mer 21 novembre 2012

140 ans après les premières rencontres de l'Internationale anti-autoritaire à Saint-Imier, le combat des femmes anarchistes ne s'étiole pas !

CGA

Du 08 au 12 août 2012 s'est tenue à Saint-Imier (Jura Bernois, CH) une rencontre internationale des libertaires1. Il s'agissait en fait d'une commémoration de la première internationale anti-autoritaire qui fut organisée en 1872 en réponse à l'internationale de Marx2. Beaucoup des débats et événements organisés cet été à Saint-Imier ont permis de poser des états des lieux ou d'affirmer des positions. Pour autant, des espaces traitant de la lutte en France et dans le monde ont aussi existé, nous y avons échangé sur notre volonté de nous organiser, de peser sur la société dans laquelle nous vivons et d'élaborer des stratégies en conséquence.

 

De toutes ces journées, le lieu d'élaboration régulier et privilégié a été les tables rondes anarcha-féministes. Voyant émerger toute une série de réalisations et de projets, elles ont été une des réussites politiques d'envergure de ces rencontres. Les deux premières sessions des tables rondes ont été mixtes, les trois dernières furent des assemblées non-mixtes. Le besoin des anarchaféministes de se réunir en non-mixité a été une demande dès le premier jour et ce sont ces assemblées non-mixtes qui ont permis l'émergence de constructions politiques internationales. Tout au long de ces journées, les femmes anarchistes ont réaffirmé que le patriarcat, système politique où les hommes dominent, devait être attaqué en priorité.

Les assemblées ont permis d'aborder un certain nombre de thématiques sans pour autant avoir la possibilité de les mener au bout. Parmi elles, ont été évoqués la domination et rapports sociaux de sexe, les violences sexistes en milieu militant ou comment soutenir les victimes de la violence et comment combattre ces violences, les espaces à créer pour l'échange d'expériences, la nécessité de la formation politique pour nourrir nos pratiques, la nécessité de créer partout des collectifs locaux, les femmes et la crise, le soutien aux luttes féministes et LGBT...

Malgré les difficultés matérielles (traductions, photocopies...), les tables rondes ont tenu bon et ont permis d'élaborer les projets suivants :

- L'organisation d'un « safer space » sur les campings de Saint-Imier, afin d'accueillir les personnes souhaitant se mettre à l'abri des agressions sexistes durant les rencontres ;

- La rédaction d'un texte ironique concernant la teneur prétendument « féministe et/ou proféministe » des rencontres internationales anarchistes de Saint-Imier, à vocation d'être lu à plusieurs voix lors de la séance de clôture des rencontres. L'objectif était de se servir de la forme humoristique pour dénoncer toutes les catégories de problèmes rencontrées lors de ces rencontres : distinction genrée des prises de parole (mise en place du signe G de la main – v. encadré) , situations de violence sur les campings, place du féminisme dans la programmation des rencontres...

- La constitution d'une liste mail, fermée dans un premier temps (jusqu'à fin 2012), puis ouverte sur cooptation, dans le but de construire un blog anarchaféministe international. La mise en place de cette liste a été annoncée pour octobre 2012 ;

- La perspective de rencontres anarchaféministes internationales dans deux ans. À cette fin, nous avons rédigé un appel à vocation international (v. encadré) ;

- et enfin perspective d'élaboration d'une charte, non aboutie lors des rencontres.

La liste mail est aujourd'hui en ligne. Elle représente notre premier outil collectif et nous l'espérons le premier de beaucoup d'autres. Même si les femmes ne sont pas les seules exploitées dans une société inégalitaire et patriarcale, elles le sont en premier lieu, et les organisations anarchistes n'échappent pas à la société dans laquelle elles évoluent. C’est pourquoi, lors des rencontres internationales anarchaféministes du 2 mai 1992, il est apparu urgent « de revenir à une analyse de la domination et du rapport sexué »3. Cette analyse semble tout aussi urgente en 2012. « Il s'agit pour les femmes anarchistes de se réapproprier un espace et une expression anarchistes dont elles ont trop longtemps été privées. Ce n'est que justice. Nous, anarchaféministes, devons nous en donner les moyens. Écrire, prendre la parole, occuper l'espace partout et par tous les moyens à notre portée. Exister. Revendiquer notre droit à l'autonomie. Nous libérer sans attendre que l'on nous y autorise. Nous auto-organiser et ne pas lâcher prise »4.

1er encart

 

Texte d'appel international

« Pendant les rencontres internationales de St Imier, plusieurs  assemblées anarchaféministes se sont tenues. Elles ont affirmé plusieurs nécessités :

- La création de solidarités directes entre celles qui sont socialisées et ou qui s'identifient comme femmes ;

- La nécessité de créer des espaces non-mixtes pour s'organiser ;

- L'importance de notre autoformation et de notre autodéfense.

Afin de nous libérer de la domination patriarcale et de toutes les autres formes de domination, nous, assemblée anarchaféministe, appelons à l’organisation d'un réseau international et d'une rencontre d'anarchaféministes de tous les pays.

L'assemblée anarchaféministe réunie à Saint-Imier le 12 août 2012 »

 

2eme encart

 

Le signe G

La lettre G représente le mot « genre » (ou « gender » en anglais) : une notion qui permet d'analyser la distinction entre les sexes comme étant une construction sociale hiérarchique, et ainsi de remettre en question cette construction des différences attribuées aux hommes et aux femmes. Ce signe de la main, brandi silencieusement lors des débats ou tables rondes, a permis de rendre visibles des situations sexistes dans les prises de parole ou dans la gestion des prises de parole.

 

 

Maud (Groupe de Lyon), Aurore et Marie (Groupe de Lille), Julie et Louise (Groupe de la région parisienne), Anne (Groupe de Montpellier)

1http://www.anarchisme2012.ch/

2http://www.panarchy.org/jura/saintimier.html

3http://chroniques-rebelles.info/spip.php?article235

4http://www.c-g-a.org/?q=content/pour-une-revolution-anarchafeministe