées? Elles prennent exemple sur les anciennes assemblées villageoises ou « aarch », dans chaque village, chaque quartier, des assemblées sont formés, débattent et prennent les décisions. Pour sortir de l'isolement, ces assemblées se fédèrent, sur un mode « horizontal », c'est à dire que les délégués sont investis d'un procès verbal, recensant les débats, propositions et discussions de l'assemblée de base, en vue d'en faire une synthèse lors des coordination. Les décisions se prennent au consensus(les coordinations pouvait durer plusieurs jours) ou par un vote au trois quart si le consensus échoue. Pour éviter la corruption des mandatés, un code de l'honneur est créé, dans lequel se dégage des règles assez clairs où le mandaté s'engage

«à ne mener aucune activité et action qui visent à nouer des liens directs ou indirects avec le pouvoir», «à ne pas utiliser le mouvement à des fins partisanes et ne pas l’entraîner dans des compétitions électoralistes ou dans des options de prise du pouvoir», «à ne pas accepter un poste politique quelconque dans les institutions du pouvoir», et «à ne pas donner au mouvement une dimension régionaliste sous quelque forme que ce soit». Émergeant à la base pour faire face à la répression, ces assemblées ont su prendre un rôle politique, avec la plate-forme d'el-Kseur, qui si elle avait été obtenu, signifiait la fin de l'état algérien. Elles essayèrent également de gérer de plus en plus de pan de la société.

Toutefois 10 ans plus tard, le constat est à l'échec, et il ne reste plus grand chose du mouvement des aarch. L'isolement du mouvement en Kabylie, qui n'a jamais été souhaité, n'a pas été brisé. La tentative de soulèvement à Alger, le 14 juin, n'a pas prise, malgré plus d'un million de manifestants, la plate-forme d'el-Kseur n'avait été rédigé que trois jours auparavant et n'a pas eu le temps de répandre une perspective politique. Les divisions internes, entretenus par l'état, entre les « dialoguiste » partisan d'une négociation avec l'état et les radicaux, ont participé à l'essoufflement du mouvement.

Pour autant la révolte de 2001 doit nous intéresser en tant qu'anarchistes, elle est un exemple et une mise en pratique d'un certains nombres de nos principes. D'autant plus qu'elle s'est faite sans force anarchiste constitué, prouvant une fois de plus que nos aspirations viennent directement du peuple, et font partis des aspirations logiques de celui-ci.

Espérons que l'isolement des révolutionnaires algérien d'hier sera demain balayé par le vent d'une révolution sociale et libertaire.

 

Alex, Montpellier.

 

Sources:

 

Apologie pour l'insurrection algérienne, Jaime SEMPRUN.

La Kabylie, 6 ans après, Robert VASSEUR.

Entretien sur la situation en Algérie, jura libertaire.